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La ville veut-elle tuer la MJC ?

Faut-il sanctionner jusqu’à la mort une association qui compte un millier d’adhérents, une douzaine de salariés et des dizaines de bénévoles parce qu’elle a déposé sa demande de financement en retard ? C’est la question qui se pose aujourd’hui à propos de la MJC. En lui retirant 40% de sa subvention, la ville pourrait la contraindre à se mettre en cessation de paiement dès la fin juillet. Même si la MJC a sans doute des torts, la réaction de la ville apparaît d’autant plus disproportionnée quand on sait ce qu’elle est prête à dépenser dans le même temps pour les concerts de Cali et de Calogéro.



Faut-il sanctionner jusqu’à la mort une association parce qu’elle a déposé sa demande de financement en retard ? C’est la question qui se posait à l’issue de l’assemblée générale de la Maison des Jeunes et de la Culture qui s’est déroulée le 6 juin dans une ambiance tendue, en présence d’une quarantaine de personnes.
Deux jours plus tôt, dans le cadre d’une rencontre avec la municipalité, la MJC avait appris avec stupeur qu’elle ne toucherait pas le complément de la subvention espérée pour 2008. Soit, comme elle a reçu en début d’année, à l’instar des autres associations, 60% de la subvention perçue en 2007, une perte de financement de l’ordre de 60 000 euros.
Cette rencontre a été très mal vécue par les représentants de l’association.

«C’était un procès à six contre trois»

«C’était un procès à six contre trois, maximum autorisé pour la MJC», s’indigne la présidente Rose-Marie Agliata, dans une lettre adressée le soir même au maire de Chaumont Luc Chatel. «J’ai cru être devant un tribunal, j’en ai gros sur la patate», lâche avec émotion le trésorier, Jean-Paul Barbara, le soir de l’assemblée générale.
Une assemblée générale qui démarre dans une ambiance plombée. «La MJC est vivante et n’a pas envie de mourir, même si ce soir c’est peut-être une de nos dernières assemblées générales», commence par dire la présidente. «Car nous ne sommes pas sûrs d’aller au bout de 2008».
Pourtant, pour la deuxième année consécutive, l’association a dégagé en 2007 un résultat positif d’environ 24 000 euros. Un résultat qui s’explique en partie par la «remise fiscale» au titre de la loi du 23 février 2005 relative à l’exonération des cotisations patronales d’URSSAF dans le cadre des zones de revitalisation rurale (ZRR).


Vincent Galantier : «Il y a des règles»

Alors que plusieurs associations chaumontaises ont bénéficié rapidement de cette mesure, la MJC a bizarrement dû batailler pendant deux ans pour y avoir enfin droit cette année. A ce jour, elle n’a d’ailleurs pas encore touché l’argent qui doit lui être remboursé : environ 60 000 euros.
«On sort de la zone très rouge dans laquelle on était, mais c’est encore insuffisant», précise le directeur Michel Prost. «Tout est loin d’être rose».
D’autant que l’adjoint en charge de la culture Vincent Galantier se montre intraitable. «Il est incroyable de constater avec quelle insouciance la MJC traite ses rapports avec la ville et ses autres partenaires», martèle-t-il. «Il y a des règles. Toutes les associations se prêtent au respect de ces règles. Les demandes de subvention doivent être déposées avant le 31 décembre. Pour certaines grosses associations, comme la MJC, la date limite est celle du 31 janvier.»
Or, cette année, le dossier a été déposé en mairie le 29 mai. «Ce n’est pas une situation nouvelle», insiste Vincent Galantier. «Les années précédentes, c’était déjà pareil.»


Un assassinat pour l’un, un suicide pour l’autre

A la seule différence que l’ancienne municipalité a quand même toujours versé un complément de subvention, même si le montant n’était pas forcément celui qui était réclamé. Cette fois, la ville coupe carrément le robinet. «Vous aviez été alertés», se défend l’adjoint. «Il serait peut-être temps que les adhérents mettent face à leurs responsabilités les élus et la direction de la MJC».
Présent à l’assemblée générale, l’ancien président et toujours membre de la structure Jacques Ecosse parle d’assassinat. «Il y a eu préméditation», lance-t-il à Vincent Galantier. «Lors d’une réunion en date du 16 mai, vous m’aviez dit que si la MJC faisait sa demande avant la fin du mois, il n’y aurait pas de problème. Or, elle l’a fait le 29 mai...»
Réponse de l’adjoint : «Je n’ai pas pu vous dire ça. De toute façon, on n’a assassiné personne. C’est vous qui vous êtes suicidés». 
De son côté, Rose-Marie Agliata rappelle que le fameux audit de la MJC a révélé un certain nombre de manques, en particulier en personnel et en matériel, et que cela peut expliquer les soucis de fonctionnement. Elle ajoute que pour réclamer son dû à l’URSSAF (environ 60 000 euros) l’association a dû refaire en 2008 toutes les fiches de salaires depuis 2005. Elle était donc dans l’impossibilité de donner ses comptes en temps voulu.

