Rechercher un article



Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

Un énorme ras-le-bol !

C’est une manifestation exceptionnelle, rassemblant 2200 personnes, qui s’est déroulée dans les rues de Chaumont ce jeudi 29 janvier. Des professions de Justice qui dénoncent la politique de Rachida Dati aux enseignants du lycée Bouchardon qui s’inquiètent des suppressions de postes, en passant bien évidemment par les salariés du privé qui sont au chômage technique ou craignent pour leur emploi, les fonctionnaires victimes de la RGPP et tous ceux qui ont des problèmes de pouvoir d’achat... le ras-le-bol est général !



Quand 2200 personnes manifestent...

Ce n’est pas tous les jours que l’on voit une telle mobilisation à Chaumont. 
Ce n’est pas tous les jours que l’on voit une telle mobilisation à Chaumont. 
A Chaumont, comme ailleurs, la manifestation du 29 janvier a remporté un vif succès. Selon le comptage de L’affranchi, qui ne différait guère de celui de la police, ce sont environ 2200 personnes qui ont défilé dans les rues du centre-ville. 
Une mobilisation exceptionnelle que même les organisateurs n’osaient pas espérer lorsqu’ils ont lancé leur appel et qu’aucun observateur n’avait non plus imaginée.
Même si des chiffres comparables ont été atteints en 2003, au plus fort de la lutte contre la réforme des retraites, des manifestations d’une telle ampleur sont assez rares à Chaumont. Et le fait est d’autant plus notable qu’il ne s’agissait pas d’un rassemblement départemental : au même moment, environ 1500 personnes défilaient à Saint-Dizier. Ce qui faisait un total de 3700 Haut-Marnais dans la rue. 
Il faut dire aussi que l’appel avait été lancé par la totalité des organisations syndicales : CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA, ainsi que la Fédération générale des retraités de la fonction publique. 
Une telle unité syndicale ne s’était pas vue depuis longtemps. L’appel a par ailleurs été relayé localement par la section chaumontaise du PS, le MODEM de Haute-Marne, ainsi que la Confédération paysanne et la fédération des parents d’élèves FCPE-Bouchardon. Et pour courronner le tout, des lycéens, qui avaient déjà manifesté tout seuls dans la journée, ont rejoint le rassemblement. 
Ce qui permettait d’avoir un éventail de manifestants particulièrement large, issus bien évidemment de la fonction publique mais aussi -et c’est assez rare également- du secteur privé. 


Pour une fois, toutes les organisations syndicales étaient réunies. 
Pour une fois, toutes les organisations syndicales étaient réunies. 
Luc Chatel absent

Au nom de l’intersyndicale, Michel Huard (CFDT) a rappelé sur le perron de la mairie quelles étaient les principales revendications de cette journée d’action : «donner la priorité au maintien des emplois dans un contexte de crise économique, conduire des politiques salariales visant à améliorer le pouvoir d’achat et réduire les inégalités, orienter la relance économique vers l’emploi et le pouvoir d’achat, préserver et améliorer les garanties collectives, réglementer la sphère financière internationale». Et de conclure : «Aujourd’hui, nous sommes rassemblés unitairement pour exprimer notre colère face à des dirigeants nationaux qui aident facilement les organismes financiers plutôt que les salariés qui sont pourtant à l’origine des richesses de notre pays». 
Les manifestants ont quitté la place de la mairie en prenant la direction de la gare. Ils ont ensuite remonté lentement les boulevards, ce qui a passablement perturbé la circulation, pour finir devant la préfecture où ils ont déposé rapidement leur motion. 
Luc Chatel n’était pas à Chaumont ce jeudi après-midi. On a vu le porte-parole du gouvernement dans la soirée sur Canal Plus, dans l’émission de Michel Denisot. Mais il était quand même prévu qu’il reçoive les syndicalistes locaux ce vendredi à Chaumont. S’agissant d’une manifestation à bien des égards anti-gouvernementale, c’était la moindre des choses...




