Rechercher un article



Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

Théâtre : retour sur les «bienfaits» de la colonisation

En résidence à Chaumont, le metteur en scène Jean-Marie Lejude a demandé à Maïssa Bey de lui écrire un texte sur les «bienfaits» de la colonisation. Il en a fait un spectacle qui sera présenté les 27 et 28 février.



Lors des répétitions cette semaine au Nouveau Relax.
Lors des répétitions cette semaine au Nouveau Relax.
Il habite à Paris, sa compagnie théâtrale “L’oeil du Tigre” est basée à Reims. Et il est, pour la saison, en résidence à Chaumont, au Nouveau Relax, où il a déjà présenté le spectacle «Hyènes», où il anime des ateliers, et où il travaille actuellement sur une création, «Madame Lafrance», dont les premières représentations auront lieu les mercredi 27 et jeudi 28 février, à 20 h 30. Jean-Marie Lejude -c’est de lui qu’il s’agit- dispose donc du Nouveau Relax durant une quinzaine de jours pour mettre la dernière touche à son spectacle qui parle de colonisation. «Il y a un an et demi, après avoir entendu les politiques qui ont voulu nous convaincre des bienfaits de la colonisation, j’ai appelé Maïssa Bey, une auteure qui est publiée en France et qui vit en Algérie, et dont le père est mort sous la torture de l’armée française. Et je lui ai demandé de m’écrire un texte sur ce sujet», explique-t-il.

La colonisation à travers le regard de l’enfant

Maïssa Bey était une enfant lorsque son père est mort. Et ce qu’elle a proposé à Jean-Marie Lejude, c’est justement de voir la colonisation à travers le regard de l’enfant. «Le monde adulte possède une conscience à géométrie variable ainsi qu’une logique défiant les syllogismes les plus audacieux», explique l’homme de théâtre. «Celui de l’enfance a le privilège, certes éphémère, de la candeur. Scrutateur, interrogateur apeuré, amusé, l’enfant observe sans a-priori. Maïssa Bey était l’un d’eux. Elle a vécu quotidiennement les «bienfaits», a eu le temps de les apprécier pendant et de les analyser ensuite.» L’histoire de «Madame Lafrance» démarre donc en 1830, au moment où la flotte française arrive dans la rade d’Alger, et elle s’achève en 1962, lorsque l’indépendance algérienne est proclamée. «Ce n’est pas une écriture dite de théâtre», précise Jean-Marie Lejude. «Maïssa a écrit comme elle sait le faire. Elle est habituée aux nouvelles, aux romans et aux essais. Mon travail, c’est de m’emparer de ce texte et d’en faire quelque chose de théâtral». Sur scène, il y a donc deux comédiens : Fatima Aibout et Laheen Razzougui, ainsi qu’un accordéoniste, Eric Proud. Bien qu’adultes, ces trois personnes incarnent l’enfant. Il y a aussi de la vidéo. Les 18 tableaux se succèdent et s’enchaînent avec de la musique et des fondus-enchaînés. «On essaie de mettre les spectateurs en situation d’enfants à qui on apprend des choses, il y a un côté pédagogique», souligne le metteur en scène. «Mais on ne donne pas pour autant une leçon de morale. Même si on parle de choses graves, on n’est pas non plus dans le pathétique. Il y a de l’humour et de la dérision. On fait dans le ludique, comme les enfants».

Après Chaumont, peut-être Alger...

«Madame Lafrance» est un spectacle qui peut être vu dès l’âge de 12 ou 13 ans. «Ça parle à tout le monde», insiste Jean-Marie Lejude qui espère la venue de Maïssa Bey -qui a participé au dernier salon du livre de Chaumont- mercredi ou jeudi. Créé à Chaumont, co-produit par le Nouveau Relax, le spectacle sera ensuite joué à Tulle, en Corrèze, puis à Reims, à Epernay, ainsi qu’à Saint-Dizier. Il est aussi prévu qu’il soit présenté en janvier 2009 à ... Alger.

«Madame Lafrance» au Nouveau Relax mercredi 27 février à 20 h 30 et jeudi 28 février à 20 h 30. Durée : 1 h 20. A partir de 12 ans. Tarifs : de 5 à 17 euros. Réservations au 03 25 01 68 80.

C.P.
Jeudi 28 Février 2008
Lu 588 fois
Notez

Nouveau commentaire :