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MJC : Luc Chatel rassemble la gauche

Devant un Michel Prost ému aux larmes, toute la gauche (mais pas seulement) s’est retrouvée lundi 15 décembre pour soutenir la MJC face aux attaques de la mairie que tous considèrent comme inadmissibles. Derrière cette affaire, il pourrait aussi y avoir un enjeu de société. Un appel à la mobilisation a été lancé, notamment à l’occasion du conseil municipal du samedi 20 décembre.



Les participants à la réunion du 15 décembre ont décidé de distribuer des tracts tous les soirs à 18 heures sur le marché de Noël et de manifester le samedi 20 décembre, à partir de 9 h 45, devant la mairie où doit se réunir le conseil
Les participants à la réunion du 15 décembre ont décidé de distribuer des tracts tous les soirs à 18 heures sur le marché de Noël et de manifester le samedi 20 décembre, à partir de 9 h 45, devant la mairie où doit se réunir le conseil
Samedi 6 décembre à midi, Luc Chatel clôturait la séance du Conseil municipal en souhaitant de bonnes fêtes de fin d’année aux élus. Il considérait qu’ils ne seraient plus réunis avant le début de l’année 2009. Mais trois jours plus tard, on apprenait qu’il avait décidé de programmer une nouvelle séance pour le samedi 20 décembre.
Que s’était-il passé entre temps, qui nécessite de la part de la ville une prise de décision aussi urgente ?
Nous nous sommes alors pris à rêver...
Généralement, ce type de convocation inattendue, dans des délais courts, débouche sur une bonne nouvelle. C’est souvent parce qu’un dossier économique vient de se débloquer et qu’il faut prendre une décision rapide pour concrétiser définitivement le projet d’une entreprise. Et il y a de l’emploi à la clef...
Malheureusement, on en était loin. Nous avons appris cette semaine l’objet principal de la réunion précipitée : la ville veut dénoncer le contrat qui la lie à la fédération des MJC. Elle ne veut plus payer le salaire et les frais liés au poste de directeur. Et elle le fait avant le 31 décembre 2008 pour pouvoir être débarrassée de la charge au 1er janvier 2010.

La ville coupe le lien avec la fédération des MJC

La mairie explique que sa décision n’a rien à voir avec la personnalité de l’actuel directeur Michel Prost. Difficile à croire. Mais après tout, elle aurait tort de s’acharner contre lui, puisqu’il est à un an et demi de la retraite. Et puis les 64 467 euros annuels que la ville verse pour le poste de directeur n’ont rien à voir avec la situation personnelle de l’intéressé. C’est une somme calculée en fonction des caractéristiques de la ville, faisant intervenir une forme de solidarité nationale.
Un jeune directeur débutant coûterait la même chose à la collectivité chaumontaise.
Ainsi, la ville veut surtout rompre le lien qu’elle entretient entre la MJC de Chaumont et la Fédération française des MJC. Il va sans dire qu’un certain nombre d’adhérents historiques de la Maison des jeunes et de la culture de Chaumont ne sont pas d’accords. Mais ça n’est pas le seul sujet de mécontentement.
La réunion que les dirigeants avaient organisée lundi soir avait pour but de mobiliser tous les sympathisants contre les décisions municipales qu’ils jugent très dangereuses pour l’association.


Une action prévue à l’occasion de la réunion du conseil municipal

Si on en croit la présidente Rose-Marie Agliata, il y a tout à craindre du maire et de ses adjoints. C’est en tout cas la conclusion qu’elle tire d’une rapide entrevue, vendredi dernier, avec Luc Chatel et quelques autres élus de la majorité.
Elle affirme que le maire est arrivé une demi-heure en retard et qu’il est parti au bout de 45 minutes laissant deux adjoints finir la réunion. Elle affirme par ailleurs que le dialogue n’a jamais été possible, la municipalité ayant pour principal argument le fait que la MJC lui coûte trop cher.
Il est vrai que pour mettre en place ses grands projets, la ville a prévu de réaliser un à deux millions d’euros d’économies de fonctionnement chaque année. Or, ça ne peut guère se faire que sur les salaires et les subventions.
Dans la foulée de la réunion, la MJC a envoyé un mail à tous ses contacts les appelant à se mobiliser contre : «la mort annoncée de la MJC». La présidente y précisait que la suppression de la convention triennale liant la ville et la MJC, la suppression de subventions, la suppression du local jeunes et enfin la suppression du poste de directeur fédéral ne pouvaient qu’aboutir à la suppression pure et simple de la MJC.
Du coup, on a vu venir lundi soir dans les locaux de la MJC des personnalités de gauche qui n’y avaient plus mis les pieds depuis belle lurette. On a ainsi assisté à un rassemblement de personnes qui ne s’étaient pas vues depuis longtemps.
Tout le monde y est allé de son intervention (voir plus loin). Mais on a très peu entendu le directeur de la MJC. En fait, Michel Prost a fondu en larmes chaque fois qu’il a voulu évoquer l’histoire et la vie de l’association.
Finalement, l’assemblée a décrété la nécessité de constituer un comité de résistance et de mener des actions. Des distributions de tracts ont été programmées tous les soirs et il a été décidé qu’une opération de protestation serait menée samedi matin à l’occasion de la réunion du conseil municipal.
A l’heure où se tenait l’assemblée générale de l’association du festival de l’affiche, Jean-Claude Daniel, qui est aussi président de l’ORCCA (Office régional culturel de Champagne-Ardenne), a choisi d’assister plutôt à la réunion de
A l’heure où se tenait l’assemblée générale de l’association du festival de l’affiche, Jean-Claude Daniel, qui est aussi président de l’ORCCA (Office régional culturel de Champagne-Ardenne), a choisi d’assister plutôt à la réunion de

