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Le festival de Kahn

La conférence de Jean-François Kahn sur la crise a été très suivie.  Mais l’ancien journaliste, qui a aussi eu l’occasion de préciser son positionnement politique et son concept de «centrisme révolutionnaire», a encore besoin de travailler son rôle de candidat.



A Chaumont vendredi dernier, l’ancien journaliste Jean-François Kahn a démarré gentiment sa nouvelle carrière politique. A l’hôtel de l’Etoile d’Or d’abord, il a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a surtout été question de politique. Puis, salle du Patronage-Laïque, sa première réunion publique en tant que tête de liste MoDem pour les européennes s’est voulue essentiellement centrée sur l’analyse de la crise économique et ses conséquences sociales. Même si la politique a forcément fait irruption ici et là dans le débat.
On a bien senti qu’il avait encore un peu de mal à endosser son costume de candidat. C’est bien pour cela qu’à la place d’une réunion politique, il avait plutôt programmé une conférence à thème. Exercice qu’il pratique très régulièrement depuis des dizaines d’années et qu’il maîtrise donc parfaitement.
Sauf qu’il est apparu un peu moins à l’aise que d’habitude. L’absence de contradicteur peut-être, et l’enjeu certainement, l’ont maintenu légèrement en deçà de ce qu’il est capable de faire. Il est arrivé aussi qu’à force de vouloir rendre sa démonstration abordable, il tombe un peu dans des travers simplistes.

Salle pleine pour discours en rôdage

Il n’empêche. Cette première expérience est pour lui plus qu’encourageante.
D’abord, il s’est montré très agréablement surpris par la couverture médiatique de sa venue. Les trois journaux locaux l’ont largement annoncée avec photo(s) et interview à la clef. Peu de candidats auront droit à un tel déploiement.
Puis, réunissant près de 150 auditeurs locaux pour sa conférence, il a pratiquement rempli la salle. De quoi rendre jalouses bien d’autres têtes de listes.
Enfin, les témoignages et demandes d’autographes à l’issue de la réunion l’ont renseigné sur le niveau de sa popularité.
Rappelant qu’un sondage donnait déjà au MoDem 14,5 % d’intentions de vote dans toute la France - ce qui n’a jamais été aussi élevé à pareille distance des échéances électorales - il a pu se montrer très confiant. D’autant plus d’ailleurs qu’on l’assure de pouvoir faire mieux sur son nom que la moyenne des autres candidats du parti.
C’est possible. Mais on aurait tort quand même de confondre sa notoriété et son potentiel électoral.
Vendredi soir, beaucoup de membres du PS sont venus, en curieux, entendre le discours politique de celui qu’ils appréciaient en journaliste. Quoi qu’ils en aient pensé, il y a peu de chance qu’ils votent pour lui. De même, des lecteurs de «L’événement du jeudi» et de «Marianne» ont pu avoir envie de le voir sans pour autant vouloir suivre son cheminement jusque dans l’isoloir.
Le public de ce candidat atypique ne peut pas être considéré comme celui des autres. D’autant que Jean-François Kahn lui-même a fait savoir qu’il souhaitait rencontrer aussi des personnes ne partageant pas ses idées.
Il faudra compter cependant sur cet élément mal identifié de la campagne électorale qui, rôdant actuellement son discours dans de petites salles, saura particulièrement faire parler de lui avant le 6 juin prochain.

Le festival de Kahn

«Au centre, mais jamais au milieu !»

