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Quand la communauté de communes deviendra-t-elle adulte ?

Au cours d’une réunion d’installation très bien huilée, les délégués de la Communauté de communes du Pays Chaumontais ont fait tout comme on leur a dit. Tellement bien que ça en est devenu triste.



Les Conseillers communautaires réunis pour la première fois dans les locaux du Conseil général (salle Niederberger).
Les Conseillers communautaires réunis pour la première fois dans les locaux du Conseil général (salle Niederberger).
Pour ceux qui sont habitués aux débats des conseils municipaux, du Conseil général, ou du Conseil régional, la réunion de la CCPC (Communauté de communes du Pays Chaumontais) avait quelque chose d’étrange vendredi dernier. Tout s’est déroulé au pas de charge, sans la moindre anicroche.
Il est vrai que cette séance promettait d’être fastidieuse puisqu’il fallait désigner le président et ses vice-présidents (à bulletin secret), les membres et les co-présidents des 8 commissions et puis les représentants de la CCPC dans d’innombrables organismes extérieurs. Mais c’est le lot de toute collectivité devant se réinstaller après un renouvellement électoral. Et ça peut toujours provoquer des discussions - parfois constructives - sur des projets différents portés par divers candidats.
Vendredi donc, il n’y a pas eu de débat. Tout avait été ficelé auparavant au cours d’une réunion privée. Si bien qu’en séance publique les observateurs extérieurs n’ont pas vraiment eu le sentiment de vivre un de ces moments d’exercice de la démocratie qui animent généralement les instances de la République.

Un candidat par poste, jamais plus...

Que les lecteurs toujours prompts à nous prêter des intentions politiques se rassurent : une fois de plus, nous mettrons sur le même niveau de responsabilités Luc Chatel et Jean-Claude Daniel, qui pour le coup ont fonctionné en parfaite harmonie.
Les grands penseurs qui nous dirigent avaient estimé qu’il fallait réduire de moitié le nombre de vice-présidents en leur donnant chacun une compétence précise, histoire de pouvoir travailler plus efficacement. Ils considéraient, à juste titre, que la CCPC devait avoir dépassé le stade délicat de la prime jeunesse. L’époque où il était encore nécessaire de donner un petit os à ronger à chaque commune sans exception devait être révolue. Certes, mais ils ont remplacé l’ancien système par d’autres principes tout aussi rigides.
Ainsi, ils ont décrété que le président devait être chaumontais tandis que les 9 vice-présidents viendraient obligatoirement des communes rurales. Et puis ils ont prévu des commissions sur les mêmes compétences que les vice-présidents, mais en précisant que ceux-ci n’en seraient que membres. Les commissions étant co-présidées chacune par un citadin et un rural (voir la liste ci-contre).
Si bien qu’au lieu de 19 responsables auparavant, on arrive aujourd’hui à 28 sur 60 conseillers communautaires. Tu parles d’un progrès !
La différence quand même, c’est que les réunions de bureau pourront se limiter à 10 personnes (le président et les 9 vice-présidents). Toutefois on voit mal comment les orientations pourront être projetées sans tenir compte des 18 co-présidents de commissions...
Mais revenons à la réunion de vendredi.
On notera que, pour chacun des postes à pourvoir, un seul candidat s’est présenté à chaque fois. Les votes n’ont donc servi qu’à entériner des désignations déjà effectuées auparavant.

Désaccords étouffés dans l’œuf

Lorsque le nombre de candidats se limite à un, l’intérêt du scrutin est toujours extrêmement restreint. Ça devient même usant si le même type d’opération doit se répéter plus d’une dizaine de fois de suite.
Alors pour s’occuper, on compte les bulletins blancs et nuls. Or vendredi force a été de constater que Luc Chatel en a eu 5, soit un peu plus que la plupart de ses vice-présidents. Une élue (Christine Henry) s’est même payé le luxe de récolter 100 % des suffrages exprimés. Elle a eu droit aux félicitations du président qui, de plus, l’a remerciée pour la souplesse dont elle a su faire preuve.
On a compris alors à demi-mots qu’elle souhaitait un autre poste, mais que, victime d’un arbitrage interne, elle a dû accepter de le laisser à un autre. On pouvait même imaginer qu’il s’agissait de Jean-Luc Raillard, puisqu’il a battu le record inverse (17 conseillers n’ont pas voulu voter pour lui). Il faut dire aussi que le maire de Semoutiers est accusé par les anciens d’avoir plus fait profiter sa commune des avantages offerts par la CCPC que de s’être impliqué dans le développement communautaire (1).
Quoi qu’il en soit, plutôt que de négocier et d’arbitrer avant, le nouveau responsable de la communauté de communes aurait été mieux inspiré de laisser les conseillers trancher entre plusieurs candidats le jour du vote. La transparence et la démocratie y auraient gagné.