Derrière l’affaire de la MJC y a-t-il un enjeu de société ?

Ceux qui défendent la MJC, sont persuadés qu’ils se battent pour un modèle de culture dans lequel chacun agit pour soi et pour les autres, contre un projet qui verrait le citoyen devenir simple consommateur.


La Maison des jeunes et de la culture à Chaumont compte un millier d’adhérents, une trentaine d’activités permanentes, des actions de diffusion culturelle et 12 salariés. Elle coûte à la ville plus de 150 000 euros par an.
On comprend qu’une municipalité à la recherche d’économies regarde du côté des structures qui lui demandent le plus de subventions. Mais d’aucuns font remarquer que le spectacle de Calogéro à coûté lui aussi 150 000 euros à la collectivité. Et même si le maire reconnaît aujourd’hui que c’était trop cher, ils en déduisent une vraie direction politique.
A prix égal, la nouvelle municipalité paraît préférer quelques heures de grand spectacle rassemblant des milliers de personnes, plutôt qu’une année d’animations pour 1 000 personnes. Ça peut toujours se discuter du point de vue de l’intérêt culturel. Mais, tant sur le plan social et humain qu’en termes de retombées économiques, la deuxième formule est forcément beaucoup plus intéressante.

Prestataire de service ou association indépendante ?

On peut se dire quand même que la question n’est pas aussi tranchée. Ne serait-ce que pour des raisons électorales, une municipalité ne peut pas laisser disparaître des activités qui intéressent les habitants. Ainsi, la prochaine réunion du Conseil municipal doit permettre aux élus de débattre de l’éducation populaire dont la MJC est l’un des premiers dépositaires. La ville envisage de faire un appel à projet, espérant peut-être trouver une meilleure offre que celle de la MJC sur le créneau.
Mais là encore, à l’instar de Patrick Lefèvre, les défenseurs de la MJC parlent d’une philosophie de consommateur de prestations de services. Selon eux, la ville voudrait se contenter d’acheter des animations. Elle ne semble pas souhaiter que se développe un monde associatif indépendant avec lequel il lui faut trouver des terrains d’entente. Elle se verrait donc en commanditaire alors que la MJC ne peut se considérer que comme partenaire.
Michel Prost et Jean-Claude Daniel rappellent que les MJC sont issues de la résistance (1). Après la guerre, selon le principe du «plus jamais ça», on a créé des structures d’éducation populaire pour que les citoyens apprennent à former leur jugement. Pour qu’on ne puisse plus jamais les endoctriner.
On a voulu aussi que, dans le cadre d’une activité, ils soient capables de se prendre en mains.

Une lutte pour l’emploi aussi

Enfin, un troisième point laisse penser qu’on se trouve encore devant un choix de société. C’est celui de l’emploi.
La remise en cause du Local jeunes à La Rochotte a déjà fait perdre un emploi. Le second sera supprimé au 1er janvier. Mais cette fois, la ville a promis de reprendre l’employé concerné. Avec cette nuance qu’il va passer du statut de CDI à celui de CDD et qu’il va devenir animateur de rue. Ce qui ne va pas dans le sens de la progression...
Par ailleurs, on sait que la municipalité a déjà tenté quelques approches auprès d’animateurs actuels de la MJC, à qui elle proposerait de nouvelles missions. Ce qui tend à prouver que, malgré ses dires, elle envisage bien le démantèlement de la MJC.
Quoi qu’il en soit, les défenseurs de la MJC sont persuadés que dans le projet de la ville, l’emploi sortira perdant, aussi bien en qualité qu’en quantité.
Jérôme Marcel, le permanent de l’Union départementale CGT était présent lundi à la réunion de soutien. Il a proposé de prendre contact avec les autres organisations syndicales afin de tenter une action commune.

(1) Ça explique pourquoi, en forme de clin d’œil, le groupe de 12 personnes qui s’occupe actuellement d’organiser la riposte face à la mairie, s’appelle «Comité de résistance».



