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Multiplexe au Garage : ça ne paraît pas viable

L’exploitant du Vox et de l’Eden refuse de faire le multiplexe au Garage. Selon Luc Chatel, c’est parce qu’il est trop vieux pour investir... En réalité, c’est parce que le projet imposé par la ville ne paraît pas viable. Explications en page 5.



Les Chaumontais qui aiment aller au cinéma n’ont pas de chance. L’Eden reste fermé depuis début janvier et, aux dernières nouvelles, ne devrait rouvrir qu’en mai. Le Vox est toujours aussi peu accueillant. Et l’exploitant des salles vient de décliner l’offre de la ville de transformer le garage de la gare en multiplexe (ce que L’affranchi avait d’ailleurs prévu).

Jean-Claude Tupin fait pourtant partie des 15 premiers exploitants de France

Au conseil municipal, le ministre-maire Luc Chatel a refusé de donner les vraies raisons de ce refus. Il a laissé entendre que Jean-Claude Tupin –qui ne souhaite pas s’exprimer sur cette affaire pour le moment- était trop vieux pour investir ! Pourtant, à 60 ans, le PDG du groupe Majestic, qui travaille avec son fils de 35 ans, n’a pas l’intention de prendre sa retraite de sitôt. Avec ses salles et ses multiplexes situés à Vesoul, Douai, Gray, Chaumont et Remiremont, il fait partie des 15 premiers exploitants français et comptabilise à lui seul 2 millions d’entrées en 2008. Et d’après nos informations, il n’a pas fini d’investir. Mais si ce professionnel ne croit pas au projet du Garage, c’est sans doute parce que celui-ci ne paraît pas viable économiquement, comme une étude de marché semble d’ailleurs l’avoir déjà démontré.
Pour mémoire, quand Jean-Claude Tupin a racheté les salles chaumontaises, il y a 10 ans, c’était déjà avec l’idée de faire un multiplexe. C’est ainsi qu’est apparu le projet du Dépôt SNCF, avec la société Les Arches, et sous l’œil bienveillant de l’ancienne municipalité. Pour mener à bien cette opération, l’exploitant avait réuni les financements et obtenu l’autorisation de la Commission départementale d’équipement cinématographique (CDEC). A l’époque, il était question de 9 salles et de 2000 fauteuils. Mais en raison du recours intenté par des commerçants opposés à la partie commerciale du projet (implantation d’une grande surface alimentaire et autres boutiques), le projet a été bloqué. Et Luc Chatel y a mis un terme définitif dès son arrivée à la mairie.

Une décision prise de façon irrévocable, sans débat et sans concertation

Son programme de campagne prévoyait l’installation du multiplexe dans le quartier de la gare. Mais le candidat songeait alors au terrain de l’ancien SERNAM, un emplacement qui ne déplaisait d’ailleurs pas forcément à Jean-Claude Tupin.
C’est l’architecte Jean-Marie Duthilleul, en charge de tous les projets architecturaux de la SNCF et missionné par la municipalité pour réaliser une étude globale sur la réhabilitation du quartier de la gare, qui a pensé à utiliser le garage des services techniques. Et la décision a été prise, de façon irrévocable, sans débat au conseil municipal et sans aucune concertation avec l’exploitant des cinémas.

Investir 6 millions d’euros pour 200 places ?

Le hic, c’est que le garage n’est pas si grand qu’il n’y paraît. Même en récupérant les locaux de l’office de tourisme (rénovés il y a quelques mois !), on ne peut y loger que 1120 fauteuils, alors que la capacité actuelle du Vox et de l’Eden est de 900 places.
Question : quel intérêt a donc un exploitant à investir 6 millions d’euros dans un équipement dont il ne sera même pas propriétaire des murs (la ville souhaitant en conserver la maîtrise) et qui ne va lui permettre de gagner que 200 places ? Avec un total de huit salles –dont une à partager avec le futur centre international du graphisme- qui seraient trop petites pour y installer des écrans d’une taille correcte et qui ne permettraient même pas de programmer deux gros films en même temps (le projet prévoit 2 salles de 53 places, 4 salles de 91, 1 salle de 250 et 1 de 400 places).
La rentabilité d’un tel investissement est d’autant plus compromise que le projet prévoit plusieurs niveaux, ce qui pose des problèmes pour l’accès (en particulier pour les handicapés) et pour l’exploitation. Car les multiplexes sont généralement construits sur un seul niveau de façon à optimiser le travail de projectionniste.

La ville n’exclut pas de faire les travaux elle-même

Reste encore la question du parking. Pour tourner correctement et attirer le public habitant dans un rayon de 50 kilomètres, un multiplexe doit être correctement équipé en places de stationnement. Or, une partie de l’actuel parking de la gare va être amputé par la nouvelle route et la fameuse rampe. Et une autre partie continuera d’être occupée par des voitures-ventouses.
Rappelons qu’au Dépôt SNCF les nouveaux cinémas auraient pu tirer profit de la présence d’une grande surface, d’une galerie commerciale et de vastes parkings…
Reste que Luc Chatel s’accroche à son idée. La ville est donc à la recherche d’un autre investisseur privé. Et si elle ne trouve personne, elle n’exclut pas un portage public : elle (ou la caisse des Dépôts) pourrait prendre les travaux à sa charge, avant de rétrocéder l’exploitation à un privé dans le cadre d’une délégation de service public. Selon le député-maire, ça ne coûterait rien à la collectivité qui se rembourserait grâce au loyer. On imagine qu’il faudra toutefois attendre un certain nombre d’années avant que tout soit remboursé…

Septembre 2010, une date qui paraît impossible à tenir

Mais ça n’inquiète pas Luc Chatel, toujours convaincu que l’ouverture de ce multiplexe aura lieu en septembre 2010. Une date jugée impossible à tenir par tous les spécialistes interrogés par L’affranchi.
A moins d’imaginer une entrée provisoire pour les cinémas, faudrait aussi que la ville se dépêche d’acheter la Banque de France et d’abattre le mur d’enceinte. Et puis, il risque d’y avoir un sacré cirque dans le quartier, au moment de l’ouverture, alors que les travaux de chaussée et de réhabilitation du secteur seront loin d’être terminés…
Bref, le projet parait certes réalisable, mais particulièrement risqué. Et il va aussi falloir négocier avec l’exploitant actuel, qui a des droits à défendre.
Il n’y a pas si longtemps, Luc Chatel, en bon libéral, ne jurait que par l’initiative privée. Aujourd’hui qu’il est maire, le voilà prêt à faire un cinéma municipal. Etonnant, non ?



La faute à Cyril de Rouvre ?

Avant de se présenter aux municipales en 1989, l’homme d’affaires Cyril de Rouvre avait racheté les cinémas chaumontais. Mais, au lieu d’aménager 3 ou 4 belles salles au Vox, il avait préféré transformer une partie de ce cinéma en galerie commerciale, laquelle est vite devenue une verrue. S’il avait privilégié la première hypothèse, on n’aurait peut-être pas de multiplexe, mais un cinéma de centre-ville beaucoup plus attractif...

Christophe Poirson
Vendredi 10 Avril 2009
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