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Qui est vraiment Philippe Debref ?

Le troisième homme n’a pas l’éloquence des deux autres. Il avoue aussi quelques lacunes sur les dossiers en cours. Mais il détient la clé des municipales. Et on voit même s’imposer ses thèmes de campagne...



Philippe Debref
Philippe Debref
Tout le monde sait que Luc Chatel a toutes les chances d’être le futur maire de Chaumont. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est soutenu par le Journal de la Haute-Marne. Le quotidien local vole traditionnellement au secours des favoris de chaque ville. Parfois en vantant les mérites du mieux placé, parfois en démolissant le plus mal parti. Ça rend finalement les nouveaux élus redevables et ça met les opposants sous pression. Le JHM peut en effet essayer de leur faire croire que, s’ils veulent être élus un jour, il faudra qu’ils restent en bon terme avec lui. Cette année à Chaumont, le journal met le paquet comme jamais. Non seulement, il soutient Luc Chatel, mais en plus, il cherche à démolir un de ses adversaires. Philippe Debref est le souffre-douleur de la rédaction du JHM. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un article ou un écho ne vienne nous expliquer qu’il s’agit d’un rigolo ne méritant pas une attention sérieuse. Et pourtant...

Celui qui peut imposer un deuxième tour

Entre un sortant et un ministre, Philippe Debref est forcément le troisième homme. Celui à qui on attribue le moins de voix. Mais ça ne l’inquiète pas. Il explique qu’il n’a rien à perdre. Et s’il ne devait obtenir que 5 % des suffrages, il serait quand même content d’avoir pu vivre une telle expérience. En revanche, s’il dépassait les 15 %, l’affaire deviendrait beaucoup plus sérieuse. On imagine bien que son score additionné à celui de la gauche dépasserait les 50 %. Luc Chatel serait donc mis en ballottage, avec toute l’incertitude qui pèserait alors sur le deuxième tour... De toutes façons, après avoir été réélu député au premier tour, celui qui depuis est devenu secrétaire d’Etat gagnerait encore en crédibilité nationale s’il était capable de prendre une ville à la gauche dès le premier tour. On voit bien ainsi que Philippe Debref détient la clé primordiale de cette élection. C’est aussi la raison pour laquelle le Journal de la Haute-Marne cherche à le disqualifier en priorité.

Quand la campagne vient sur son terrain

Le diable d’homme s’impose également dans la campagne par son thème favori : le développement d’une grande zone commerciale à la Croix Coquillon. On s’est moqué au début. Mais il faut reconnaître que le sujet prend aujourd’hui beaucoup d’importance. A tel point que, lorsque France 3 s’est intéressé aux municipales à Chaumont, le reportage a été axé sur la question du commerce. Tout le monde est venu sur ce terrain. Luc Chatel appelant à la création d’une zone à La Vendue et Lionel Blondelle souhaitant la reprise du projet du dépôt SNCF. Philippe Debref avance alors avec deux avantages : l’accessibilité et l’emploi. On sent bien que le dépôt est enclavé et que La Vendue, même avec un rond point du côté de la quatre voies, risque de s’engorger. On peut lui reprocher quand même de vouloir monter son projet sur une zone qui est créée et subventionnée pour autre chose. Il répond que les commerces pressentis ont les moyens de racheter les subventions. Mais que, s’il n’y avait pas possibilité de trouver un accord, d’autres terrains seraient disponibles non loin de là. Et il prétend l’avoir déjà vérifié du côté de Jonchery.