LES CONDEES FRANCHES

En conflit aussi avec le JHM

Au cours de la réunion de soutien à la MJC, lundi, le Journal de la Haute-Marne a été montré du doigt par les participants, presqu’autant que le maire lui-même. Ils lui reprochent de participer depuis longtemps à une entreprise de dénigrement de la Maison des jeunes et de la culture.
Ils lui en veulent aussi d’avoir complaisamment repris une histoire (fausse selon eux) de retard de dossier, pour justifier le non paiement d’un reliquat de subvention de 60 000 euros.
Et ils pensent que si Luc Chatel se permet d’attaquer la MJC de manière aussi directe, c’est parce qu’il est persuadé que, grâce au quotidien local, le fruit est désormais suffisamment mûr dans l’opinion publique.
Si on y ajoute le conflit qui oppose un journaliste du JHM à Michel Prost. Et si, comme il le laisse supposer sur son Forum internet, le JHM en remet une louche dans ses éditions de fin de semaine, il y a lieu de craindre encore l’escalade.
Chaumont ne gagnerait rien à voir se développer un climat d’hostilité.

Prêts à utiliser l’image Chatel

Avoir un maire-ministre, c’est intéressant dans bien des domaines. C’est ce que se sont dits lundi dernier les défenseurs de la MJC. Ils imaginent que la presse nationale pourrait être intéressée par un conflit se déroulant dans la ville du porte-parole du gouvernement. Lionel Blondelle s’est ainsi proposé de contacter les journalistes qui l’avaient déjà sollicité à l’occasion des municipales. Mais si le ton continue à monter, il n’aura même pas besoin de le faire. les journalistes parisiens viendront d’eux-mêmes.

Le petit rajout

Un quatrième point aurait pu être ajouté à l’article ci-dessus, à propos des enjeux de société apparents dans le conflit ville/MJC. Il a été simplement effleuré au cours de la réunion de soutien : c’est celui de l’approche de la délinquance. Certains ont prétendu en effet qu’une municipalité empressée de mettre des caméras de surveillance un peu partout en ville pouvait être soupçonnée de s’intéresser trop peu à des actions d’éducation, donc de prévention, auprès des jeunes.

L’exemple de Saint-Dizier

A la réunion de lundi assistait aussi le directeur de la MJC de Saint-Dizier. Il a été pris à témoin, histoire de montrer que la municipalité de Saint-Dizier a eu en son temps le même réflexe que celle de Chaumont aujourd’hui. Elle a commencé elle aussi par dénoncer le contrat qui la liait à la fédération française des MJC.
Et puis à l’usage, elle s’est rendue compte de l’intérêt du travail mené par l’association. Et elle a fini par faire marche arrière.
Il faut dire aussi qu’il y a eu les émeutes du Vert-Bois et qu’on a compris comment la MJC pouvait être un acteur local capable de limiter les débordements. De là à souhaiter que la ville de Chaumont connaisse les mêmes problèmes... il y a un pas que personne n’a osé franchir.

Que l’OMS s’inquiète !

Partant de l’idée que la principale motivation de la municipalité, dans la remise en cause des actions de la MJC, est financière... et que la seconde est une simple question de pouvoir (qui commande ici ?)... Patrick Lefèvre est persuadé que d’autres associations connaîtront des problèmes semblables.
En toute logique, il se dit que l’Office municipal des sports a quelques soucis à se faire. Combien de temps le laissera-t-on encore décider de la répartition des subventions aux associations sportives ? La ville voudra forcément reprendre la main tout en distribuant moins.

Le scoop de Danièle Prost

Danièle Prost, la représentante CGT du personnel de la ville s’était félicitée de la qualité du dialogue qui s’était instaurée avec le nouveau maire. Depuis, elle a bien déchanté. La plupart des avancements de carrières des employés municipaux ont été bloqués. Et puis surtout, elle vient d’apprendre que la ville supprimait le poste de permanent au Comité des œuvres de la ville.
Ainsi, au lieu de décider eux-mêmes des actions à mener, les employés se verront proposer des prestations par un organisme national choisi par la ville.
Voilà qui préfigure ce que chacun craint pour la MJC.

Renvoi d’ascenseur

Malik Rebouh a tenu à faire savoir lundi que s’il était désormais chef de cuisine au collège Louise-Michel, c’est parce qu’à un moment la MJC a su lui mettre le pied à l’étrier. Elle lui a permis de faire un stage et de prendre confiance en lui à une époque où son nom et son faciès lui faisaient craindre de ne jamais pouvoir trouver un employeur.
Il ne l’a pas oublié. Et c’est bien volontiers qu’il répond aujourd’hui à son appel.

Lionel Thomassin
Vendredi 19 Décembre 2008
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