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La visite quasi virtuelle d’un chef de gouvernement

François Fillon et les médias qui lui collaient aux basques ne sont pas entrés en contact avec la Haute-Marne. La visite s’est déroulée à l’écart de la population, dans une sorte de «couloir sanitaire»



Au dessus de la tête des Chaumontais
Au dessus de la tête des Chaumontais
Si François Fillon était resté vendredi à Paris, prononçant un discours devant un mur d’images de Bologne et Chaumont, on aurait gagné du temps, de l’argent et beaucoup d’énergie. Et puis la Haute-Marne aurait certainement été un peu plus visible.
Cette petite remarque un peu provocatrice repose sur de vraies constatations que nous allons développer dans ce numéro. En tout cas, ce que nous avons pu voir et apprendre ici contredit une des premières déclarations du Premier ministre sur le terrain : «...ce déplacement, il s’inscrit aussi, naturellement, dans le cadre de la crise que nous traversons et c’est, pour moi, l’occasion, chaque semaine, de venir dans des villes, dans des territoires, dans des départements, dans des régions, voir comment les plans que nous avons mis en œuvre se mettent en place, voir comment il faut, le cas échéant, les corriger pour répondre exactement aux besoins mais aussi pour expliquer ce que nous essayons de faire...».
Expliquer, on veut bien encore puisqu’il s’est exprimé d’abord devant des employés des Forges de Bologne, puis pour un parterre d’élus et enfin au milieu de membres de l’UMP. Mais écouter, certainement pas...

Des employés privés de leurs représentants

Le seul moment où François Fillon a entendu la voix de quelques Haut-Marnais, c’est quand il a répondu aux quatre questions des employés de l’entreprise bolognaise. Le problème, c’est que, pendant ce temps-là, les représentants du personnel étaient conviés à une réunion avec un conseiller de Matignon. Du coup, le chef du gouvernement ne risquait guère d’être confronté directement à des remarques gênantes sur les faiblesses de la charte pour la filière aéronautique, sur les entreprises locales qui ferment alors qu’elles sont rentables, sur la protection des chômeurs, sur le plan de relance vu du côté des bas salaires...
Bien sûr on peut imaginer que, tranquillement dans son bureau, le Premier ministre pourra toujours se faire raconter par son collaborateur l’entrevue avec les syndicalistes. Mais alors on ne voit pas pourquoi le premier ministre a pris la peine de se déplacer.

Eloigné le plus possible des manants

Plus tard à Chaumont, il ne verra plus que des élus ou des journalistes. Tout ce beau monde étant venu boire ses paroles, il ne recevra aucun message.
Ne soyons pas dupes ! Le déplacement à Chaumont ne servait qu’à créer le petit événement qui amènerait les journalistes français à écouter son discours. La meilleure preuve en est qu’il n’avait rien à annoncer pour la Haute-Marne et qu’il a multiplié les interventions sur un sujet national : les séquestrations de patrons et les coupures de courant.
Mais, même s’il avait eu le temps et l’envie de rencontrer le peuple, il ne l’aurait pas pu. Les différents services d’ordre tenaient très éloignés les hommes et femmes de la rue.
Il est loin le temps où les hommes politiques s’offraient des bains de foule à chacune de leurs sorties. Désormais, on les installe dans une espèce de couloir sanitaire, veillant bien à ce qu’il n’aient aucun contact avec les manants. Pensez-vous ! Des fois qu’ils prennent un coup de sifflet ou qu’ils se sentent blessés par une invective !


S’intéressant exclusivement les uns aux autres,ministres et  journalistes n’ont rien vu de ce qu’il se passait autour d’eux
S’intéressant exclusivement les uns aux autres,ministres et journalistes n’ont rien vu de ce qu’il se passait autour d’eux
La grande faute des journalistes

