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Médecine du travail ça va mal

Quatre syndicats (CGT, CFDT, CFTC, FO) dénoncent «une situation bien plus qu’alarmante» à la Médecine du travail de Haute-Marne. Outre le manque cruel de médecins, ils s’inquiètent des conditions de travail au sein de l’association. La direction réfute certaines accusations tout en admettant qu’il y a de gros problèmes.



Pour les syndicats, il y a un problème national accentué en Haute-Marne par de mauvaises conditions de travail qui font partir les médecins. Et ce sont les salariés qui vont trinquer.
Pour les syndicats, il y a un problème national accentué en Haute-Marne par de mauvaises conditions de travail qui font partir les médecins. Et ce sont les salariés qui vont trinquer.
C’est «une situation bien plus qu’alarmante» à la Médecine du travail qui a conduit les leaders haut-marnais de la CGT, de la CFDT, de FO et de la CFTC a tenir une conférence de presse conjointe ce jeudi 13 novembre. En compagnie de deux de leurs mandatés au sein du conseil d’administration de cette association désormais baptisée «La santé au travail» : Michel Prost (CGT) et Marius Germinal (CFDT). 
Selon les syndicats, il n’y a plus aujourd’hui que «5 médecins équivalents temps plein pour 34 000 salariés répartis sur tout le département». D’où selon eux 8000 visites de retard sur le secteur de Saint-Dizier et 10 500 sur l’ensemble du département. Un retard quasiment impossible à récupérer.
A cela s’ajoute selon Jérôme Marcel (CGT) «des conditions de travail très dégradées et des pressions énormes sur les médecins» qui se traduisent par des arrêts de travail et des démissions qui amplifient encore les retards de visites. 

«Des salariés ne sont pas suivis depuis quatre ans»

Michel Prost reconnaît qu’il y a un problème national de démographie médicale. Mais selon lui, le problème est accentué en Haute-Marne par un management contestable : «Beaucoup de salariés se plaignent, y compris de harcèlement. Et les médecins s’en vont à cause des conditions de travail». 
Michel Prost dénonce aussi certains dysfonctionnements comme le fait de réunir le conseil d’administration de l’association (qui prend toutes les décisions) avant la commission de contrôle. «Trois organisations syndicales sur quatre ont quitté le CA du 22 octobre pour protester contre ces méthodes», indique-t-il. 
Autre inquiétude : le fait «qu’un diagnostic médical puisse être remplacé parfois par un diagnostic infirmier», la volonté étant de «faire faire une partie du travail des médecins par des infirmières». 
Le résultat de tout ça, c’est que «des salariés ne sont pas suivis depuis quatre ans». Et que des clients, comme la ville de Chaumont ou le Conseil général, préfèrent aller voir ailleurs et faire suivre leur personnel par le centre de gestion. 
Jérôme Marcel pense d’une façon plus générale qu’il s’agit d’une attaque délibérée contre la médecine du travail «pour que la gestion du risque soit confiée au patronat et pour faire tomber toutes les statistiques sur les conditions de travail». 

«C’est d’autant plus grave dans un département où les conditions de travail sont loin d’être optimales»

Michel Prost rappelle que «c’est à travers des médecins du travail qu’a pu être dénoncé le scandale de l’amiante». Et qu’il y a aujourd’hui une multiplication de maladies professionnelles liées à des troubles musculaires squelettiques ou ophtalmologiques. 
Pour Jérôme Marcel, ces carances de la médecine du travail sont d’autant plus grave dans un département comme la Haute-Marne où «les conditions de travail sont loin d’être optimales, notamment dans les forges et les fonderies. Il y a des salariés qui vont rester sur le carreau en terme de suivi médical». 
En organisant cette conférence de presse, les syndicats comptent bien susciter une réaction de la direction (ils englobent le président François Jehlé et la directrice Gwladys Thil) qui, selon Michel Prost, reste «sourde à tout». 




Pas si simple, pour la direction...

Contactée par L’affranchi, la directrice de la Santé au travail Glawdys Thil reconnaît que la situation n’est pas simple. «Plus la population médicale diminue et plus les problèmes deviennent criants», souligne-t-elle. «Mais la situation n’est pas nouvelle. Cela dure depuis 4 ou 5 ans. Quand je suis arrivée en octobre 2007, il y avait déjà 6000 visites de retard. J’ai tiré la sonnette d’alarme». 
Glawdys Thil conteste les chiffres des syndicats et parle de la présence aujourd’hui de 8 médecins pour 7,3 équivalents temps plein. Ce qui reste toutefois nettement insuffisant : il en faudrait selon elle 11 ou 12 sur l’ensemble du département pour que le service fonctionne bien. «Mon prédécesseur et moi avons passé plusieurs annonces pour recruter des médecins», précise-t-elle. «Mais on n’a pas de réponses. La dernière a été publiée il y a trois semaines sur dix départements. Je n’ai reçu aucun CV ! La pénurie de médecins n’est pas propre à la Santé au travail et pas au seul service haut-marnais. Mais dans un petit département pas très attractif, on est encore plus touchés».
Selon la directrice, la France forme aujourd’hui 100 à 150 médecins du travail par an pour 1000 à 1200 demandes. Et comme il faut entre 7 et 10 ans pour y arriver, même si ce nombre est amené à augmenter, ce n’est pas tout de suite que le problème va pouvoir être réglé. 
A cette situation difficile s’ajoute un contexte réglementaire et législatif en évolution. «On est passé de la médecine du travail à la santé au travail et de un à deux ans pour la périodicité des visites», rappelle-t-elle. «Aujourd’hui, on nous parle d’une réforme qui supprimerait l’aptitude médicale». 
Et qu’en est-il de l’ambiance interne ? «Ce contexte de remise en cause des méthodes de travail peut générer des craintes et des angoisses», reconnaît la directrice. «Quatre médecins nous ont quitté dont trois pour des raisons personnelles et un en raison, il est vrai, d’une situation conflictuelle. Mais il y a eu aussi quatre départs sous mon prédécesseur. Et la plupart de ces départs sont motivés par un rapprochement familial.»
«On ne peut pas les attacher», commente de son côté François Jehlé. 
Pour que le service continue tout de même de fonctionner, il est question d’adjoindre de nouvelles compétences aux médecins : d’une part des infirmières et d’autre part des conseillers en prévention. Selon Glawdys Thil, il s’agit de soulager les médecins par des entretiens en amont, mais le médecin restera le seul habilité à délivrer une aptitude ou une inaptitude professionnelle. Cela se fera dans un cadre dérogatoire à la loi, sous le contrôle de l’autorité de tutelle qu’est la direction régionale du travail. Selon la directrice, un accord de principe a déjà été délivré pour fonctionner dans ces conditions qu’elle juge elle-même «délicates»

Christophe Poirson
Vendredi 14 Novembre 2008
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