«Fin juillet, si rien ne bouge, c’est fini»

Et puis, la présidente rappelle que la ville fait partie du conseil d’administration de la MJC qui se réunit tous les deux mois. Or, «de septembre 2007 à avril 2008, aucun représentant n’est venu siéger». C’était pourtant l’occasion de discuter et d’avoir toutes les informations nécessaires.
L’association a aussi cherché à rencontrer Luc Chatel, dès son élection. Mais si Vincent Galantier a bien assisté au conseil d’administration du 23 avril 2008, où tous les documents comptables lui ont été communiqués, la vraie rencontre avec la nouvelle municipalité n’a pu se dérouler –en l’absence du maire- que le 4 juin.
«La MJC est punie parce qu’elle n’a pu rendre un dossier à temps», résume Rose-Marie Agliata, tout en reconnaissant une part de responsabilité. «Et maintenant, que faisons-nous ? Nous pouvons encore assumer la fête de la Saint-Jean. Mais ensuite, notre priorité sera de payer les salaires et pas de faire du cinéma dans les rues. Et après, fin juillet, si rien ne bouge, c’est fini !»
«Comment on sort de la dispute ?», se désole le représentant de la fédération des MJC qui essaie de jouer les médiateurs. «Si chacun campe sur ses positions, on n’arrivera à rien».


L’argent aurait déjà été redistribué
Adhérente et ancienne élue, Elisabeth Guillery renchérit : «Ce n’est pas possible d’avoir votre attitude, M. Galantier, deux mois après votre arrivée à la mairie !»
Réponse de l’intéressé : «La porte n’est pas fermée, mais il faut revoir votre organisation. Remettez-vous d’équerre, revenez nous voir avec quelque chose de sérieux et on verra. Mais les 40% de subvention n’existent plus pour l’instant. Les subventions ont été allouées et notre budget est bouclé.»
«Vous avez déjà redistribué tout l’argent qui devait être versé à la MJC ?», questionne une adhérente. Vincent Galantier ne dément pas. Et il ajoute : « Il ne faut pas noircir le tableau. Il y a un certain nombre d’activités qui ne sont pas mises en péril. Vous ne payez pas les locaux et on vous ne mettra pas dehors. Définissez votre minimum vital jusqu’à la fin de l’année et on peut essayer de voir.»
Rose-marie Agliata préfère abréger la discusssion. Mais elle prévient : «Nous ne laisserons pas la MJC mourir sans nous battre». 

Cali et Calo, c’est bien mais c’est cher (suite)

Formidable concert que celui donné par Cali samedi dernier au stade Daniel-Louis dans le cadre des 24 heures solex. Fidèle à sa réputation de bête de scène, le chanteur de «C’est quand le bonheur» a livré un show époustouflant. Et particulièrement rock’n roll, contrairement à ce que l’on peut imaginer en écoutant ses chansons à la radio.
Cerise sur le gâteau : il était accompagné, entre autres, par le puissant et élégant Richard Kolinka, l’ancien membre du groupe Téléphone, l’une des références de la batterie rock française.
Durant une heure et demie, Cali a su être proche du public, l’apostrophant, lui parlant des sans-papiers et du combat des enseignants et des lycéens, le faisant chanter et frapper dans ses mains. L’artiste s’est montré généreux, dansant avec quelques jeunes filles qui n’en revenaient pas, puis descendant dans l’arène pour chanter au milieu des spectateurs qui l’ont ensuite porté à bout de bras, sur plusieurs dizaines de mètres, jusqu’à la scène.

3000 entrées au lieu de 8000 pour Cali

Selon la direction des affaires culturelles de la ville, chargée des entrées, environ 4000 spectateurs ont assisté à ce concert d’exception. Mais il n’y aurait eu que 3000 entrées payantes. Ce qui peut paraître beaucoup pour une ville comme Chaumont. Mais pas tellement pour un artiste de l’envergure de Cali habitué à remplir les zéniths, surtout compte tenu du tarif préférentiel fixé à 5 euros.
Au départ, la Squadra 52 et la ville de Chaumont –qui s’était engagée en février à hauteur de 36 800 euros- espéraient 8000 entrées. C’est le contribuable local qui paiera la différence. Car le partage des coûts –plus élevés que prévu- a finalement été réparti de la manière suivante : la Squadra 52 prend à sa charge le gardiennage et la sécurité du site, la protection civile et les frais d’accueil (hôtellerie et restauration) des artistes, soit environ 12 000 euros ; la ville paie quant à elle les cachets (52 570 euros pour Cali et ses musiciens, 1500 euros pour Cesareccio, 750 euros pour Casius Belli), la technique, c’est-à-dire la scène, la sonorisation et l’éclairage (environ 66 000 euros), les assurances, la billetterie, la SACEM et divers autres frais pour un total de… 123 150 euros !
Soit, en retirant les recettes provenant des entrées, un coût final de l’ordre de 100 000 euros.