Maths modernes

En cas de grève et de manifestation, on a pris l’habitude de travailler avec des chiffres différents. Il y a ceux des autorités et ceux des syndicats.
A Chaumont toutefois, pour ce qui concerne les manifestations, il est rare qu’on ait à entrer dans le petit jeu du «selon la police et selon les organisateurs». Il faut dire que les défilés ont encore une taille raisonnable. Chacun peut se permettre de compter les manifestants un à un.
En tous cas, L’affranchi n’hésite jamais à le faire. Et si nous écrivons 2 200, c’est bien parce que nous les avons calculés. On pourrait même donner des résultats plus précis. Mais il y a toujours une marge d’erreur, sans compter que certains manifestants ne font jamais tout le défilé. Mieux vaut donc arrondir. Et on s’aperçoit finalement que tout le monde arrive à peu près au même résultat.
En revanche, il existe des écarts très significatifs dans un domaine qui permet pourtant des calculs précis : celui du nombre de grévistes.
Mais ça s’explique très bien, comme le montre l’exemple du Lycée professionnel industriel (Ashton et Haut du Val).
Nous avons appris que sur 96 personnes devant travailler ce jour-là, 45 ne sont pas venues. On peut donc dire qu’il y avait près de 50 % de grévistes.
Pourtant, le chiffre officiel n’est que de 34%. Car désormais l’administration ne s’intéresse qu’à l’effectif global. En l’occurrence, il y a 130 employés sur l’établissement. Les 34 qui, du fait de leur emploi du temps, ne travaillaient pas ce jour-là, sont considérés comme non grévistes.
La démonstration est flagrante sur les assistants d’éducation. L’établissement en compte 13. Mais 7 seulement devaient travailler ce jour-là. 6 sur les 7 ne sont pas venus. Ça n’a pas empêché l’administration de noter qu’il n’y avait que 46 % de grévistes.
Voilà qui est bon à savoir...
Ainsi, la prochaine fois, quand les autorités vous annonceront 30 % de grévistes, vous pourrez considérer que, sur le lieu de travail, il manque un employé sur deux. Une petite gymnastique intellectuelle permettra à chacun de revenir à la réalité.
On attend quand même le jour où un établissement fermera ses portes parce qu’aucun employé ne sera venu travailler. Il sera assez drôle d’apprendre alors qu’il y avait seulement 70 % de grévistes.

13 postes supprimés au lycée Bouchardon

Un énorme ras-le-bol !
Au sein de la manifestation se faisait remarquer une assez forte délégation du lycée Bouchardon. Il faut dire qu’elle avait quelques revendications à faire valoir. Et pour bien les faire comprendre, les représentants des enseignants avaient organisé une conférence de presse le matin même.
Les problèmes concernent aussi bien le lycée d’enseignement général et technologique que le lycée d’enseignement professionnel.
Du côté de l’enseignement général on déplore la suppression d’un nombre d’heures équivalent à 10 postes pour une perte d’environ 40 élèves. En fait, trois classes vont être supprimées.
Les enseignants s’insurgent contre des mesures de regroupement. Ils dénoncent par exemple la manière dont on transforme trois classes de 1ère S en deux classes, alors qu’on aura exactement le même effectif (70 élèves). Dans certaines sections on va monter jusqu’à 39 élèves par classes.
Les professeurs annoncent d’ores et déjà que pour certaines matières, il sera impossible de faire entrer tous les élèves dans les classes.
Ils dénoncent aussi le recours aux heures supplémentaires qui submergent les professeurs ; à tel point qu’ils estiment que personne ne sera plus capable de donner des cours en Licence Pro. L’administration s’interdit ainsi, selon eux, le développement que souhaitent les politiques et les habitants. Mais c’est moins grave, ironisent-ils, puisque, dans les classes surchargées le taux de réussite va forcément baisser...