Vendredi dernier, les gens qui s’étaient rassemblés sur les trottoirs de la place de l’hôtel de ville (ils n’avaient surtout pas le droit de poser le pied sur le parvis) n’ont même pas aperçu le Premier ministre... Il est sorti par derrière.
Leur seule consolation sera d’apprendre que les privilégiés ayant eu l’autorisation d’attendre dans le hall de la mairie ne l’ont pas vu non plus.
Sans même parler ici du traitement inquiétant dont les syndicats ont fait l’objet, il y a lieu de s’interroger sur l’état de notre démocratie. Un pays dont les dirigeants éprouvent le besoin d’installer d’énormes barrières policières entre eux et le peuple, ne respire pas la santé.
On fustige l’Italie ou la Russie pour moins que ça.
Bon ! Il y a toujours moyen de se consoler en se disant que, contrairement aux pays totalitaires, la France dispose au moins d’une presse libre. Oui, mais justement... A Chaumont, aucun journaliste national ne s’est ému de la mise à l’écart du peuple (voire de son éviction). Aucun n’a remarqué le dispositif policier délirant mis en place à cette occasion. Aucun ne s’est même intéressé aux conditions dans lesquelles s’est tenue la réunion privée de l’UMP.
Dans un décor, nommé Haute-Marne, mais qui aurait pu aussi bien être virtuel, ils sont venus relayer, sans le moindre recul, les propos gouvernementaux. Et ça, c’est bien le plus grave !



Les syndicats ne digèrent pas d’avoir été «muselés»

La visite quasi virtuelle d’un chef de gouvernement
Au cours de son déplacement à Chaumont le 17 avril, François Fillon a condamné -à trois reprises- les séquestrations de patrons, qu’il a qualifiées de «prises d’otages», et les coupures «sauvages» d’électricité qu’il a assimilées à du «sabotage». Et il a expliqué : «Nous sommes dans un pays de droit. Il y a beaucoup de droits qui permettent d’exprimer son mécontentement».
En tout cas, pas quand le Premier ministre se rend en province !

Bien disciplinés, les syndicats avaient même communiqué leur tract à l'avance

A Chaumont, les syndicats et autres associations comme le CEDRA susceptibles d’exprimer leur mécontentement avaient été prévenus qu’il ne valait mieux pas organiser de manif le 17 avril. La CGT et FO ont tout de même voulu «exposer le désarroi des salariés du département» en distribuant un tract. Bien disciplinés, ils ont négocié la veille avec Matignon et les forces de l’ordre, acceptant de limiter en nombre leur délégation (il n’y avait pas plus d’une dizaine de militants de la CGT et une vingtaine de FO), communiquant leur projet de tract, promettant de ne pas brandir de banderoles et de ne pas crier ou siffler. Ils ont cependant été parqués par les flics qui quadrillaient la ville à bonne distance de la mairie où Fillon vantait son plan de relance et se félicitait de la qualité du dialogue social en France.
«On a été traités comme des parias et des animaux nuisibles par les forces de l’ordre et le comité de sécurité de l’UMP», s’emportait à l’issue de la visite Dominique Perchet, responsable FO. «Les CRS nous ont même obligés à retirer nos casquettes et nos autocollants parce qu’il ne fallait pas de logos syndicaux sur les photos !».
De son côté, Jérôme Marcel, le secrétaire général de la CGT, ne comprend toujours pas l’ampleur du déploiement des forces de l’ordre (d’après nos calculs, pas loins de 400 CRS, gendarmes mobiles, gendarmes territoriaux et policiers en tenue ou en civil très visibles à Chaumont et surtout à Bologne) ni même l’utilité de la visite du chef du gouvernement : «Ça pose des questions sur la liberté et le dialogue social. Quand on est parano à ce point-là, c’est qu’on n’est pas à l’aise et pas sûrs de ses arguments. Ce n’est pas très rassurant».

Quand Raffarin était venu en 2004, il avait été boire un coup au Parisien

Le leader de la CGT se souvient que l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin était venu à Chaumont fin 2004 dans une toute autre ambiance : «Il avait reçu les organisations syndicales et il avait même été boire un coup au Parisien». Mais c’était une autre époque. Et il y avait un autre préfet…
Dans un communiqué daté du 21 avril, le préfet Yves Guillot a justement tenu à préciser que lors de la visite du Premier ministre l’intersyndicale des Forges de Bologne (CGT, CFDT et CGC) a été reçue pendant plus d’une heure par un conseiller de Matignon ; que les syndicats agricoles FDSEA et CDJA ont également pu s’entretenir avec un collaborateur de François Fillon ; et que lui-même avait proposé à FO la réception d’une délégation en préfecture par un proche du Premier ministre. Bref, que les syndicats n’ont pas du tout été évincés. Mais, plutôt que d’être retenus par un «sous-fifre» pendant les discours à la mairie ou distribuer des tracts là où il n’y avait personne, devant la préfecture par exemple (ce qui leur avait été suggéré !), les syndicats souhaitaient approcher les invités de Luc Chatel et François Fillon et leur faire entendre un autre son de cloche que celui du Premier ministre. Ce qui leur a donc été refusé et a provoqué leur colère.