Pas les bonnes conditions pour aller plus loin

Tout se passe en fait comme si on considérait que cette collectivité bien plus récente que les autres n’était pas suffisamment mûre pour fonctionner comme ses grandes sœurs. Et ça ne date pas d’hier.
Jean-Claude Daniel, le précédent président, ne lançait pas de projet sans s’être assuré qu’il aurait l’assentiment de la quasi totalité des conseillers communautaires. Ce qui n’est pas le meilleur moyen pour faire avancer les choses. S’il y a eu des ratés (2) et d’incessants patinages (3) au sein de la CCPC, c’est aussi parce que les vraies questions ont rarement été mises sur la table.
Luc Chatel, pour sa part, a annoncé vendredi qu’il souhaitait donner un nouvel élan à la communauté de communes. Il a parlé d’élargissement et d’approfondissement, rappelant que certains souhaitaient voir la CCPC prendre de nouvelles compétences.
C’est très bien, mais pour le coup, s’il ne veut pas voir une majorité d’élus se fermer à des propositions qui ne rapporteront rien directement à leurs communes, il faudra lancer un vrai débat public. Les petites négociations entre amis ne suffiront certainement pas. Or, dans la lignée de Jean-Claude Daniel, le nouveau président n’a visiblement pas encore jeté les bases d’une institution libre au sein de laquelle chacun des membres serait responsabilisé dans le seul intérêt de l’ensemble du secteur.
Autrement dit : quand on se permet de prendre tout le monde par la main, on ne peut guère prétendre vouloir dans le même temps travailler avec des adultes.

(1) Ils citent volontiers l’exemple d’une entreprise ayant travaillé à l’aménagement de la zone communautaire de Semoutiers et que le maire a convaincu d’installer ses locaux non loin de là dans une zone strictement communale. Si bien que la taxe professionnelle de l’entreprise est due à Semoutiers et non à la communauté de communes.
(2) On pense au groupement de football du Pays Chaumontais, qui a été porté à l’origine par les clubs du secteur. Celui-ci permettait de faire jouer tous les jeunes de la communauté de communes au sein d’une même structure. Ça augmentait le nombre d’équipes et certaines évoluaient déjà à un niveau national. Mais l’expérience s’est arrêtée parce que la CCPC a refusé de participer (il fallait 2 à 3 000 euros !). Le sujet n’a même pas été évoqué en réunion publique. Certains conseillers craignaient paraît-il de mettre le doigt dans l’engrenage du sport, alors qu’on leur demandait simplement de soutenir une vraie initiative communautaire venue de la base...
(3) Lors du précédent mandat, il ne s’est pratiquement pas passé une réunion sans qu’on évoque les progrès du projet de base nautique à Choignes. Sept ans après, cet équipement relativement simple n’existe toujours pas...

Chaumont et la CCPC

En nombre d’habitants, la ville de Chaumont représente à peu près 80 % de la population de la Communauté de communes du Pays Chaumontais. Elle apporte même un peu plus en contributions fiscales.
Cependant, en nombre d’élus, les Chaumontais ne représentent que 35 % du conseil communautaire. Et au bureau, sachant que Luc Chatel est le seul représentant de la ville, le taux de Chaumontais passe à 11 %.

Vice-présidents et co-présidents

La présidence de la Communauté de communes du Pays Chaumontais étant naturellement confiée à Luc Chatel, il a été décidé que le fonctionnement de la CCPC se déclinerait désormais sur 9 thèmes différents. A chacun d’eux correspondra un vice président (forcément issu du monde rural) et une commission ; laquelle sera dirigée par deux co-présidents (un citadin et un rural). En voici la liste :

Finances
Vice président : Jean-Marie Watremetz (Juzennecourt)
Co-présidents de la commission : Elisabeth Allaire (Chaumont) et Yannick Lavey (Villiers-le-Sec).

