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«Vous n’êtes pas raisonnables quand même !...»

Chants de gouttière a fêté ses 5 ans de manière somptueuse. Yves Jamait, Agnès Bihl et beaucoup d’autres sont venus soutenir l’association qui ouvre une porte sur une création française bien menacée.



De concert pour soutenir Chants de Gouttière : Hervé Lapalud, Agnès Bihl, Gérard Morel, Thomas Pitiot, Yves jamait, Bernard Joyet... Excusez du peu !
De concert pour soutenir Chants de Gouttière : Hervé Lapalud, Agnès Bihl, Gérard Morel, Thomas Pitiot, Yves jamait, Bernard Joyet... Excusez du peu !
La réflexion est de Nicolas Bacchus. C’était vendredi soir, au cours de la soirée d’anniversaire de l’association «Chants de gouttière». Interpellant le public avec son humour et son franc parler habituels, le chanteur toulousain s’est étonné : «On est venu vous voir en fin d’année dernière. On vous a alors tout bien expliqué. Puis on vous a laissé seuls six mois. Et en revenant on trouve un ministre à la tête de la ville. Vous n’êtes pas raisonnables quand même !...».
Voilà qui nous conforte dans l’idée que Nicolas Bacchus n’est pas un fervent militant de l’UMP. Pas plus que Thomas Pitiot, d’ailleurs, qui l’a bien suivi sur le terrain de la mise en boîte des élus de la majorité. Mais, au delà des simples bons mots, s’ils se sont permis ce type de réflexion c’est parce qu’au bout du compte, ils avaient un vrai message à faire passer. Et celui-là est partagé par nombre de ceux qui côtoient les artistes.
En fait, chacun a envie de dire à quel point il se sent inquiet pour l’avenir d’une certaine chanson française. Car quoi qu’on en dise, celle des Brassens, Brel ou Ferré... existe toujours. Mais elle survit de plus en plus mal, victime (entre autres) des mesures prises par les hommes politiques. En durcissant les conditions d’accès au statut d’intermittent du spectacle, ceux-ci croyaient lutter contre des abus. Ils ont surtout mis en grandes difficultés certains de nos artistes les plus authentiques.

Comme une forme d’injustice...

Prenez Bernard Joyet par exemple... Cet immense poète de la chanson française est passé un jour à la télé dans l’émission Vivement dimanche de Michel Drucker. Il était invité par Jean Ferrat qui tenait absolument à le faire connaître. Il a écrit des chansons pour d’autres (pour Juliette surtout). Et l’écouter chanter ses propres textes est un enchantement.
Pourtant ce génie de la chanson française est repoussé du monde de la création artistique parce qu’il n’a pas donné au moins 43 spectacles payants dans l’année. Il n’a pas été suffisamment demandé, donc il est prié par l’administration d’aller gagner sa vie autrement.
Le week-end dernier, Bernard Joyet a été, avec son espiègle pianiste Nathalie Miravette, l’un des principaux artisans de la fête. Il faut dire que tous les artistes présents le considéraient comme un maître. Pour l’anniversaire de Chants de Gouttière, ils ont chanté avec lui des textes qu’il avait écrits spécialement pour l’occasion, détournant avec humour et justesse les chansons des uns et des autres.


Pour que vive Chants de Gouttière

A cette fête, il y avait Agnès Bihl. Encore une artiste géniale dont les textes et l’interprétation ont souvent les moyens de nous bouleverser profondément. On pense surtout à cette incroyable chanson sur l’inceste qui nous offre tout simplement le point de vue de l’enfant.
Charles Aznavour a jugé inadmissible qu’un tel talent ne soit pas connu. Il a tenu à réserver pour elle la première partie de tous les spectacles de sa dernière tournée. Il l’a présentée aussi aux médias chaque fois qu’il l’a pu...
Au nombre de ceux qui ont participé également à l’anniversaire de Chants de Gouttière, on n’oubliera pas Gérard Morel, le parrain de l’association et chef d’orchestre de la soirée, puis Hervé Lapalud, Wally... et Yves Jamait.
Plus célèbre que les autres, Yves Jamait a fait l’Olympia et un Zénith. Même s’il n’est pas tout à fait aussi connu que Cali ou Calogero, beaucoup de jeunes apprécient ses chansons et sa voix extraordinaire. Ça ne l’a pas empêché de venir (incognito) soutenir le travail de la petite association chaumontaise.

A l’abri du «bling-bling»

On vit dans un système économique et médiatique qui fait qu’un Brassens ou un Ferrat, n’auraient plus aujourd’hui aucune chance de sortir. Même si sur le plan musical on peut se réjouir d’un meilleur accès à une riche diversité mondiale. Ceux que les maisons de disques nous présentent désormais comme des chanteurs à texte ne sont pas de la trempe des anciens. Pourtant les plus grands noms de la chanson française ont de dignes successeurs. Mais ceux-là n’ont plus guère d’endroit où ils peuvent se faire entendre.
Du coup, la scène que leur offre Chants de Gouttière de temps en temps à la brasserie Saint-Jean, est très précieuse. D’autant plus d’ailleurs que l’ambiance et la qualité d’écoute y sont belles.
Financer des concerts comme ceux de Cali et Calogero se justifie pour une ville qui cherche à offrir de grands événements populaires à ses administrés. Mais il ne faudrait pas que ça se fasse au détriment d’initiatives beaucoup plus originales et utiles du point de vue de la culture française.
Le «Vous n’êtes pas raisonnables !» peut se comprendre comme la crainte de voir s’imposer à Chaumont aussi un système qui privilégierait le bling-bling au détriment des valeurs de base pourtant beaucoup plus accessibles, financièrement parlant. Mais les Chaumontais et leur maire sauront raison garder. N’est-ce pas ?


Lionel Thomassin
Vendredi 13 Juin 2008
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