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Urgences : Les soignants dénoncent la seule logique comptable

Un projet de modification de service s’appuyant sur les seuls moyens existants a mis le feu aux poudres des urgences de l’hôpital. Les soignants sont aussi énervés que les patients. Et ils le montrent...



Samedi matin, épaulés par les responsables du syndicat SUD-Santé, des membres du service des urgences de l’hôpital de Chaumont ont distribué des tracts et fait signer une pétition. En deux heures, dans le secteur du marché, ils ont collecté plus de 400 signatures. Preuve que leur combat est soutenu par la population.
Mais comment pourrait-il en être autrement quand on sait toutes les insatisfactions qui s’accumulent jour après jour, à propos des temps et des conditions d’attente aux urgences. Les témoignages qui reviennent régulièrement à L’affranchi nous laissent penser qu’il existe un vrai problème.
Or, 15 000 personnes passent chaque année aux urgences de l’hôpital de Chaumont. La manière dont elles sont accueillies rejaillit forcément sur l’opinion que les habitants du secteur peuvent avoir de l’établissement en général.
Celui-ci aurait intérêt à se donner les moyens de corriger l’actuelle mauvaise image. Mais, si on en croit le syndicat et les soignants qui manifestaient samedi matin, la logique comptable immédiate l’emporte sur toutes les autres.

Pour un poste créé, un autre supprimé

Paradoxalement, le syndicat avoue être à l’origine du nouveau problème qui se pose aujourd’hui. Il a fait remarquer à l’administration que les urgences ne possédaient pas un vrai poste d’infirmier d’accueil et d’orientation, comme l’exigent pourtant les règlements en vigueur.
L’hôpital a alors monté un projet prévoyant la mise en place du poste en question et... la suppression d’un nombre d’heures équivalent dans le service.
Des discussions ont été menées avec quelques employés des urgences, histoire de savoir à quel moment il serait possible de retirer du personnel. Alors on en est arrivé à prévoir une aide-soignante en moins pour la nuit et une réduction d’heures de brancardier.
C’est ce qui a mis le feu aux poudres.
Le syndicat a fait savoir que ce genre de «concertation» ne devait pas se dérouler en dehors des instances représentatives du personnel. Et les membres du service, qui estiment être déjà dans une situation dangereuse de sous-effectif, n’ont pas compris qu’on puisse imaginer supprimer quelqu’un.

«On n’est plus que des chiffres !»

«Certains jours, ironise une infirmière, les seuls moments où je peux m’asseoir, c’est quand je vais aux toilettes. Et encore, je me retiens le plus longtemps possible...». Une autre s’inquiète : «J’aime mon métier. Mais ça devient impossible. D’un côté on n’arrive pas à faire tout ce qu’on nous demande. Et de l’autre on se fait enguirlander par les patients qui n’en peuvent plus d’attendre durant des heures et des heures...».
De l’avis quasi général, années après années, le nombre de personnes passant aux urgences a beaucoup progressé. Chaumont suit la tendance nationale et puis la suppression des gardes de médecins n’a rien arrangé. Pourtant, ça n’empêche pas l’administration hospitalière d’annoncer que la fréquentation des urgences a baissé.
Le syndicat explique en fait que les patients ayant reçu des soins aux urgence et dont l’état nécessite une hospitalisation dans la foulée, sont comptabilisés comme entrant directement à l’hôpital. Ils ne figurent donc plus dans les statistiques des urgences. On fait ainsi baisser la moyenne, mais pas le travail.
De même, lorsqu’il est question de supprimer un poste de nuit, au prétexte qu’il y a moins d’entrées dans cette période, les employés renvoient à la réalité du terrain : «heureusement qu’il y a moins d’entrées la nuit, ça permet de soigner enfin ceux qui sont arrivés l’après-midi».
Et puis quand on leur propose de les faire aider momentanément par du personnel du SAMU, ils jugent l’idée saugrenue. «Comment peut-on imaginer voir une infirmière commencer un acte qu’elle n’a pas la certitude de pouvoir terminer ? interrogent-ils. Il faut savoir que, si elle est appelée pour un accident, elle est censée partir dans la seconde qui suit».
«Tout ce qui avait été mis en place par l’ancien DRH est remis en cause, déplore une infirmière. Aujourd’hui tout se discute avec une calculette. Ça fait mal de voir qu’on n’est plus que des chiffres».

Lionel Thomassin
Vendredi 30 Janvier 2009
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