Développement économique
Vice président : Pascal Babouot (Colombey-les-deux-Eglises)
Co-présidents de la commission : Gérard Bocquillon (Chaumont) et Laurent Hausner (Laville-aux-Bois)

Aménagement du territoire
Vice président : Stéphane Martinelli (Rennepont)
Co-présidents de la commission : Gérard Groslambet (Chaumont) et Odile Bertin (Lamothe-en-Blaisy)

Logement, cadre de vie
Vice président : Joël Gouget (Condes)
Co-présidents de la commission :Vincent Gallantier (Chaumont) et Alain Penné (Brethenay)

Services de proximité
Vice président : Jean-Claude Lefèvre (Villiers-le-Sec)
Co-présidents de la commission : Didier Cognon (Chaumont) et Pierre Delaître (Blaisy)

Voirie (petit patrimoine et espaces ruraux)
Vice président : Christine Henry (Rizaucourt-Buchey)
Co-présidents de la commission : Patrick Viard (Chaumont) et Jean-Marc Pouilly (Euffigneix)

Transport
Vice président : Jean-Luc Raillard (Semoutiers-Montsaon)
Co-présidents de la commission : Christine Guillemy (Chaumont) et Philippe Bertrand (Treix)

Communication
Vice président : Fabrice Méreaux (Jonchery)
Co-présidents de la commission : Céline Cuccuru (Chaumont) et Joël Clément (Condes)

Tourisme et loisirs
Vice président : Joseph Wagner (Chamarandes-Choignes)
Co-présidents de la commission : Céline Vancraeyneste (Chaumont) et Michel Menet (Lachapelle-en-Blaisy)

Coudées Franches

Toujours prêt
Comme il l’avait fait pour le Conseil municipal, Jean-Claude Daniel est venu installer la nouvelle assemblée de la Communauté de communes du Pays Chaumontais. Il en a profité pour faire un dernier discours sur les compétences et les enjeux de la CCPC.
Luc Chatel ayant pris sa place a tenu ensuite à lui rendre hommage. Il a salué une fois de plus la façon dont son prédécesseur a tenu à assurer la transition : «dans des conditions qui font honneur à la tradition républicaine».
On comprend qu’ils se sont bien entendus pour préparer les premières réunions. Pour un peu, ils ne se quitteraient plus...

Doyen N°1
Nés à quelques mois d’intervalle, Francis Finez et Jacky Châtelain sont les deux doyens de la municipalité de Chaumont, mais aussi de la Communauté de communes du Pays Chaumontais. Le premier est un peu plus vieux. Mais, lorsqu’il s’est agi d’installer le Conseil municipal, il avait cédé sa place. Car faire présider la première réunion par un non-voyant était un symbole fort pour une ville qui entend améliorer l’accessibilité des lieux publics et privés aux handicapés.
En revanche, devant la CCPC, Francis Finez a repris ses prérogatives.
Ce qui ne veut pas dire que Jacky Châtelain ait décidé d’arrêter sa mission aux limites de la ville. Il a au contraire choisi des commissions (comme celle des transports) dans lesquelles il a bien des choses à initier en matière d’accessibilité.

La surprise du jour
Pris par ses obligations professionnelles, Philippe Debref n’a pas assisté à la première réunion de la CCPC. Il a néanmoins voulu donner son pouvoir. Et comme il ne disposait pas de coéquipier élu dans la collectivité, il s’est tourné vers Luc Chatel.
Le geste a fait sensation. Car même si les positions de tous les Chaumontais ont plus de chances de se rejoindre à la communauté de communes qu’au conseil municipal, le fait de donner son pouvoir n’est pas anodin.
L’élu centriste a un peu oublié que ses 12 % de voix venaient certainement beaucoup d’électeurs qui ne souhaitaient pas accorder leurs suffrages au futur maire. Il n’était donc pas très judicieux de les y amener par ricochet. Ses amis se sont chargés après coup de le lui rappeler.

Parole de ministre !
Dans son discours de nouveau président de la communauté de communes, Luc Chatel a beaucoup parlé du tourisme. Rappelant qu’il avait été pendant neuf mois chargé de la question au gouvernement, il a manifesté l’intention d’actionner ce levier local de développement. Il a précisé d’ailleurs qu’il entendait utiliser sans modération le Mémorial de Colombey.

Lionel Thomassin
Vendredi 25 Avril 2008
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