Calogero risque de coûter encore plus cher au contribuable

Sans remettre en cause la prestation de Cali, qui a été de qualité et a sans doute comblé les 4000 spectateurs (pas tous Chaumontais), il est aisé d’imaginer ce que les associations culturelles locales ou le Nouveau Relax auraient pu faire toute l’année avec une telle somme.
Mais la nouvelle municipalité en redemande puisqu’elle a décidé d’organiser, à peu près dans les mêmes conditions (entrée à 5 euros), et cette fois toute seule, le concert de Calogero le 5 juillet prochain. Lequel risque de lui coûter encore plus cher puisque le cachet de l’artiste s’élève à 75 000 euros. 
Même si l’on apprécie ces deux artistes (c’est le cas de l’auteur de ces lignes, mais certainement pas celui de tout le monde), de telles dépenses devraient faire réfléchir tout contribuable qui se respecte. Surtout quand, dans le même temps, la ville chipote pour verser une subvention à une association qui existe depuis 52 ans et compte un millier d’adhérents, une douzaine de salariés et des dizaines de bénévoles...

Sanction disproportionnée et climat délétère

La ville de Chaumont est sans doute dans son droit quand elle rappelle à une association qu’une subvention n’est pas forcément automatique et qu’il y a un certain nombre de règles à respecter. Pour n’avoir pas rendu son dossier à temps, la MJC est assurément fautive. Mais elle a, au moins pour cette année, des circonstances atténuantes. Et la sanction prise à son encontre peut apparaître disproportionnée. Et surtout dangereuse puisqu’elle pourrait conduire l’association à se déclarer en cessation de paiement dès la fin juillet.
«De toute façon, l’argent a été redistribué», répond l’adjoint à la culture quand on lui dit que la ville devra quand même faire un geste. Et c’est là qu’on est en droit de s’interroger. Car, connaissant la situation financière de la MJC, la ville ne pouvait pas imaginer qu’elle n’avait pas besoin d’argent. A moins qu’elle ait pensé qu’avec les 60 000 euros que l’URSSAF doit lui rembourser (c’est justement à peu près le complément de subvention attendu…), l’association arrivera bien à finir l’année 2008. Mais ce serait oublier que ces 60 000 euros doivent surtout permettre à la MJC de combler un trou qui s’est creusé au fil des ans et non de se passer de subvention de la ville.
Peut-être la ville entend-elle simplement marquer le coup et se gardera de commettre l’irréparable. En attendant, il est dommage de constater le climat délétère qui s’est installé entre la municipalité et la MJC moins de trois mois après les élections.
A l’issue de l’assemblée générale, l’association avait décidé d’aller manifester son mécontentement au conseil municipal du 12 juin. Celui-ci ayant été reporté au 26 juin, ce n’est que partie remise. A moins qu’entre-temps un vrai dialogue finisse par s’instaurer

«Le local jeunes ? Vous l’oubliez !»

Au cours de sa rencontre du 4 juin avec la municipalité, la MJC de Chaumont a aussi appris qu’elle perdait la gestion du «local jeunes» de La Rochotte, qui compte 41 membres (36 garçons et 5 filles), tous adhérents de la MJC. Explication avancée par Vincent Galantier, lors de l’assemblée générale : : aucun dossier n’a été déposé auprès du comité de suivi du Contrat urbain de cohésion sociale (CUCS). «Il a donc été acté par les différents partenaires qu’il n’y avait pas de demande de subvention. Il y avait 100 000 euros, dont 40 000 euros de la ville de Chaumont pour le local jeunes. Et il y a aujourd’hui zéro euro.»

Une mosquée à la place ?

C’est d’autant plus grave que des actions telles que le Forum de l’égalité ou une partie du pôle musical de la MJC étaient organisées grâce au financement du Local jeunes. Et cela semble irréversible.
Alors que les responsables de la MJC tentaient de réaborder le sujet, Vincent Galantier leur a répondu un peu brutalement : «Le local jeunes, vous l’oubliez !»
Question subsidiaire du directeur Michel Prost : «Qu’est-ce qu’on fait du salarié ? Est-ce que tu repars avec les clés du local ce soir?»
Réponse de l’adjoint : «Prenez vos responsabilités. Pour le moment, vous pouvez toujours utiliser le local...»
Bref, la situation n’est pas claire. D’autant que certains ont déjà fait savoir qu’ils verraient bien une mosquée à la place du local jeunes...

Une vraie maison des jeunes

Il fut un temps où le maire de Chaumont, Cyril de Rouvre, s’amusait à qualifier la MJC de «Maison des vieux». Aujourd’hui, force est de constater que ce n’est plus du tout le cas puisque 40% des 923 adhérents ont moins de 25 ans et que seulement 15% ont plus de 60 ans. 
Les élèves en général, qu’ils soient écoliers, collégiens, lycéens ou étudiants, représentent 37% de la totalité des adhérents. 
La population est toujours très largement féminine, même si des changement sont en train de s’effectuer (66% de femmes aujourd’hui contre 75% il y a 10 ans).
La grande majorité des adhérents (près de 64%) est issue de Chaumont et Brottes. Mais 17% viennent des communes avoisinantes (à moins de 10 km). Et près de 20% viennent de beaucoup plus loin, voire de l’extérieur du département. 

Christophe Poirson
Vendredi 13 Juin 2008
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