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Nucléaire : Ces déchets qui ne laissent pas indifférent

Alors que tout le monde semblait s’être habitué à Bure, le projet d’enfouissement d’une nouvelle catégorie de déchets radioactifs redonne de la vitalité au CEDRA et autres militants anti-nucléaire.



Un nouveau combat pour Jean-Marc Fleury, Michel Marie et Michel Guérite, qui continuent toutefois de batailler contre Bure et Soulaines. 
Un nouveau combat pour Jean-Marc Fleury, Michel Marie et Michel Guérite, qui continuent toutefois de batailler contre Bure et Soulaines. 
Créé en 1994 en réaction au projet d’enfouissement, à 500 mètres de profondeur, des déchets nucléaires hautement radioactifs et à vie longue (HAVL) du côté de Bure, le CEDRA connaît un regain de vitalité depuis cet été avec le nouveau projet d’enfouissement, cette fois à 200 mètres, des déchets dits faiblement radioactifs et à vie longue (FAVL).
Recherchant un lieu de stockage pour cette sympathique marchandise, l’ANDRA a envoyé mi-juin un dossier à quelque 3115 communes «dont le territoire est a priori favorable au plan géologique».
Une vingtaine de départements sont concernés. Mais l’Est de la France l’est principalement. Et, pour des raisons d’économie, le CEDRA est persuadé que les sites à proximité de Bure, de Soulaines et de Morvilliers vont être privilégiés.

La mairesse de Rimaucourt mise en minorité

Rien qu’en Haute-Marne, ce sont 150 communes qui ont reçu le fameux courrier. Une petite dizaine d’entre elles –dont Rimaucourt- ont fait acte de candidature ou ont demandé un complément d’études, ce qui revient à peu près au même. Mais lors de la réunion publique qui a été organisée par le CEDRA le 5 novembre à la salle des fêtes d’Andelot (la salle des fêtes de Rimaucourt n’étant pas disponible), on a appris que la mairesse de Rimaucourt avait été mise en minorité lors de ce vote et que ce projet était loin de faire l’unanimité au sein du conseil municipal (9 pour et 6 contre).
Un tel projet suscite aussi un intérêt certain de la population puisque cette réunion a attiré environ 70 personnes.
S’appuyant sur ses quinze années d’expérience et sur certains rapports de la Commission nationale d’évaluation (CNE) et de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le CEDRA critique violemment le dossier FAVL. «Dans les faits, personne ne sait quel est le volume de déchets à enfouir», s’emporte Michel Marie. «On cherche des candidats sans leur dire exactement ce que l’on va leur mettre sous les pieds. Il y a aussi une interrogation sur la durée de vie de ces déchets. L’ANDRA parle de quelques milliers d’années. Mais l’ASN raisonne en dizaines de milliers d’années. Et on parle même de millions d’années pour certains déchets. Quand l’ANDRA parle de faible activité, on pense aussi que ce n’est a priori pas bien méchant. Mais dans le rapport de l’ASN, il est quand même question d’une «nocivité radiotoxique élevée». Enfin, on apprend dans ces documents que l’enfouissement est d’une complexité extrême.»

L’argent avant toute chose

Au-delà de ces considérations techniques, le CEDRA dénonce la «carotte financière» qui est agitée devant les élus de petites communes qui ont souvent bien besoin d’argent.
«Est-ce que cette question est vraiment de la compétence des communes ?», s’interroge d’ailleurs Jean-Marc Fleury, le président de l’association des élus meusiens et haut-marnais (AEMHM) opposés à l’implantation du laboratoire de Bure. «Parce que le dossier est compliqué et qu’ils ignorent ce qu’est un déchet FAVL, les élus ne savent pas ce qu’ils acceptent», ajoute-t-il. «En réalité, ils ne se prononcent que sur l’accompagnement financier. On veut trouver une solution locale à un problème national. Et on demande à des élus qui ne sont pas compétents de faire acte de candidature. Mais il faut qu’ils sachent qu’une fois qu’ils auront dit oui, ça leur échappera complètement. Et ils devraient se demander pourquoi il y a tant d’argent si ça n’est pas dangereux».
De l’argent, il y en a pour Bure (actuellement, 20 millions d’euros par an et par département pour la Meuse et la Haute-Marne) et pour Soulaines. «Grâce à la présence du Centre de stockage de l’Aube, la commune de Soulaines dispose d’un budget de 3,8 millions d’euros pour 300 habitants», ironise Michel Guérite, président de l’association «La Q.V.» de Ville-sur-Terre. «Maintenant, on a des lavoirs fleuris éclairés toute la nuit et des bordures de trottoirs qui viennent jusque dans nos chambres…»
De l’argent, il devrait aussi y en avoir pour la commune qui accueillera les déchets FAVL. Mais dans le dossier de l’ANDRA, il n’y a aucun chiffre…

70 personnes ont assisté à la réunion publique organisée par le CEDRA le 5 novembre à Andelot. 
70 personnes ont assisté à la réunion publique organisée par le CEDRA le 5 novembre à Andelot. 
«Ce qu’on étudie, ce n’est pas le sous-sol, c’est vous et nous»

Jean-Marc Fleury est convaincu que les caractéristiques géologiques importent moins que les considérations sociologiques : «De toute façon, la solution de l’enfouissement est ridicule. Qui peut dire ce qui se passera dans quelques centaines de milliers d’années ? En réalité, ce qu’on étudie depuis 1995 sur le secteur de Bure, ce n’est pas le sous-sol. C’est vous et nous. C’est notre capacité de résister».
Présente dans la salle, une personne se présentant comme «ingénieur à EDF» lui donne même raison. Et d’insister : «Faut pas croire tout ce que dit EDF. En tout cas, il faut qu’on opte pour des solutions réversibles».
Du refus d’une poubelle radioactive au discours anti-nucléaire, il y a un pas que les animateurs de cette soirée à Andelot franchissent allègrement. Michel Guérite effraye l’assistance en faisant état d’un nombre qu’il juge anormal de cancers de la thyroïde et autres maladies graves dans sa région de l’Aube. Des cancers qu’il relie non seulement au passage du fameux nuage de Tchernobyl mais aussi aux rejets de cochonneries dans l’atmosphère en provenance du centre de stockage de l’Aube. Même si une récente analyse des niveaux de la radioactivité dans les environs de Soulaines -effectuée par une association indépendante, l’ACRO- n’a mis en évidence aucun danger particulier…
Reste que pour Michel Marie, le nucléaire est dangereux et il est possible d’en sortir. C’est une question de volonté politique. Et malgré le Grenelle de l’environnement, des pays comme l’Allemagne et l’Autriche montrent que la France a des années de retard en matière d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables.

Christophe Poirson
Vendredi 7 Novembre 2008
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