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Lycée agricole : mutation et nouveau nom

Le lycée de Choignes, qui sera baptisé Edgar Pisani vendredi prochain, conserve sa vocation agricole première. Mais, ses formations se diversifiant, il s’adresse à un public de plus en plus large.



Le directeur du lycée, Arnaud Pizzi, dans l’animalerie où sont effectués les travaux pratiques
Le directeur du lycée, Arnaud Pizzi, dans l’animalerie où sont effectués les travaux pratiques
Edgar Pisani, qui a été ministre de l’agriculture au début des années 60 (sous de Gaulle, dans les gouvernements de Michel Debré, puis de Georges Pompidou), est en partie à l’origine de l’enseignement agricole public moderne. Il a, entre autres, mis en place les lycées agricoles. La création de ces établissements avait été décidée avant qu’il n’arrive, mais c’est lui qui en a établi les programmes. Il est donc normal qu’un de ces lycées porte son nom. Et comme il a été préfet, puis sénateur de la Haute- Marne, la logique voulait qu’on pense d’abord à lui lorsqu’il est devenu pratiquement indispensable de donner un nom au lycée de Choignes. Le plus étonnant est encore qu’il ait accepté de venir dévoiler lui-même la plaque. Ce qu’il fera donc vendredi 30 mai vers 15 heures. L’homme a 90 ans maintenant. Mais, si on en juge par les ouvrages et les articles qu’il a encore récemment publiés, son jugement fait toujours autorité. Il ne manquera donc pas de donner un avis très éclairé sur un lycée à qui l’administration voudrait aujourd’hui retirer quelques spécialités.

25 % seulement d’enfants d’agriculteurs
Dans les années 60, il fallait permettre à la France d’acquérir une complète autonomie alimentaire. Il était alors important de bien former les agriculteurs. L’enseignement agricole devait donner aux jeunes français le moyen de développer les exploitations. On leur apprenait très concrètement à utiliser au mieux les techniques modernes. Mais on leur apportait aussi une formation générale de sorte qu’ils soient capables ensuite d’évoluer par euxmêmes. «Apprendre à apprendre» était le maître mot. Cet enseignement offrait aussi aux jeunes ruraux des débouchés autres que ceux du travail à la ferme. Dans les organismes agricoles, mais pas seulement. L’exode rural s’amplifiant, les exploitations étant appelées à grandir en taille et à diminuer en nombre, les élèves trouvaient là des outils pour se débrouiller s’ils décidaient d’aller travailler à la ville. A l’époque, plus de 80 % des élèves des lycées agricoles étaient des fils d’agriculteurs. Aujourd’hui à Choignes, ils ne représentent plus que 25 % des effectifs.

Les combats actuels
La filière agricole reste au coeur des préoccupations du lycée. «Il faudra toujours former les agriculteurs, précise le directeur Arnaud Pizzi. Et même s’ils sont moins nombreux, nous devrons toujours être là pour eux». Il précise que les paysans sont devenus des chefs d’entreprises capables de maîtriser aussi bien les techniques de production que de gestion. Le Bac Pro qui leur est proposé est donc très spécifique. C’est la raison pour laquelle on a assisté dernièrement à une levée de boucliers dans toute la Haute-Marne lorsque le Comité régional pour l’enseignement agricole a envisagé de supprimer la filière productions végétales dans l’établissement. Comment imaginer un département, qui possède les plus grosses structures de France, privé de cette formation ? Le faible nombre de personnes à former ne saurait justifier une fermeture. Une autre menace de suppression a plané longtemps sur la classe de seconde générale, au motif aussi qu’elle n’était pas bien remplie. Mais là encore il était important de la conserver (il semble que ce soit en très bonne voie) parce qu’elle constitue un sas très intéressant entre deux systèmes. Il faut rappeler que le lycée agricole dépend du ministère de l’agriculture et non de celui de l’Education nationale. Or, cette classe de seconde est identique à celle des lycées généraux. Si bien qu’après l’avoir suivie, on peut intégrer sans problème une classe de première de l’Education nationale. Mais elle dispose d’une option très particulière : EATC (Economie, agronomie, territoire et citoyenneté). De quoi se préparer aussi à suivre diverses formations du lycée agricole.

L’établissement public agricole Edgar Pisani
Le lycée de Choignes compte 267 élèves, dont 180 internes. Ses formations, très diverses, vont de la 4ème au BTS. On notera qu’à côté des sections professionnelles ou techniques de l’agriculture, et en plus de la seconde générale, on trouve une filière assez originale : c’est le BEPA et Bac Pro «Vente d’animaux de compagnie». Le lycée dispose d’une animalerie avec toutes sortes de poissons, d’oiseaux, de rongeurs, de reptiles... et même un salon de toilettage pour chiens. Et puis, dans l’enceinte du lycée existe également un CFA qui rassemble une cinquantaine de jeunes apprentis. Il abrite aussi des formations pour adultes, quand ceux-ci s’intéressent par exemple à la truffe, ou bien à l’accueil à la ferme... Le lycée s’occupe encore de formation à distance et de valorisation des acquis de l’expérience. Comme chacun sait, il possède sa propre exploitation agricole et il est très engagé dans l’expérimentation. Il vient d’ailleurs de se lancer dans un projet de méthanisation. Il est enfin très ouvert sur l’extérieur. De nombreuses manifestations chaumontaises ou départementales s’y déroulent. Mais il attend surtout la fin prochaine des travaux de rénovation de l’amphithéâtre pour retrouver le rôle qu’il jouait encore quelques années plus tôt auprès de la vie associative locale. Il va redevenir un lieu de réunions important. C’est tout cet ensemble en fait qui va prendre vendredi le nom d’Etablissement public agricole Edgar Pisani. Dernier élément qui compte énormément : les formations dispensées au lycée, mais aussi tout le fonctionnement de l’établissement, sont aujourd’hui abordés sous l’angle du développement durable.

LIonel Thomassin
Vendredi 23 Mai 2008
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