Rechercher un article



Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

Les problèmes de drogue prennent de l’ampleur

En 2008, L’Escale, qui va professionnaliser son action en devenant un Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques chez les usagers de drogues (CAARRUD), a distribué à Chaumont beaucoup plus de kits de seringues que l’année précédente. Selon sa présidente Brigitte Rothhahn, «le problème de la toxicomanie prend de l’ampleur». D’où l’intérêt du «Forum drogues et dépendances» organisé par la Ville et le Pays de Chaumont le 13 mai. 



La distribution de seringues se professionnalise

Brigitte Rothhahn, présidente de l’Escale (au centre) : «Il est de plus en plus difficile d’obtenir des aides sans être reconnu comme une structure médico-sociale». 
Brigitte Rothhahn, présidente de l’Escale (au centre) : «Il est de plus en plus difficile d’obtenir des aides sans être reconnu comme une structure médico-sociale». 
Créée il y a 13 ans à Chaumont pour mener des actions de prévention sur le sida, les hépatites et les infections sexuellement transmissibles, l’association L’Escale développe aussi depuis huit ans une action bénévole de réduction des risques auprès de la population toxicomane : le fameux programme d’échanges de seringues, qui se traduit par la distribution de «kits Stéribox» dans ses locaux et à l’automate installé place de la gare. Une action qui devrait se professionnaliser en 2009 ou 2010 grâce au projet de Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques chez les usagers de drogues (CAARRUD) dont il a beaucoup été question lors de la dernière assemblée générale de l’Escale, le 5 mai, à l’école d’infirmières.
Soutenu par la ville de Chaumont, ce projet a reçu l’aval des autorités début avril. Mais il reste encore à obtenir tous les financements nécessaires, notamment du côté de l’assurance maladie. Ce qui laisse une incertitude quant à la date réelle de sa mise en place.

De nouveaux locaux et trois salariés

En tout cas, pour la présidente de l’Escale, Brigitte Rothhahn, cette évolution devrait être bénéfique. «Il est de plus en plus difficile d’obtenir des aides sans être reconnu comme une structure médico-sociale», souligne-t-elle. Le CAARRUD va donc permettre à L’Escale d’avoir «des locaux corrects», mis gracieusement à sa disposition par la ville de Chaumont, pour mener une mission d’accueil, d’orientation et de premiers soins.
Son emplacement étant remis en cause par les projets architecturaux de la mairie, l’échangeur de la place de la gare est également appelé à déménager. Il devrait se situer à proximité des nouveaux locaux, pas très loin du centre-ville.
Le CAARRUD va également fonctionner avec une petite équipe de professionnels (jusqu’à présent, il y avait quasi-exclusivement des bénévoles) composée d’une infirmière, d’une éducateur et d’un directeur. «Grâce à l’éducateur, j’espère qu’on va pouvoir aller dans des endroits où on ne va pas aujourd’hui, comme les squats», annonce Brigitte Rothhahn. «Car il y a des risques. Et je ne peux pas y envoyer des bénévoles».

Didier Cognon : «C’est un combat de tous les jours pour expliquer à mes collègues ce que vous faites»

Cette professionnalisation est vue d’un très bon œil par l’adjoint au maire de Chaumont en charge du social Didier Cognon. Lequel regrette que l’action de l’Escale ne soit pas toujours très bien comprise. «C’est un combat de tous les jours pour expliquer à mes collègues et à certains institutionnels ce que vous faites», confie-t-il. «Car vous donnez des seringues sans rien. Mais il y a encore dans beaucoup de milieux une méconnaissance complète des problématiques liées à la toxicomanie. Le fait que votre action soit ainsi reconnue très officiellement va changer les choses».
Brigitte Rothhahn est effectivement habituée à essuyer des critiques. Mais elle rappelle que c’est «une question de santé publique : «ça évite aux seringues de traîner et ça limite les risques de contamination».
S’il présente des aspects positifs, le CAARRUD s’accompagne malgré tout d’un risque d’ «évaporation» du public concerné. Le principe de l’Escale, c’était l’anonymat. Maintenant, il va falloir remplir des dossiers…
L’Escale va aussi continuer d’exister parallèlement comme association de prévention. Et elle a toujours besoin de bénévoles…



«Le problème de la toxicomanie prend de l’ampleur»