Réponse à tout

Reste son estimation de 1000 emplois créés, à laquelle on n’est pas obligé de croire. Mais là encore, il affirme que les projets de ses concurrents n’ont pratiquement pas d’intérêt dans la mesure où ils restent à la dimension de ce qui existe déjà. Ils sont même en partie basés sur des transferts d’un endroit de la ville à un autre. Or, il explique que son projet est le seul à être d’une dimension suffisante pour élargir la zone d’influence de Chaumont et pour enrayer en partie la fuite de clientèle vers les villes voisines. On se dit quand même qu’il rêve. Mais il affirme être déjà en contact avec ceux qui pourraient investir et que son calcul s’appuie sur ce qu’ils ont déjà fait ailleurs. Pour vérifier, il faudrait qu’il donne un peu plus de détails. Mais il invoque la confidentialité nécessaire dans les affaires. On espère quand même qu’avec l’imminence de l’échéance électorale, il finira par lâcher quelques informations. En attendant, il est intarissable sur le sujet. Ce qui fait oublier qu’il est moins à l’aise que les deux autres sur le fonctionnement des collectivités locales. Mais ça ne l’inquiète pas non plus, sachant que c’est le cas d’une grande majorité de nouveaux maires à chaque élection. Et il ajoute, visant surtout la liste de Luc Chatel, que ceux qui prétendent avoir le plus d’expérience ne sont pas ceux qui ont le plus fait changer les choses à Chaumont. Bref, l’homme ne se laisse démonter par rien. «Certains font rêver en racontant qu’ils feront venir des entreprises, conclut-il. Moi je dis simplement que je ferai mon possible dans ce domaine aussi. Mais rien n’est jamais acquis et les entreprises, quand on arrive à en trouver, ne viennent jamais pour rien. Une zone commerciale au contraire c’est sûr, ça ne coûte rien à la collectivité, ça peut être installé rapidement et ça ne profite pas d’exonérations de taxe professionnelle...».

Un parcours étonnant

Fils d’épiciers (ça explique probablement sa bosse du commerce), Philippe Debref a commencé sa carrière professionnelle dans la gendarmerie. Il s’est fait remarquer par ses talents en informatique - ce qui n’était pas courant à l’époque - créant de petits logiciels pour supprimer certaines tâches fastidieuses. Il a pu ainsi suivre de près l’informatisation de la légion Lorraine qui a été pilote en France. Et il s’est retrouvé finalement instructeur à l’école de gendarmerie de Chaumont. Là, pour s’amuser, il a monté en 1996, un site internet calculant les statistiques des jeux de hasard. Il l’a appelé «France Top Jeux». Et comme il était dans les premiers, il a connu un beau succès. Plus tard, bricolant aussi l’électronique, il a fabriqué des périphériques pour l’ordinateur puis pour les consoles de jeux vidéo. Il les a présentés sur un site internet et ça a très bien fonctionné. C’est ainsi qu’il est devenu un des pionniers de la vente par correspondance dans l’accessoire de jeux vidéo. Bientôt il a mis en vente des produits qu’il trouvait en Asie. Et comme ça a marché, il a quitté la gendarmerie. Il a ensuite créé un magasin (Ominfo) en ville, puis il l’a transféré vers le faubourg de Reclancourt. Mais la vente par correspondance a toujours été son activité principale. L’entreprise est montée à 10 employés, avec un chiffre d’affaires annuel de 3,5 millions d’euros. Puis l’activité a régressé. Au magasin d’abord pour cause de concurrence locale, mais surtout sur le site en raison à la fois d’une récession et de la concurrence accrue de grands groupes se positionnant sur le marché. Il s’est alors refusé à licencier. «J’ai contracté un emprunt personnel pour nous relancer, raconte-t-il. Mais un an plus tard, il a fallu déposer le bilan. Ça m’a coûté très cher. Mais j’ai mis un point d’honneur à ne pas laisser de dettes chez les fournisseurs chaumontais. A l’époque, je faisais beaucoup de publicité dans le Journal de la Haute- Marne. Je me suis efforcé de tout payer». Il n’en a visiblement pas été récompensé... N’étant pas du genre à se laisser aller, Philippe Debref s’est mis à faire des pizzas dans un camion, qui est installé en face de la gendarmerie. C’est ainsi que régulièrement, dans des articles consacrés aux municipales, des journalistes qui ne savent même pas ce que représente le fait de créer une activité aiment l’appeller le «pizzaïolo».

L.T.
Vendredi 29 Février 2008
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