Rechercher un article



Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

Quand le Crédit mutuel met la main sur la presse locale

Contrairement à ce qu’a écrit «Que Choisir», le Crédit mutuel n’a pas racheté la société de la Haute-Marne Libérée.
En revanche, la banque détient 50 % du JHM et la plupart des journaux de l’Est de la France.



Dans son édition du mois d’avril, le magazine «Que Choisir» a écrit : «Le Crédit Mutuel... est devenu le leader de la presse régionale dans l’Est de la France, en rachetant l’Alsace, le Républicain Lorrain, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, la Liberté de l’Est, la Haute-Marne Libérée, le Dauphiné, le Progrès, le Bien Public et le Journal de Saône et Loire. Des investissements assez étonnants, dans la mesure où la presse est rarement un secteur rentable».
Mais dans son dernier numéro le magazine de l’Union fédérale des consommateurs publie ce petit rectificatif :«Nous avons écrit par erreur dans QC N° 469 que le Crédit Mutuel était propriétaire du holding La Haute-Marne Libérée, qui compte parmi ses filiales Le Journal de la Haute-Marne. Le Crédit Mutuel est actionnaire indirect de ce dernier titre».
Voilà qui mérite quand même quelques explications.

La création du groupe Est-Bourgogne- Rhône-Alpes

En fait, tout part de l’Est Républicain, qui possède 50 % du Journal de la Haute-Marne depuis 1993, et qui détient les Dernières Nouvelles d’Alsace, depuis une bonne dizaine d’années. Il se trouve aussi qu’il a repris la Liberté de l’Est en 2000 pour finalement créer Vosges Matin cette année. L’Est républicain a surtout racheté à Dassault (Socpresse) en 2006 les titres suivants : Le Progrès, Lyon Plus, le Dauphiné libéré, le Bien Public, le Journal de Saône-et-Loire. Le tout forme aujourd’hui le groupe EBRA, qui veut dire tout simplement : Est-Bourgogne-Rhône-Alpes.
Ce qui permet au groupe Est Républicain de se présenter ainsi sur son site internet : «De la Moselle au Rhône et du Rhin à la Durance, de la Belgique à l 'Allemagne, la Suisse et l'Italie, le Groupe EBRA est le premier groupe de presse quotidienne régionale de France. Avec chaque jour près de 1,1 million d 'exemplaires vendus sur 23 départements, 101 éditions et une audience de près de 3,5 millions de lecteurs».
A cela, il faut quand même ajouter quelques petits hebdos régionaux (La Presse de Gray, La Presse de Vesoul, La Tribune de Montélimar), des gratuits (une demi-douzaine de «Top Est»), des télés locales, des maisons d’édition et une agence de conseil en communication.

Entre requins de bonne compagnie

Pour réaliser ces opérations, l’Est Républicain a bénéficié du soutien d’une banque : le Crédit Mutuel. Normal ! La banque possédait déjà près de la moitié de l’Est Républicain. Elle détenait aussi le Républicain Lorrain et L’Alsace. Sans oublier NRJ Mobile et une filiale spécialisée dans le multimédia.
Il a donc suffi d’une petite transaction, pour que tout retombe sous le contrôle du Crédit Mutuel.
L’Est Républicain devait de l’argent à la banque. En juin 2008, la dette a été transformée en augmentation de capital et le Crédit Mutuel est devenu majoritaire.
L’opération a été contestée auprès du tribunal de commerce de Nancy. Devinez par qui ?... Par le Groupe Hersant Médias (GHM) qui, jusqu’ici, disposait d’une minorité de blocage (27 %) au sein du groupe EBRA. L’augmentation de capital, pour laquelle il n’a pas été consulté, le ramène à 17 % et lui fait perdre toute son influence.
L’affaire est actuellement en appel. L’arrêt devrait être rendu en juin. Et il est possible que GHM obtienne gain de cause. Mais personne n’imagine vraiment un retour en arrière. Philippe Hersant n’est pas opposé aux regroupements. Ça se saurait. S’il voulait faire exploser EBRA, ce serait pour créer un autre groupe. En fait, on croit plutôt qu’il cherche à monnayer sa mise à l’écart de cette opération précise. De toutes façons, en un an, le Crédit Mutuel a eu le temps de consolider sa position dans chacun des titres. Personne n’imagine qu’il soit réellement empêché de mener sa politique.

Quand la banque mutualise...

