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La fronde des graphistes prend de l’ampleur

Lettre ouverte au maire-ministre de Chaumont Luc Chatel, pétition sur internet, appel à boycotter l’exposition «graphisme en France» du 20e festival… La réaction des graphistes concernant les droits d’auteur monte d’un cran.



Avec son contrat de cession de droits sur les affiches déposées aux Silos, Luc Chatel serait-il en train de mettre le feu au festival et de menacer de détruire tout ce qui a été fait en faveur du graphisme à Chaumont depuis vingt ans ? On peut malheureusement le craindre. Depuis plusieurs semaines, le mécontentement sourdait chez les graphistes, se traduisant par des articles dans L’affranchi et le Canard enchaîné, des réactions individuelles (refus de signature) ou collectives (communiqué du syndicat national des artistes plasticiens CGT). Ce contrat continuant malgré tout d’être diffusé, la colère vient de monter d’un cran. Dans une lettre datée du 17 février, dont des copies ont été envoyées aux partenaires de la ville de Chaumont (délégation aux arts plastiques du ministère de la Culture, Bibliothèque nationale, Direction régionale des affaires culturelles, Conseil régional de Champagne-Ardenne, etc.), des graphistes et soutiens du graphisme –parmi lesquels figurent plusieurs «pointures»- signalent à Luc Chatel qu’ils «ne peuvent signer ce contrat qui les spolie». Ils demandent au maire-ministre «de le retirer, d’annuler ceux qui ont été signés par des graphistes abusés et malheureusement peu au fait de leurs droits et d’en réétudier les termes en concertation avec la profession». Et ils ajoutent : «Nous demandons à tous les graphistes ayant une affiche dans vos collections de refuser toute signature et à tous ceux qui n’en ont pas encore, à tous les soutiens du graphisme, à tous les étudiants en écoles de graphisme de s’associer à ce refus».

Parmi les signataires, des pointures du graphisme français...

Enfin, ils n’ignorent pas que le festival fait à une sélection de graphistes la «proposition flatteuse» de participer à l’exposition du 20e anniversaire «Graphisme en France» avec la présence d’une ou plusieurs de leurs affiches déposées aux Silos. «Vous comprendrez que ces graphistes, alertés par les conséquences du contrat que vous leur proposez par ailleurs, ne se laissent pas abuser par des honneurs qui les asservissent», disent-ils à Luc Chatel. «En l’absence d’une convention négociée pour chaque utilisation que les Silos souhaite faire de leurs œuvres, ils ne peuvent participer à cette exposition».
Comme L’affranchi s’en est déjà fait l’écho, ce contrat a été plus ou moins initié par l’ancienne municipalité. Mais la nouvelle équipe a fait sauter la clause sur les utilisations non commerciales. Et «le fait que M. Chatel ait repris un contrat existant ne l’exonère en rien de sa responsabilité sur la signature qu’il appose en tant que premier magistrat de la ville», soulignent les auteurs de la lettre, dont certains ont par ailleurs mis en place une pétition et un appel au boycott sur internet.
Parmi les premiers signataires, on remarque la présence de Jean-Paul Bachollet, qui a fait partie de Grapus, le fameux collectif qui a révolutionné le graphisme en France dans les années 1970, et qui est considéré comme le père du festival de Chaumont ; Pierre di Sciullo, qui s’est fait remarquer l’an dernier avec son installation sur la place de la gare et qui vient de remporter le concours pour créer la nouvelle identité visuelle du prestigieux musée néerlandais Stedelijk Museum ; Michel Quarez, connu des amateurs de beaux-arts et lauréat de nombreux prix ; Patrick Giraudo, ancien directeur des Silos, aujourd’hui directeur délégué du GRAME, le Centre national de création musicale installé à Lyon ; Pierre Ponant, historien du graphisme ; et aussi : Christophe Jacquet dit Toffe, Philippe Bissières, François Caspar, Olivier Darné, Guillaume Lanneau, Anne-Marie Latrémolière, Maxime Lemoyne, François Miehe, Gérard Paris-Clavel, Thierry Sarfis… Rien que du beau monde !



« C’est le droit d’auteur qui permet de pérenniser la création dont profite la ville… »

«Depuis vingt ans, plus de 7000 graphistes du monde entier enrichissent par leur participation au festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont la collection de la Maison du livre et de l’affiche», soulignent les auteurs de la lettre adressée à Luc Chatel. «Plus de 30 000 affiches ont ainsi été engrangées aux Silos. Vous souhaitez mettre en place une politique de conservation au service de la diffusion auprès des publics. Louable intention qui est celle d’un service public assumé auquel nous souscrivons.
«Pour mettre en place ce projet, vous avez, en tant que maire, secrétaire d’Etat et porte-parole du gouvernement, soumis aux graphistes un contrat leur demandant un total abandon du droit d’auteur sur leurs œuvres, au profit de la ville de Chaumont. Vous nous permettrez de rappeler que ces affiches n’ont pas été confiées à la ville de Chaumont et à son représentant -encore moins au porte-parole du gouvernement- mais aux Silos, Maison du livre et de l’affiche, en qualité d’établissement public ayant la responsabilité de conserver ces œuvres et de faire respecter la législation relative aux droits d’auteur.
«La ville de Chaumont pourrait donc présenter les œuvres, les reproduire et au pire –les contrats sont établis pour prévoir tous les cas de figure- les adapter, voire les dégrader en les appliquant sur des objets mercantiles, mettre en vente leurs reproductions, bref les exploiter sans limite et sans consultation des auteurs. Les graphistes abandonneraient toute possibilité de réserve morale quant à l’usage ou au détournement de leur œuvre. Ils renonceraient à toute contrepartie et tout revenu financier provenant de l’exploitation de leurs affiches. Ils s’interdiraient définitivement d’intervenir et de reprendre leurs droits. En d’autres termes, leurs droits d’auteurs seraient bafoués, en contradiction totale avec le code de la propriété intellectuelle du 11 mars 1957 qui protège une œuvre du seul fait de sa création».
Après avoir rappelé les «principes fondamentaux» de cette législation, les signataires de la lettre ajoutent : «L’acquisition par la mise en dépôt –celle-ci est-elle formalisée ?- ou par achat des affiches confère à la Maison du livre et de l’affiche un droit de propriété sur le support papier ou numérique mais ne confère pas de droit d’auteur sur l’œuvre incorporée dans le support. Ceci est vrai autant pour les œuvres des graphistes français que pour celles des graphistes du monde (…). La cession est consentie à titre non exclusif, mais vous faites signer aux graphistes l’obligation de s’interdire de «gêner la pleine jouissance par la Ville des droits acquis». Le flou calculé de cette formulation oblige les auteurs à s’interdire de disposer de leur œuvre pour tout usage commercial, d’édition ou de mise à disposition au profit d’une autre institution, toutes ces démarches pouvant être qualifiées de «gêne à la pleine jouissance des droits par la ville de Chaumont».
Et de conclure : «Les droits d’auteurs sont le seul et unique moyen pour les auteurs de faire respecter l’intégrité de leur travail et de leur garantir une rémunération proportionnelle à leur diffusion. Et c’est le droit d’auteur qui permet de pérenniser la création dont profite la ville… »

Christophe Poirson
Vendredi 20 Février 2009
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1.Posté par Guillaume Lanneau le 25/02/2009 14:54
Bonjour,
je vous informe que la pétition est en ligne à cette adresse : http://chaumont.snapcgt.org/

Nous demandons à celles et ceux qui se sentent concerné(e) par ces enjeux de création de signer la pétition, qu'ils soient ou non graphistes.

merci

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