«Les actions policières de ce genre ne font que radicaliser les mouvements de protestation»

Jérôme Marcel a trouvé la situation d’autant plus ridicule qu’il n’y avait pratiquement personne devant la mairie : «Si on enlève les syndicalistes, les policiers et les gardes du corps, la place était vide. Ça se serait bien passé...» Et de conclure : «Tout ça coûte du pognon, ça ne sert à rien et ça énerve tout le monde». 
Reste que le Premier ministre et les journalistes parisiens qui couraient derrière lui n’ont rien vu. Plutôt que de sortir par la grande porte, où ils auraient pu apercevoir, de loin, cette poignée de mécontents, ils ont quitté la mairie au pas de course par une porte de service située à l’arrière...
Malheureusement, les syndicats risquent d’avoir compris qu’il valait mieux utiliser la manière forte. «Les organisations syndicales de salariés réussissaient, jusqu’à maintenant, à canaliser l’expression des revendications», insiste Dominique Perchet. «Or, les actions policières de ce genre qui musellent ceux qui souffrent ne font que radicaliser les mouvements de protestation qui ne pourront bientôt plus être maîtrisés».
Et le Premier ministre pourra de nouveau condamner les actes de violence des uns et des autres…




Par-dessus le marché

Après les Forges de Bologne, les Silos et la mairie, le Premier ministre s’est rendu au marché couvert pour rencontrer quelque 300 militants et sympathisants de l’UMP venus de toute la région.
La réunion était interdite à la presse. Mais comme elle était bien sonorisée, L’affranchi a pu entendre de l’extérieur l’essentiel du discours de François Fillon. Un discours qui a permis au chef du gouvernement de répéter grosso modo ce qu’il avait déjà dit auparavant aux journalistes et aux invités de l’hôtel de ville à propos de la gestion de la crise et du climat social qui tend à se durcir.

Super-Chatel

Tout au long de son déplacement, François Fillon n’a pas tari d’éloges à l’égard du ministre-maire de Chaumont. «Luc est un ministre extrêmement efficace et extrêmement travailleur, qui a déjà à son actif des réussites exceptionnelles comme le Plan automobile», a-t-il déclaré en mairie.
Au marché couvert, il en a remis une louche : «Vous avez de la chance d’avoir Luc Chatel à Chaumont et j’ai beaucoup de chance de l’avoir au gouvernement», a-t-il confié aux militants. «C’est un ministre extrêmement compétent et travailleur. Quand il s’exprime, c’est pour parler des dossiers, pas de lui-même ou de son avenir. Il est d’une très grande loyauté. C’est important pour le chef du gouvernement et le président de la République d’avoir un porte-parole sur qui on peut compter».
Il paraît que ces propos annoncent une prochaine promotion de Luc Chatel au gouvernement. Selon un écho paru dans le dernier «Canard enchaîné», le Premier ministre jugerait d’ailleurs «vraisemblable» la nomination de l’actuel secrétaire d’Etat à la consommation et à l’industrie au poste de ministre de l’agriculture, en remplacement de Michel Barnier en partance pour l’Europe.
Reste à savoir si tout ça profitera à Chaumont et aux Chaumontais…

Européennes : service minimum

A moins de deux mois du scrutin, le Premier ministre François Fillon a confié en marge de sa visite qu’il n’y avait «aucune raison de lancer la campagne des européennes trop longtemps à l’avance». Devant les militants locaux de l’UMP réunis à huis clos, le Premier ministre a par ailleurs ajouté que l’enjeu de ces élections n’était «pas significatif dans le fonctionnement de la France».
Il a toutefois ajouté qu’il était quand même important de savoir si l’Europe allait être gouvernée à droite ou à gauche.
On se disait aussi…

Retrouvailles

En arrivant devant les Silos, Luc Chatel a présenté au Premier ministre les membres de son équipe municipale. Arrivant devant l’ancienne préfète de la Haute-Marne, mais aussi de la Sarthe, département d’élection de François Fillon, le maire a dit avec le sourire : «Je ne te présente pas Elisabeth Allaire…» Surprise du Premier ministre, qui a balbutié à l’adjointe aux finances et aux grands projets : «Je ne vous avais pas reconnu. Vous avez l’air en forme…»
Ça ne l’a pas empêché, quelques minutes plus tard, de lui rendre un hommage très appuyé.