En 2008, L’Escale a distribué quelque 23 250 kits Stéribox (seringues stériles destinées à l’injection de produits stupéfiants) dans ses locaux, soit une augmentation de 28% par rapport à 2007. Et 3497 autres kits ont été retirés à l’automate de la place de la gare, ce qui représente une hausse de 63%.
Le nombre d’ «usagers» accueillis à l’association est quant à lui passé de 191 à 214 (+12%).
Difficile toutefois de savoir précisément le nombre exact de toxicomanes faisant appel aux services de L’Escale. «Il y en a qui viennent pour d’autres et font ensuite la distribution», précise l’’association qui entend respecter l’anonymat et évite de poser trop de questions.
L’augmentation du nombre de drogués ne fait toutefois aucun doute. «Le problème de la toxicomanie ne va pas en diminuant», constate Brigitte Rothhahn. «Il prend de l’ampleur partout dans le département.»
L’Escale multiplie ainsi ses actions de sensibilisation dans les collèges et les lycées et souhaiterait toucher les enfants dès l’école primaire. Car «ils seront confrontés au problème de la drogue dès leur entrée en 6e».
Mais elle a aussi été appelée à intervenir au sein du 61e RA. Et il faudrait peut-être qu’elle aille dans certaines entreprises. Car, comme le souligne l’adjoint au maire Didier Cognon, «le toxicomane n’est pas forcément quelqu’un de marginal. Ça peut être quelqu’un qui travaille et qui a une famille. Tout le monde est concerné».
«Il y a des gens qui viennent chercher leurs seringues tous les soirs, après le boulot», confirme la présidente de l’Escale.



Drogues et dépendances : «plus on en parle, mieux c’est !»

Partant du constat que tout le territoire est concerné par les problèmes d’addictions en général et de toxicomanie en particulier, la Ville et le Pays de Chaumont ont décidé d’unir leurs efforts pour organiser un «Forum drogues et dépendances» le mercredi 13 mai, à partir de 14 h, à la salle Niederberger (rue du Capitaine Tassard). 
Les associations de prévention comme l’ADPJ, l’Escale, l’ANPAA et le CODES, ainsi que la police et la gendarmerie, tiendront des stands et co-animeront une série de tables rondes : à 14 h 30, «adolescence et mal-être» ; à 15 h 30, «Les drogues en Haute-Marne» ; et à 16 h 30, «Soins, accompagnement et prévention des risques». 
Ce forum s’achèvera par une conférence, à 20 heures, animée par le Dr Pascal Mélin. 
L’entrée sera libre et gratuite tout au long de la journée, l’objectif étant de réunir ce que l’on appelle les partenaires de la co-éducation (parents, élus, représentants de l’éducation nationale, militants associatifs, etc.).
«Aujourd’hui, plus personne n’est épargné par les problèmes de drogues», souligne Jean-Yves Roy, le président du Pays de Chaumont. Un audit concernant les questions de santé publique sur ce territoire a mis en évidence trois phénomènes principaux : la «gérontocroissance» ou le vieillissement de la population conduisant à ce qu’il y ait davantage de personnes âgées de plus de 60 ans que de jeunes de moins de 20 ans ; les menaces pesant sur l’offre hospitalière (mais l’audit date d’il y a quelques années...) ; et les problèmes de santé chez les jeunes avec un taux de suicide très important et des conduites addictives également très préoccupantes. 

«Prévention et répression vont obligatoirement de pair»

Mais si le maire d’une ville comme Chaumont peut s’appuyer sur des services, «les élus des petites communes se sentent souvent dépourvus, tout comme la plupart des parents d’ailleurs», ajoute Jean-Yves Roy. «Il faut dire ce qui se passe et voir ce qu’il est possible de faire. C’est l’idée de ce forum. Plus on en parle, mieux c’est !»
Pour Didier Cognon, adjoint au maire de Chaumont, ce forum montre aussi que «les collectivités locales sont derrière les associations et les aident dans leur démarche de prévention. Mais contrairement aux idées reçues, prévention et répression vont obligatoirement de pair. Une prévention ne peut se faire que si, à un moment ou un autre, les dealers sont arrêtés et sanctionnés». 
L’élu développe la même idée concernant les problèmes liés à l’alcool. Citant le cas de jeunes qui ont pu arriver au lycée en étant complètement alcoolisés, parfois dès le matin, il précise que le maire a adressé un courrier très ferme à un propriétaire de bar, le menaçant de faire fermer son établissement s’il continuait de servir de l’alcool à des mineurs. Ce qui ne doit pas empêcher de conduire en même temps des actions de prévention auprès des jeunes concernés. 
L’un des enjeux du forum du 13 mai, c’est aussi justement d’aider à détecter les personnes qui vont mal et de pouvoir agir avant un éventuel passage à l’acte.

Christophe Poirson
Jeudi 7 Mai 2009
Lu 9068 fois
Notez

Nouveau commentaire :