Des questions pour Luc Chatel

Ils entendent parler de ces problèmes au maire-ministre, en lui précisant aussi que, du coup, 7 professeurs titulaires vont devoir quitter Chaumont avec leurs enfants.
Ils rappellent que le lycée a déjà perdu 5 postes l’an dernier et qu’il est de loin le plus taxé de Champagne-Ardenne. A l’heure où le Conseil régional a décidé de reconstruire les locaux, ça pose questions...
Le lycée professionnel n’échappe pas non plus aux mesures de regroupement. Les professeurs font pourtant valoir que les élèves d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a 30 ou 40 ans. Les classes de 35 à 40 élèves ne se gèrent plus comme avant, surtout quand on s’adresse à un public un peu plus en difficultés.
L’administration supprime la 3ème MDP (Module de découverte Professionnelle) qui permettait de faire découvrir à des jeunes les métiers du tertiaire (secrétariat, vente, comptabilité). Elle supprime aussi une classe de Bac pro commerce qui est pourtant très demandée, mais dont on prétend qu’elle n’offre pas assez de débouchés.
Voilà qui est très étonnant, au moment où la municipalité annonce qu’elle va créer une nouvelle zone commerciale... Il sera là encore intéressant de savoir ce qu’en pense Luc Chatel.
Au total, le Lycée professionnel Bouchardon, qui a déjà perdu 8 postes depuis 2005, s’en voit encore supprimer 3 l’an prochain. Et le plus étonnant, c’est qu’il va disposer du même nombre d’heures d’enseignement. On va donc faire appel aux heures supplémentaires.
L’opération ne servirait donc qu’à détruire de l’emploi...




Justice : ça va de plus en plus mal

Manifestation symbolique, avant le défilé, des professions de justice devant le tribunal de Chaumont.. 
Manifestation symbolique, avant le défilé, des professions de justice devant le tribunal de Chaumont.. 
Magistrats, avocats, greffiers, personnels des services pénitentiaires et de la Protection judiciaire de la jeunesse ont protesté ensemble dans le cadre de la journée nationale d’action du 29 janvier. 

Pour arriver à mobiliser en même temps des magistrats, des personnels des greffes, des représentants des services pénitentiaires, des avocats et agents de la Protection judiciaire de la jeunesse, il faut vraiment que ça aille mal ! Mais, à en croire tous ceux qui se sont mobilisés ce jeudi 29 janvier, dans le cadre de la journée nationale d’action, la Justice va très mal. En particulier dans notre département.
Dans une motion commune, les représentants des différentes professions dénoncent un véritable «démantèlement du service public de la Justice». Et d’aucuns se demandent même si toute la politique mise en place ne vise pas à supprimer, dans quelques années, le tribunal de grande instance de Chaumont. 
Côté magistrats, c’est surtout le choix de ne pas faire du tribunal de grande instance de Chaumont un pôle de l’instruction qui pose problème. Outre l’obligation pour les Haut-Marnais de se déplacer jusqu’à Dijon, cette décision signifie que le tribunal va perdre deux postes de magistrats. Lesquels vont manquer cruellement pour composer les audiences collégiales. 

On envoie de plus en plus les gens en prison... où il n’y a plus de place !

Chez les avocats, on s’inquiète aussi «des directives, voire des injonctions du ministère de la Justice» visant à privilégier systématiquement les procédures d’urgence comme les comparutions immédiates ou le «plaider coupable». Des procédures qui ne permettent pas de défendre les gens de façon satisfaisante et où les victimes -qui n’ont généralement pas le temps d’être prévenues- sont laissées pour compte. 
Autre gros problème pour les avocats : les peines-plancher. Elles sont censées s’appliquer dans de très nombreaux cas de récidive. Et lorsqu’ils n’appliquent pas ces peines-plancher, les juges sont contraints de motiver particulièrement leurs décisions. Ce qui pose question par rapport à leur indépendance. 
Toujours est-il que cette politique conduit à envoyer de plus en plus de gens en prison. Là où il n’y a plus de place !
Les représentants du syndicat UFAP UNSA de la maison d’arrêt de Chaumont parlent d’une «surpopulation carcérale sans précédent» avec tout dernièrement 119 détenus majeurs pour seulement 61 places. 

