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Quand l’ANPE adapte l’offre à la demande... et vice-versa

Exemple d’un «recrutement par simulation », organisé par l’ANPE, pour détecter les personnes susceptibles de convenir à un employeur, même si elles n’ont pas eu la formation et les diplômes requis.



Mercredi matin, dans
les locaux de l’ANPE
de Chaumont, quatorze
chercheurs d’emplois
sont réunis autour d’une
grande table. Durant près
de trois heures ils vont
plancher sur des exercices
qui permettront de juger de
leur «habileté» dans un
domaine précis (en l’occurrence
l’aide à la personne).
Ce qui leur permettra, si
leurs notes sont satisfaisantes,
de décrocher un
entretien avec l’employeur.
La formule de ce «recrutement
par simulation» a été
inventée pour tenter de
mieux répondre aux offres
d’emplois dans des secteurs
où la main d’oeuvre qualifiée
est très difficile à trouver.
Au début, l’opération ne
s’adressait qu’aux jeunes.
Aujourd’hui elle est ouverte
à toutes les catégories de
chercheurs d’emplois.
Le principe en est simple,
mais assez inhabituel en
France : il s’agit de faire
entrer dans un emploi des
personnes qui n’ont pas été
formées pour cela. On s’intéresse
simplement à leurs
capacités et leurs compétences.
Sachant que ces qualités
auront été auparavant soigneusement
évaluées par
des exercices en rapport
direct avec le métier.

Chacun a sa chance, quelle que soit sa formation initiale.
Chacun a sa chance, quelle que soit sa formation initiale.
Plus besoin d’un CV
pour décrocher
un entretien


L’ANPE a mis en place une
méthode qu’elle a carrément
fait breveter.
En collaboration avec l’employeur,
elle définit les
compétences nécessaires à
la réalisation d’un travail.
Elle établit ensuite une
série d’exercices, mettant
en jeu ces compétences, en
prenant soin cependant de
les baser sur des situations
réellement rencontrées
dans le travail. Puis elle fait
plancher des employés de
l’entreprise sur ces exercices.
Ce qui lui donne une
note moyenne obtenue par
les professionnels. Il n’y a
plus enfin qu’à définir à
quel niveau doivent se
situer les futurs candidats
par rapport au groupe étalon.
Lorsque l’entreprise lance
un recrutement, les
conseillers ANPE cherchent
les personnes dont les inspirations
(détaillées par
ailleurs) peuvent correspondre.
Et celles qui sont
intéressées sont convoquées
pour passer les épreuves.
Quelques jours plus tard,
tous les candidats qui ont
obtenu la note minimale
sont retenus pour un entretien
auprès de l’employeur.
A eux de profiter du fait
qu’ils viennent de passer le
barrage parfois si pénalisant
du CV, et de faire alors la
preuve de leur motivation.

La preuve de sa capacité
à agir juste
dans des situations
précises


Mercredi, nous avons donc
assisté à une de ces séances
«recrutement par simulation
» dans les locaux de
l’ANPE de Chaumont. Deux
autres du même type ont
également été mises en
place dans la semaine.
Celles-ci étaient organisées
pour l’ADAPAH (Association
Départementale d'Aide aux
Personnes Agées et aux
Handicapés) qui recherche
une vingtaine de personnes
capables d’effectuer des
remplacements.
Les exercices étaient largement
inspirés d’une base
nationale élaborée avec
divers services d’aides à la
personne, mais adaptés
aussi aux besoins spécifiques
de l’ADAPAH. Les
candidats étaient alors placés
face à des situations précises
(soit écrites, soit illustrées
par photos). Chacun
devait montrer sa capacité à
apporter les bonnes
réponses au bon moment.
Il faut savoir que certaines
épreuves liées aux questions
de sécurité peuvent entraîner
l’élimination lorsqu’on
ne les a pas réussies correctement.
Mais pour le reste,
il est précisé qu’il ne s’agit
pas d’un concours. Tous
ceux qui obtiennent le
minimum requis décrochent
un entretien avec
l’employeur, même s’ils
sont beaucoup plus nombreux
que les postes à pourvoir.
Et chacun a sa chance.
C’est la motivation qui
compte alors le plus.
Même si on n’est pas
embauché, au final, cette
réussite aux épreuves peut
permettre de s’adresser à un
autre employeur travaillant
dans le même secteur. A
condition que l’ANPE ait
réussi à convaincre celui-là
aussi du bien-fondé de la
formule. Mais ça vient...
De plus en plus d’entreprises
éprouvant des difficultés
à recruter ont
recours à ce service qui
occupe actuellement sur le
terrain 4 «examinateurs»
pour les départements de
l’Aube et la Haute-Marne

Tout ça pour ça ?

La formule a ses limites : ce sont celles de la
situation de l’emploi.
Mercredi matin, après deux heures de séance,
sachant qu’il en restait encore une à plancher sur
des épreuves de plus en plus pointues, une candidate
s’est écriée : «Tout ça pour deux mois de
travail !».
En effet, ce qui est proposé par l’employeur n’est
jamais qu’un remplacement de deux mois.
La réponse de l’animateur ANPE a été de préciser
que le contrat à durée indéterminée (CDI) n’existe
plus aujourd’hui que dans 18 % des embauches.
Il est donc assez illusoire de l’espérer quand on
est chercheur d’emploi. Néanmoins, même
lorsque l’entreprise n’a qu’un petit CDD à proposer,
elle doit s’assurer que le travail pourra être
correctement réalisé ; surtout si l’employé est en
relation directe avec le client.
La personne qui n’est embauchée que pour deux
mois a juste à espérer que ses qualités seront
reconnues durant cette période et qu’on pensera
à elle lorsqu’un poste se libérera.
Telle est la dure réalité de beaucoup de chômeurs
aujourd’hui.

Lionel Thomassin
Vendredi 16 Mai 2008
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