Le festival de Kahn
Inventeur du fameux «centrisme révolutionnaire», Jean-François Kahn rappelle qu’il refuse de se positionner définitivement à droite ou à gauche. Mais il ajoute aussitôt qu’il se voit encore moins au milieu.
«Entre le résistant et le SS, explique-t-il, la vérité pour moi ne se situe pas au milieu. Je donne entièrement raison au résistant». Il ajoute que, dans tous les domaines où deux opinions s’affrontent, la vérité se situe plutôt d’un côté ou de l’autre. Mais jamais exactement entre les deux. C’est donc valable aussi pour la politique. Sauf que, de son point de vue, la vérité se promène d’un côté à l’autre, selon les sujets.
Et c’est ce qu’il fait lui-même.
Reconnaissant avoir été à gauche, autrefois, il précise n’avoir aujourd’hui aucun problème à cautionner certains projets de la droite. Comme l’autonomie des universités, par exemple. Il affirme en fait que ses opinions peuvent aller de la gauche du PS jusqu’à la droite de l’UMP. Il cite alors le cas de l’immigration. D’une part il se prononce pour la régularisation de tous les sans-papiers qui travaillent, et il entend sanctionner durement ceux qui les ont employés et exploités. D’autre part, il affirme vouloir mettre un terme à toute forme d’immigration, même lorsqu’elle concerne une main d’œuvre dont on aurait besoin en France.
Bref, il s’insurge contre la bipolarisation de la politique, n’hésitant pas à prendre référence auprès du Général de Gaulle.

La révolution “jean-françois-kahnienne”

Tout cela est bien beau. Mais on peut objecter que l’électeur a besoin de savoir pour qui il vote. Se méfiant à juste raison des candidats qui se prétendent au dessus des partis, il lui est plus confortable de choisir le représentant d’un camp bien défini. Parce que celui-là sera un peu plus tenu par ses éléments de programme.
A cette remarque, Jean-François Kahn répond que ses écrits plaident pour lui depuis une bonne trentaine d’années. Ils montrent qu’il est l’ennemi de toutes les dérives. «Mon centrisme est révolutionnaire comme l’était la théorie de Copernic. Faire admettre que la terre n’était pas le centre de l’univers n’a pas été facile. Mais quand on a compris que les planètes tournaient autour du soleil, ça a tout changé dans toutes sortes de domaines.
«Mon ambition, c’est de mettre l’humanisme au centre de la vie politique. L’histoire montre que quand on y installe l’Etat, ce n’est pas satisfaisant. Et on vient de voir qu’en y plaçant l’argent, ça ne fonctionne pas non plus».
Sa révolution, il la veut douce. A l’anglaise plutôt qu’à la française. Ainsi, au lieu de couper la tête des rois, on se contente de déplacer leur pouvoir.
S’il refuse le bipartisme, il déclare que la droite et la gauche sont cependant nécessaires au débat démocratique. Tout comme il explique que le capitalisme est resté à peu près sage tant que le communisme s’est imposé comme alternative. «Pour évoluer, il faut pouvoir penser qu’une autre société est possible», énonce-t-il.

Un libéral qui parle d’amour

Jean-François Kahn est un homme politique assez original. Il n’est pas sûr qu’il soit suivi par tous les membres du MoDem, tout comme il n’est pas certain qu’il soit complètement en phase avec son chef de file : François Bayrou.
«Il n’est pas possible de trouver un courant politique avec lequel on soit d’accord à 100 %, répond-il. Mais le MoDem est le parti dont je me sens le plus proche. J’ai par ailleurs été impressionné par François Bayrou qui, confronté à des choix très difficiles, n’a jamais hésité à adopter la voie de l’indépendance».
Enfin, il se réclame du libéralisme. Au sens premier du terme ; celui qui favorise la libre entreprise. Il ajoute au passage que les socialistes sont forcément sur la même longueur d’onde puisque, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, ils ne remettent pas en cause le fonctionnement libéral de la société. Mais il met aussitôt en garde contre une forme actuelle de néolibéralisme, qui est en fait à l’opposé du libéralisme. Celle-là tend en effet à concentrer tous les profits sur une minorité en écartant toute concurrence.
Jean-François Kahn est tout de même un drôle de libéral. Lui qui déclare ne jamais vouloir se présenter aux législatives. Parce qu’il faut absolument tuer l’adversaire, même si on le juge compétent. Il préfère donc le scrutin à la proportionnelle où il n’est pas nécessaire d’éliminer pour gagner.
Et puis, annonçant qu’il prépare un livre sur le sujet, il philosophe sur ce que peut représenter la volonté de se présenter à des élections. Dans son cas, il analyse ce que ça révèle de son rapport à l’autre. Et il en vient à une forme d’amour...
Il faut bien admettre que ce candidat n’est pas tout à fait comme les autres !