Les greffes en «sous effectif chronique»

Pendant quelques jours, comme L’affranchi s’en est fait l’écho la semaine dernière, des matelas ont dû être posés à même le sol. 
Les conditions de détention, comparables à certains égards à celles du XIXe siècle (il n’y a pas d’eau chaude dans les cellules !) provoque des tensions entre les détenus et envers le personnel. Les problèmes psychiatriques et les pathologies lourdes ne peuvent pas être traités. Et, faute de personnel, le suivi socio-éducatif (une seule personne pour 120 détenus !) n’est pas non plus assuré comme il le devrait. 
Dans les greffes, on parle d’un «sous effectif chronique» et d’une «impossibilité d’assurer une charge de travail rendue plus importante par une augmentation du contentieux traité par la voie des procédures d’urgence». Résultat : sur environ 1500 décisions rendues en 2008, plus de 500 sont en attente de dactylographie au greffe correctionnel. Elles ne peuvent donc être mises à exécution. Ce qui crée aussi des difficultés pour l’indemnisation des victimes.

Des audiences qui se finissent à 23 h ou minuit

La situation ne risque guère de s’améliorer en 2009 puisque trois fonctionnaires doivent partir en retraite au TGI sans que personne ne sache pour le moment s’ils seront remplacés. Le regroupement des greffes des tribunaux d’instance de Chaumont et Langres et des greffes des conseils des prud’hommes de Chaumont et Saint-Dizier fait également craindre des «économies d’échelle». 
Enfin, le personnel évoque «un manque de reconnaissance du travail fourni parfois très tard le soir une culpabilisation des personnels face à la tâche à accomplir qui s’alourdit au gré d’une inflation législative qui ne peut être efficace faute de moyens supplémentaires». 
Il faut quand même que le justiciable sache que les audiences correctionnelles du mardi qui commencent à 14 heures se finissent la plupart du temps à plus de 22 heures, voire à 23 heures ou minuit, malgré le renvoi d’une floppée de dossiers ! Et bien évidemment, quand on doit être jugé, il vaut mieux l’être en début d’après-midi qu’en fin de soirée...

«Quelle place pour l’accompagnement de l’enfance en danger ?»

De son côté, la Protection judiciaire de la jeunesse dit vivre «une attaque sans précédent qui vise au démantèlement de ses missions et de ses services, en recentrant exclusivement son action sur les mineurs délinquants et en transférant aux conseils généraux la protection de l’enfance en dange. C’est l’abandon par l’Etat de ses missions régaliennes, quitte à remettre en cause la place et le pouvoir des juges des enfants. C’est la disparition des services de proximité et de qualité en matière d’éducation de justice et de sécurité». 
En Haute-Marne, après la fermeture du foyer d’action éducative de Chaumont, sont amenés à disparaître le service de placement diversifié ainsi que la direction départementale. Sans compter tous les postes d’éducateurs dont l’activité est liée au civil et au secteur de l’insertion. «Dans cette nouvelle configuration qui se profile, quelle place reste-t-il pour l’accompagnement de l’enfance en danger et pour les métiers de l’éducatif ?», s’interrogent les personnels dont plus de la moitié ont fait grève ce jeudi 29 janvier. «La délinquance n’est-elle pas la traduction d’une souffrance qu’il convient de prendre en compte au même titre que l’acte en lui-même ?» 
Apparemment, ce sont des questions qu’en haut lieu on ne se pose même pas...

L' affranchi
Vendredi 30 Janvier 2009
Lu 902 fois
Notez


1.Posté par lagrande le 09/02/2009 09:04
Lu Chatel apprenez vous à éviter les chaussures ! mon stock de vieilles godasses est prêt ! le mouvement est marche !

Nouveau commentaire :