L’Etat sollicité

En bon libéral, Luc Chatel compte sur des aides de l’Etat pour mener à bien tous ses projets, en particulier celui du quartier de la gare. D’ailleurs, François Fillon l’a un peu chambré en soulignant que «tous les jours, il y a une nouvelle demande» du maire de Chaumont sur son bureau. Mais le Premier ministre s’est bien gardé de faire une annonce en la matière. Il s’est contenté de dire à Luc Chatel : «L’Etat t’accompagnera dans ces projets». Ce qui ne mange pas de pain. 

Drôles de comparaisons

Lors de son discours d’accueil en mairie, Luc Chatel a raconté à François Fillon qu’il s’était inspiré pour les municipales de la fameuse «ouverture» gouvernementale. Et d’expliquer : «J’ai ma Michèle Alliot-Marie avec Elisabeth Allaire et j’ai mon Martin Hirsch avec Didier Cognon». 
Le ministre-maire aurait pu aller encore plus loin. Il a aussi son François Fillon avec Gérard Groslambert, son premier adjoint qui ne lui fait pas beaucoup d’ombre...

Le mélange des genres

François Fillon a clôturé sa visite chaumontaise par un discours devant les troupes de l’UMP. Environ 300 militants ont assisté à ce mini-meeting pour lequel avait été convoqué le ban et l’arrière ban du parti. L’horaire peu pratique (un vendredi à 13 heures) ne permettant pas de mobiliser fortement, on est allé chercher des adhérents jusque dans les départements voisins.
Mais ça devait rester en famille. La réunion était déclarée privée et nous avons pu constater, puisque nous nous sommes fait refouler, que les journalistes n’étaient pas les bienvenus. Ça ne nous a pas empêché cependant de laisser traîner une oreille.
Toutefois, on peut dire que tout n’était pas privé dans ce rassemblement ; à commencer par la salle (le marché couvert) qui appartient à la ville.
Passe encore qu’une salle communale soit confiée à un parti politique. Ça se comprend d’autant mieux qu’on est en période électorale. En revanche, nous avons été surpris de constater que la salle avait été préparée, avec estrade et tentures, par les services de la ville.
Mais ne soyons pas mauvaises langues. La ville ne va certainement pas manquer de présenter la facture à l’UMP...



Dans la salle des délibérations de l’Hôtel de ville, pour entendre les discours, se pressaient journalistes, photographes, élus locaux et membres éminents de l’UMP, parmi lesquels s’était glissé le président de Région Jean-Paul Bachy (inté
Dans la salle des délibérations de l’Hôtel de ville, pour entendre les discours, se pressaient journalistes, photographes, élus locaux et membres éminents de l’UMP, parmi lesquels s’était glissé le président de Région Jean-Paul Bachy (inté

Le multiplexe annoncé à Fillon pour septembre 2010

La visite quasi virtuelle d’un chef de gouvernement
Après avoir visité au pas de charge une exposition d’affiches anciennes présentée au rez-de-chaussée (notre photo), le Premier ministre est monté au 4e étage des Silos où Luc Chatel lui a présenté -très succintement- le projet de «requalification» du quartier de la gare. L’occasion pour le ministre-maire, malgré un calendrier particulièrement serré et le refus d’investir de l’actuel exploitant des cinémas, d’annoncer une nouvelle fois très officiellement le démarrage des travaux du multiplexe au Garage «dès cette année» et son ouverture au public en septembre 2010. 
Luc Chatel a confié en aparté au chef du gouvernement que la ville pouvait très bien réaliser elle-même les travaux, au moyen d’un emprunt qu’elle rembourserait grâce au loyer censé être payé ensuite par le nouvel exploitant. 
Dans ces conditions, l’opération ne coûterait rien à la ville. Au bout d’un certain nombre d’années... et à condition que l’exploitant ait bien les moyens de payer ce loyer. Car l’investissement prévu étant de l’ordre de 6 millions d’euros, il va falloir en vendre des tickets de cinéma.
Et n’oublions pas que plus de deux ans après son ouverture, le Ciné Quai de Saint-Dizier est toujours déficitaire...

L' affranchi
Vendredi 24 Avril 2009
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