Bout de programme

Lors de la conférence publique, s’étant dûment présenté comme le premier secrétaire de la section locale du Parti Socialiste, Patrick Lefèvre s’est livré à une petite critique de l’attitude de Jean-François Kahn. Il faut dire que le représentant du PS avait été piqué par la déclaration du candidat MoDem selon laquelle le plan de relance proposé par Martine Aubry était aussi nul que celui de Nicolas Sarkozy.
Patrick Lefèvre a donc reproché à Jean-François Kahn d’avoir présenté une bonne analyse journalistique de la crise, mais de n’avoir, en tant que candidat, fait aucune proposition politique.
L’intéressé a alors répondu qu’il suggérait d’emprunter 200 milliards d’euros et de créer une holding capable d’investir dans des sociétés qui innovent et qui construisent. Pas pour faire des routes (on a ce qu’il faut), mais pour restructurer différents services, comme la justice, et pour faire des logements. L’argent pourrait être ensuite récupéré, après la crise, en vendant les actions.

Le pire n’est jamais sûr

Selon Jean-François Kahn, la crise économique est plus grave encore qu’en 1929. Prétendant que les hommes politiques disent en public pratiquement le contraire de ce qu’ils lâchent en privé, il annonce des déficits abyssaux et de nouveaux chocs dus aux emprunts réalisés pour lutter contre la crise. Mais il se dit persuadé aussi que la France saura mieux s’en sortir que bien d’autres, grâce à son système social d’abord, et puis grâce aussi à ses collectivités locales qui continuent à investir

La chance du débutant

Dans une salle étonnamment diversifiée du point de vue politique, c’est Thierry Simon qui, curieusement, a posé la question de l’écologie, de la surpopulation et des menaces qui pèsent sur la planète. Jean-François Kahn l’a alors invité à aller voir à Haïti les dégâts que l’homme peut commettre sur la nature. Il a alors évoqué les surprenants paysages lunaires de l’île.
L’ancien journaliste sait beaucoup de choses, mais quand même...
Le premier moment de surprise et d’amusement passé, on s’est dit que vouloir envoyer Thierry Simon sur la terre d’élection de Cyril de Rouvre était certes savoureux, mais la plaisanterie ne pouvait tenir que du hasard.

Ses petites phrases :

- Quel être humain peut oser prétendre valoir 1000 fois plus qu’un autre ? C’est pourtant ce que font les grands patrons qui n’hésitent pas à s’octroyer des salaires 1000 fois plus élevés que ceux de leurs employés.
- La crise aux Etats-Unis était inéluctable. La croissance était basée sur une augmentation constante de la consommation alors que les salaires étaient gelés depuis près de 15 ans. Le système a tenu sur un endettement toujours plus grand jusqu’à ce qu’une bonne partie de la population ne puisse plus rembourser.
- Le protectionnisme, il faut savoir le pratiquer intelligemment (à l’échelle européenne), mais surtout ne jamais le dire.
- Il fallait être fou pour prendre Tony Blair comme modèle. Le blairisme a détruit l’économie réelle de l’Angleterre au profit de la finance...
- J’étais contre les 35 heures. Mais exonérer de charges les heures supplémentaires en période ce crise c’est dément. Il n’y a rien de tel pour favoriser le chômage.
- Une société d’assurances américaine, qui a trouvé parfaitement normal de recevoir 80 milliards de dollars de l’Etat, s’est opposée à une redistribution de 4 milliards au prétexte que ça aurait été du socialisme...
- Comment a-t-on pu confier les autoroutes à des sociétés privées ? La concurrence ne peut pas jouer, puisqu’on n’imagine pas en construire plusieurs pour un même trajet.

Lionel Thomassin
Samedi 28 Février 2009
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