On comprend le montage. Mais on ne voit pas bien l’intérêt pour une banque, comme le souligne «Que Choisir», d’investir dans un secteur économique aussi fragile. Il faut savoir d’ailleurs que le groupe EBRA est largement déficitaire.
Selon certains observateurs, le Crédit Mutuel souhaite surtout bénéficier de l’influence de la presse dans des régions qui l’intéressent. On peut dire également qu’ayant beaucoup misé dans certains journaux, le Crédit Mutuel se sent contraint d’aller jusqu’au bout de la démarche.
Mais s’il le fait, c’est aussi parce qu’il est persuadé d’amener le groupe à une nouvelle rentabilité.
Un peu partout déjà, il a commencé à supprimer des emplois. Il va évidemment tenter de réaliser des économies en mutualisant tout ce qui peut l’être. On parle d’une sorte d’agence interne qui fabriquerait les informations générales pour tous les titres. Et les syndicats s’inquiètent de démarches visant à inciter les journalistes de terrain à abandonner leurs droits d’auteurs ; de telle sorte qu’un article écrit dans une région pourra être repris partout ailleurs ; y compris sur internet, sans que ça coûte quoi que ce soit.
Mais surtout, au Syndicat national des journalistes, on s’inquiète d’une départementalisation des différents quotidiens. Il faut savoir que la grille de salaires des quotidiens départementaux est bien inférieure à celle des régionaux.

La Haute-Marne : un modèle plutôt qu’une cible

Lorsque l’Est Républicain et la Haute-Marne Libérée ont créé Le Journal de la Haute-Marne, ils ont monté un quotidien départemental, avec une masse salariale très avantageuse. C’est d’ailleurs encore aujourd’hui un des rares journaux du groupe qui ne soit pas déficitaire.
Des bruits on couru en début d’année sur le rachat par le Crédit Mutuel de la part Haute-Marne Libérée. Mais ce n’est pas fait. Voilà peut-être l’explication de l’erreur de «Que Choisir». La banque, à qui il suffirait de 1 % des actions de la famille Bletner pour prendre le contrôle total du JHM, n’est certainement pas pressée. Le système fonctionne à peu près comme elle le souhaite. Ça lui rapporte même la moitié du petit bénéfice de chaque année.
En fait, le JHM apparaît plus comme un modèle dans la nouvelle organisation du groupe.
Ainsi dernièrement, l’Est Républicain a fait disparaître son édition des Vosges. Et, avec la Liberté de l’Est, qu’il avait aussi rachetée, il a créé un nouveau quotidien départemental : «Vosges Matin» ; lequel est imprimé sur les rotatives de l’Est Républicain à Houdemont.
Beaucoup d’emplois ont disparu. On a, de plus, gardé les moins chers. Tout porte à croire que le nouveau journal va s’avérer très rentable. Et tant pis si, au passage, les Vosgiens auront perdu la pluralité de l’information dans leur secteur.
Il n’est pas sûr que le paysage médiatique français ait beaucoup à gagner de la répétition d’une telle formule de la frontière du Luxembourg à celle de l’Italie. En tout cas, il nous paraît mal venu qu’un tel système soit mis en place par une banque qui, de surcroît, a reçu récemment des aides de l’Etat.



La mort du Top Est

Le deuxième hebdo gratuit de petites annonces en Haute-Marne vient d’être mis en liquidation. On se souvient qu’il avait été créé il y a un peu plus de 4 ans par la Haute-Marne Libérée sur le modèle de ceux de l’Est Républicain. C’était pour éviter au Paru-Vendu une situation de monopole qui lui était interdite. Peine perdue, puisqu’aujourd’hui il n’existe donc plus, ni sur Chaumont, ni sur Saint-Dizier. Et ça fait encore 8 emplois de perdus.

Lionel Thomassin
Jeudi 7 Mai 2009
Lu 8758 fois
Notez


1.Posté par tchampa le 08/05/2010 23:22
Bonjour,
Les aides de l'etat le Crédit Mutuel en a obtenu un sacré paquet depuis 1958 exonérations des impôts foncieret impôts sur les sté pour les caisses de CCM, livret bleu, fonctionnaires détachés au CM, etc...
Le leitmotiv du CM est simple il suffit de se reporter au règlement interne du CM pour comprendre.
je cite "..pour être admis dans un conseil d'administration ou de surveillance il faut être propagandiste du Crédit Mutuel.."
No Comment..

Nouveau commentaire :