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Vives inquiétudes pour le festival de l’affiche

La polémique sur les droits d’auteurs des graphistes pourrait remettre en cause la 20e édition du festival international de l’affiche et du graphisme. C’est ce que craignent ouvertement le délégué général et la direction artistique du festival qui appellent la mairie à retravailler le contrat litigieux.



Les premiers protestataires eux-mêmes ne s’attendaient pas à ce que la polémique sur les droits d’auteurs des graphistes prenne une telle ampleur. La pétition lancée par le SNAP CGT est un véritable succès. Parmi les quelque 3300 signataires, on trouve entre autres les noms de François Barré, délégué aux arts plastiques au ministère de la Culture au moment de la création du festival de Chaumont, et de Marie-José Mondzain, chercheur au CNRS. Ces deux experts faisaient partie du comité scientifique mis en place il y a quelques années pour le projet de centre international du graphisme. Ça la fiche mal…

Une réunion sans la presse

«Afin de dissiper tout malentendu et dans un esprit de collaboration fructueuse», Luc Chatel s’est donc senti contraint d’organiser une réunion en mairie avec toutes les parties concernées ce vendredi 13 mars. L’affranchi a demandé à y assister. Mais le cabinet du maire nous a répondu : «Ce rendez-vous demeure une réunion technique. A ce titre, la presse n’est pas conviée». Circulez, il n’y a rien à voir…

«Le contrat a été rédigé par l’équipe municipale précédente»...

N’empêche que la direction artistique (Pierre Bernard, Alex Jordan et Vincent Perrotet) et le délégué général du festival (Etienne Bernard) commencent à craindre le pire. Le 7 mars, ce quatuor a adressé une lettre aux graphistes dans laquelle ils affirment que le contrat litigieux «a été rédigé par l’équipe municipale précédente assistée par un cabinet spécialisé dans les droits d’auteurs dans l’esprit de rendre visibles les milliers d’affiches conservées par la ville, sans avoir expressément besoin d’en demander chaque fois l’autorisation ou de payer un droit d’utilisation dans le strict cadre exprimé de la promotion du graphisme d’auteur et de la ville qui s’y attelle. La nouvelle municipalité élue en mars 2008 a ensuite envoyé ce contrat aux graphistes représentés dans le fonds contemporain de la ville de Chaumont». Ouf !

... mais Luc Chatel l’a repris à son compte en y incluant les utilisations commerciales

En réalité, c’est le règlement du concours international qui a été modifié il y a trois ans pour prendre en compte la cession des droits d’auteurs. Mais à l’époque, comme on peut le voir sur notre document, il était bien précisé que cette cession était «strictement limitée aux utilisations non commerciales».
Cela était déjà discutable et n’exonère en rien Luc Chatel de ses responsabilités actuelles. Il semble en outre que de nombreux graphistes aient continué de participer au festival sans signer ce règlement. D’autres l’ont signé, par habitude, sans le lire dans son intégralité, et sans être au courant des changements intervenus. Mais Luc Chatel ne s’est pas contenté de reprendre à son compte l’existant. Dans le contrat qu’il a envoyé aux graphistes ayant participé par le passé au festival (notre document), il a fait sauter l’expression «non commerciales». S’agissant de droits d’auteurs, la nuance est de taille !

Dans le règlement du concours international, la cession est bien limitée aux utilisations non commerciales...
Dans le règlement du concours international, la cession est bien limitée aux utilisations non commerciales...

... mais dans le contrat envoyé par Luc Chatel aux graphistes, cette limite a disparu.
... mais dans le contrat envoyé par Luc Chatel aux graphistes, cette limite a disparu.
Pour la direction artistique et le délégué général, ce contrat doit être retravaillé

«Nous pensons que le contrat concernant l’usage des images des graphistes doit être acceptable par tous et doit être dès maintenant retravaillé», écrivent d’ailleurs la direction artistique et le délégué général du festival. Et, faisant allusion à la réunion du 13 mars, ils ajoutent : «Nous souhaitons qu’il en ressorte un contrat qui allie, de façon irréprochable, les droits d’auteurs des graphistes et la nécessité du rayonnement national et international de la collection chaumontaise».
Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites !

«La contestation de ce contrat a entraîné celle du festival lui-même et de sa 20e édition»

Pierre Bernard et les autres déplorent par ailleurs que «la contestation de ce contrat a entraîné celle du festival lui-même et de sa vingtième édition». Et de préciser : «Certains d’entre vous ont décidé de ne pas envoyer leurs affiches cette année. D’autres refusent que leurs images, déjà conservées dans la collection, soient exposées dans le cadre de l’exposition rétrospective du fonds d’affiches françaises, ou encore ne souhaitent pas participer à celle-ci par l’envoi de petit matériel graphique que nous demandons». Et ils tentent ainsi de rassurer leurs collègues : «Ce n’est pas le maire de Chaumont qui les invite au travers de leurs images à élaborer l’histoire et la pratique du graphisme en France, c’est l’équipe qui travaille depuis huit ans (et pour sa dernière année) à la direction artistique et à la programmation de ce festival. Celui-ci ne pourra se faire si une partie de ses acteurs s’en détournent et militent contre son existence».
Rappelant tous les espoirs qu’ils mettent dans cette réunion du 13 mars, ils concluent leur lettre avec cet appel : «Nous vous demandons amicalement une nouvelle fois de vous associer et de participer massivement au festival 2009 pour faire de cette vingtième édition le grand rendez-vous qu’elle doit être».
Manifestement, l’heure devient grave.

Christophe Poirson
Vendredi 13 Mars 2009
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