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Quand un paysan touche plus de 100000 € d’aides par an

En Haute-Marne, 150 exploitations agricoles touchent chacune plus de 100 000 euros d’aides par an... La Confédération paysanne milite pour une réorientation de la politique agricole commune avec l’idée de soutenir ceux qui en ont vraiment besoin.



Yves Mouillet et Jacques Pasquier trouvent que les propositions du ministre de l’agriculture Michel Barnier vont plutôt dans le bon sens. 
Yves Mouillet et Jacques Pasquier trouvent que les propositions du ministre de l’agriculture Michel Barnier vont plutôt dans le bon sens. 
Les assemblées générales de la FDSEA et de la Confédération paysanne se suivent et ne se ressemblent pas. A Nogent, la semaine dernière, la FDSEA réunissait environ 250 personnes, dont le sénateur et président du Conseil général, la députée et le secrétaire général de la préfecture. A Chaumont, cette semaine, la Confédération paysanne n’attirait qu’une trentaine de personnes et aucun élu, à l’exception de l’attachée parlementaire de Charles Guené, arrivée bien en retard... Pourtant, la Conf’ représente en Haute-Marne un paysan sur quatre (et un sur cinq au niveau national). 
A la réunion de la FDSEA, syndicat traditionnellement classé plutôt à droite, on a beaucoup critiqué l’actuel ministre de l’agriculture Michel Barnier. A celle de la Confédération paysanne, plutôt à gauche, c’est tout juste si on n’a pas regretté son prochain départ lié aux élection européennes !
Il faut dire que les deux syndicats n’ont pas la même approche de la politique agricole commune (PAC), qui a été le thème central de l’assemblée générale de la Conf’, ce jeudi après-midi à l’espace-rencontres du Cavalier. 

De 1960 à aujourd’hui...

«La PAC ne concerne pas que les paysans», a déclaré d’entrée de jeu le Haut-Marnais Yves Mouillet. «Cela a des incidences sur la qualité des produits et sur l’environnement. C’est donc l’affaire de tous. Tous les citoyens doivent avoir leur mot à dire». 
Yves Mouillet a également rappelé que le but premier avait été d’assurer l’auto-suffisance alimentaire de l’Europe et de garantir un revenu aux paysans. «De 1960 à 1992, on a eu des prix garantis qui incitaient à produire», a-t-il résumé. «Mais on a trop produit. Et il y avait des excédents. En 1992, on a décidé de baisser les prix, notamment pour favoriser les exportations. En contrepartie, on a donné des aides à l’hectare ou à l’unité gros bovin (UGB). En 2003, les aides ont été partiellement ou totalement découplées, c’est-à-dire déconnectées de la production. On a pris une référence correspondant aux années 2001-2002. Et on a dit que chaque agriculteur toucherait dans l’avenir une moyenne des aides qu’il avait auparavant, qu’il produise ou non, avec quelques exceptions concernant par exemple les vaches allaitantes».

«Les aides devraient être plus importantes quand les prix sont bas et moins importantes quand les prix sont élevés»

Aujourd’hui, le «bilan de santé» de la PAC se traduit selon la Confédération paysanne par une moindre régulation et davantage de découplage. Dans certains cas, notamment en ce qui concerne les bovins, la production ne couvre plus les besoins européens. Et surtout elle n’assure pas le maintien des paysans avec un revenu décent. 
Le manque de réactivité est également dénoncé. «En raison de la dérégulation des marchés, les prix sont fluctuants. Les aides devraient donc être plus importantes quand les prix sont bas et moins importantes quand les prix sont élevées», fait observer Yves Mouillet. «Il n’est quand même pas normal qu’on verse les aides de la même manière quand les céréales sont à 200 euros comme l’an dernier ou à 100 euros comme aujourd’hui». 
Bref, cette PAC ne convient pas à la Confération paysanne qui voudrait bien profiter du «bilan de santé» pour l’orienter différemment. Et elle trouve donc que certaines propositions de Michel Barnier vont plutôt dans le bon sens comme le fait de vouloir préserver les filières du mouton et du lait de montagne, d’accompagner les productions dites durables, de soutenir l’herbe et de diminuer la dépendance protéique de l’Europe (qui importe aujourd’hui 75% des protéines comme le soja). 

«Est-ce qu’on va continuer en France à produire des ovins, de la viande bovine et des fruits et légumes ?»

«A notre grande surprise, le ministère est aujourd’hui attentif à notre proposition de donner davantage d’aides aux 50 premiers hectares», souligne Jacques Pasquier, le secrétaire national de la Confédération paysanne qui assistait à l’assemblée générale cette semaine. 
Reste que, selon Yves Mouillet, «le contexte politique n’est pas simple : Barnier est sur le départ et Sarkozy ne laisse pas beaucoup de pouvoir à ses ministres. A la FNSEA, il y a aujourd’hui un affrontement ouvert entre les céréaliers et les éleveurs. A la Conf’ aussi, il y a des débats sur les conséquences qu’il risque d’y avoir dans chaque filière. Et les revendications que l’on défend au niveau national ne sont pas forcément celles de la Haute-Marne...»
L’idée qui fait quand même consensus au sein de la Confédération paysanne, c’est de réorienter les aides de la PAC pour soutenir ceux qui en ont vraiment besoin. «Est-ce qu’on va continuer en France à produire des ovins, de la viande bovine et des fruits et légumes ?», s’interroge Jacques Pasquier. «Pour la Commission européenne, mieux vaut s’approvisionner là où c’est le moins cher...»
Voilà un joli sujet de débat pour la campagne des européennes !




Plus de 100 000 € d’aides par an pour 150 exploitations haut-marnaises...

Aujourd’hui, environ 70% des aides vont à 30% des paysans. Selon Jacques Pasquier, secrétaire national de la Confédération paysanne, «il y a un problème de répartition entre les paysans, entre les filières de production (certaines n’ont rien) et entre les régions selon leur spécialisation dans la production.»
Quand la Marne reçoit 206 millions d’euros d’aides directes par an, les Alpes-Maritimes n’en touchent que 1,5 million. 
Pour ce qui est de la Haute-Marne, le chiffre atteint tout de même 90 millions d’euros. Avec également de grandes disparités. Si la moyenne nationale de l’attribution par ferme tourne autour de 22 000 euros, il existe dans notre département 150 exploitations (sur 2000 demandeurs d’aides) qui touchent chaque année plus de 100 000 euros net !
Mais il faut tout de même savoir que si les producteurs de céréales ont en moyenne des revenus élevés, et que si certaines aides de la PAC servent parfois à acheter des biens immobiliers à la montagne ou au bord de la mer (c’est le secrétaire national de la Conf’qui le dit), 40% des paysans ne gagnent même pas le SMIC. Ce qui prouve qu’il y a effectivement beaucoup de choses à revoir dans l’attribution des aides. 

Christophe Poirson
Vendredi 20 Février 2009
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