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«Le sombre avenir de l’hôpital de Chaumont»

Chiffres à l’appui, l’élu PS Patrick Lefèvre analyse la baisse programmée des moyens de l’hôpital de Chaumont. Il se demande si, à terme, l’objectif n’est pas de le vider de sa substance et il en tire des conclusions politiques.



Responsable de la section locale du Parti socialiste, Patrick Lefèvre nous a envoyé un texte à publier dans une rubrique «Tribune libre». Il s’agit d’abord d’une intervention politique s’inscrivant dans le cadre des élections européennes et utilisant l’exemple local de l’hôpital.
Ses informations sur l’établissement chaumontais et ses conclusions assez inquiétantes méritant une attention toute particulière, nous avons choisi d’isoler la partie locale de sa démonstration. C’est ce que nous publions dans les lignes qui suivent. Le chapitre plus politique est placé en encadré sous cet article.
Voici donc ce qu’il a écrit sur l”hôpital :
«Jusqu’à présent, l’alternative présentée aux Chaumontais était la suivante. Soit conserver l’existant en cherchant à coordonner les services au sein des structures hospitalières du sud-haut-marnais (c’est la position qu’a soutenu la section socialiste chaumontaise), soit regrouper ces structures au sein d’un hôpital unique. La revendication s’est alors portée sur le lieu de cette implantation nouvelle, Semoutiers, Rolampont, Marnay, Les Lavières...
A propos de cette seconde possibilité, l’Etat a fait marche arrière pour deux raisons principales. Il ne semble plus disposé à investir dans une construction nouvelle, pour une raison de coût. Il a pris en compte, nous dit-on, l’importance de la mobilisation des citoyens bien décidés à s’opposer à une délocalisation de l’hôpital hors de Chaumont.
L’hôpital de Chaumont restera donc in situ.

Un déficit de plus de 2 millions d’euros

«Tout est bien dans le meilleur des mondes, pourrait-on croire.
En fait, ce tableau se gâte si on analyse la situation financière de l’hôpital et les projections qui sont réalisées à ce sujet.
Du fait du passage à la T2A (remboursement à l’acte, au même titre qu’une entreprise, ce que l’hôpital n’est pas) et de la faiblesse du montant de remboursement de ces actes, l’hôpital est en déficit. Celui-ci s’élève actuellement à 2 365 000 euros (aux dernières nouvelles, ce déficit pourrait être encore plus important !) alors même qu’une diminution du personnel est prévue.
Dans un premier temps, ce déficit a pu être contenu puisque la T2A est compensée. Cela ne va plus être le cas dès 2011, après une baisse conséquente de la compensation dès 2010.
Si aucune mesure d’aide supplémentaire n’est décidée, à activité constante, (ce que le gouvernement en place n’envisage pas), la capacité d’autofinancement de l’hôpital deviendra négative à partir de 2011/2012.

Réductions en cascade

«Les gestionnaires de la structure, le directeur en tête, vont être dans l’obligation de prendre les mesures suivantes :
- Diminution constante du personnel qui va devoir travailler dans des conditions de plus en plus inacceptables (Si aucune aide financière supplémentaire n’est allouée, cette diminution peut raisonnablement être chiffrée à plus de 150 postes pour les cinq années à venir) ;
- Diminution puis suppression des services considérés comme non «rentables» ;
- Diminution de la capacité à investir dans des matériels nouveaux et pourtant indispensables, voire impossibilité d’entretenir de façon convenable les équipements existants ;
- Dans ces conditions, impossibilité de faire venir des chirurgiens sur le site.
L’Etat pourrait proposer une revalorisation des actes réalisés.
L’Etat actuel ne le fera pas.

Médecine, chirurgie et obstétrique pourraient disparaître

«Dès lors, pour rendre opérationnelle cette orientation, on comprend bien pourquoi l’Etat désire diminuer, au sein des conseils d’établissement, la représentation des élus politiques locaux (qui parlent un peu trop d’aménagement du territoire) et celle des médecins (qui parlent un peu trop de santé publique).
L’hôpital de Chaumont va donc bien rester en place, mais il va être vidé progressivement de son contenu
Ce sera aussi le cas de toutes les structures haut-marnaises, de tous les petits hôpitaux du même ordre de grandeur que celui qui fonctionne à Chaumont.
En fait, ce qui est programmé ici, c’est la disparition pure et simple des services MCO (médecine, chirurgie, obstétrique) ; donc que restent au sein de l’hôpital de Chaumont seulement les services de soins de suite.
La pilule pourra ainsi être avalée plus facilement».



L’avis des socialistes

Voici, rassemblés ici, les éléments plus politiques du texte de Patrick Lefèvre :
«L’élection européenne est, contrairement aux apparences, l’élection qui va orienter les choix des sociétés de demain. Les listes les plus importantes défendent des programmes qui sous-tendent des projets de sociétés radicalement divergents. Il serait bon que les citoyens prennent conscience de cette réalité et qu’ils se mobilisent pour aller voter le 7 juin.
Les socialistes se sont organisés collectivement au niveau européen (PSE) afin de proposer le même programme (le manifesto) partout en Europe.
«Les propositions des socialistes pour changer l’Europe sont : un véritable plan de relance, le bouclier social, une croissance écologique source d’emplois (10 millions), les mesures pour lutter contre les délocalisations, un salaire minimum dans tous les pays de l’Europe, un fonds de soutien aux salariés, des clauses sociales et environnementales pour réguler le marché international (le «juste échange»)... et une politique de soutien et de développement des services publics.
«Cette dernière proposition (mais on pourrait en prendre d’autres), nous permet de montrer à quel point les décisions prises au niveau de l’Europe peuvent recouvrir un enjeu local. Il suffit, pour celle-là, de voir l’exemple de l’hôpital de Chaumont. C’est le plus gros employeur de la ville, que l’UMP (et le PPE au niveau européen) a soumis à la règle de la rentabilité ultralibérale.
«Nous, socialistes, n’acceptons pas cette gestion désastreuse des hôpitaux publics…
«Comme nous n’acceptons pas la politique de casse de la fonction publique que mène la droite (à l’échelle de la France, à l’échelle de l’Europe).
«Les socialistes européens n’acceptent pas cette dérive et réaffirment qu’une société moderne et solidaire est une société qui s’organise à travers la mise en place de services de proximité à la personne. Cette société est à l’extrême opposé d’une société «UMP» où la casse des services publics est planifiée, où les territoires et les citoyens sont mis en concurrence, où les régions riches vont absorber l’activité des régions pauvres...
Ainsi, s’ils sont élus, les socialistes mettront en place une «directive cadre» pour garantir un droit d’accès égal aux services publics en ville comme en zone rurale !».

Lionel Thomassin
Vendredi 5 Juin 2009
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