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La colère d’une Tzigane

Dans une lettre ouverte au Pasteur Charpentier, Zsa Zsa Brinzwiska, qui est tzigane et habite à Blécourt, condamne ce qui s’est passé à La Vendue et dénonce les «rassemblements contre nature».



En apprenant par L’affranchi que la stèle des fusillés de La Vendue avait été souillée par des déjections et détériorée à coups de cailloux, Zsa Zsa Brinzwiska –qui est tzigane et habite en Haute-Marne, à Blécourt- a explosé de colère. Elle ne supporte plus ces rassemblements dits évangéliques qu’elle juge contre nature. Et elle le dit dans une lettre ouverte au Pasteur Charpentier, qui était à Semoutiers l’an dernier et qui s’occupe du rassemblement de Toul-Rosières cette année :
«Monsieur le Pasteur, à l'instant je viens de vous écouter sur France Infos. Vous avez parlé de votre police interne, je la suppose tzigane ? Ma question est celle-ci: était-elle présente à La Vendue, la semaine dernière à Chaumont ? Si oui, elle ne fait pas correctement son travail. Avez-vous vu le saccage de la stèle des fusillés ? Dans quel état est ce monument? Je suis Tzigane monsieur, et ce matin, pas du tout fière de l'être croyez-moi ! D'autant plus triste et en colère que je viens de terminer un recueil de 300 pages qui traite du Samudaripen de mon peuple. Des Tziganes m'y racontent leurs souffrances, la mort de leurs proches, la honte d'être marqués à vie par l'infamie nazie et ses pratiques de fous. Les martyrs qui m'ont parlé disent le respect infini qu'ils éprouvent pour ceux qui les ont aidés, les Justes. Pour ceux qui les ont délivrés, les soldats.

«Où est Dieu au milieu de cette foire ? Où sont nos valeurs ?»

«Cette stèle représente, non seulement ceux dont les noms y sont inscrits, mais aussi les milliers de garçons qui ont donné leur vie pour qu'aujourd'hui nous soyons libres. Le plus grand Holocauste du millénaire n'aurait donc servi à rien ? A quoi pensaient ceux qui se sont acharnés sur cette stèle ? Ceux qui l'ont brisée et souillée ? Que comptez-vous dire et faire pour cet acte lâche et barbare ? Chercherez-vous les coupables et les livrerez-vous à la Police ? Dans ma jeunesse, Monsieur, nous avions notre Tribunal, la KRISS, son jugement était juste et sévère. Mais il aurait été, j'en suis certaine, pour un cas comme celui-là, sans appel ! Un blasphème est un blasphème, qu'il soit gadjo ou tzigane!
«Ces rassemblements sont contre notre nature. Jamais, quand nous en avions la possibilité, ils ne dépassaient les 500 personnes et les exactions étaient punies. Nos kampania avaient une réputation à tenir, elles s'y tenaient. Nous étions baptisés dans une église où un curé officiait. Dans un temple, où le pasteur ne hurlait pas dans un micro ! Où est Dieu au milieu de cette foire ? Où sont nos valeurs ?

«Autrefois on mettait un point d’honneur à recouvrir de terre ce qu’on venait d’y poser...»

«Quand on nous appelle les voleurs de poules, ça ne me gène pas ! Mais quand on nous montre du doigt pour un blasphème comme celui qui vient d'être commis, alors là, je suis honteuse ! Quant on demande à des milliers de personnes de se rassembler, quelle qu'en soit la raison, il y a toujours des infiltrations de personnages douteux. Toujours des individus qui se joignent aux autres pour voler et commettre tout ce que la morale réprouve. Que les Tziganes qui vous suivent cessent de se plaindre sans cesse ! Manque d'eau, manque de soins ? Il y a dans le monde des réfugiés qui n'ont pas le centième de leurs aides ! Si on ne veut pas vivre comme les gadjé, alors qu'on ne demande pas sans arrêt aide et protection à ces mêmes gadjé ! C'est indécent ! Il faut expliquer aux gadjé que déféquer dans la nature fait partie d'une tradition : celle de rendre ce qu'elle a donné. Encore faudrait-il que "vos Tziganes" sachent qu'autrefois on mettait un point d'honneur à recouvrir de terre ce qu'on venait d'y poser. Encore faudrait-il que "vos Tziganes" se souviennent de leurs coutumes et traditions. Je suis allée une seule fois à un de vos rassemblements, je suis revenue chez moi outrée et complètement écœurée ! Où sont nos chants et nos coutumes ? Où est notre vraie vie dans ces shows à l'américaine ?

«Pour combattre les préjugés, une seule solution : avoir une bonne conduite»

«Monsieur le Pasteur, il y va de l'honneur de tout un peuple, les blasphémateurs doivent être sévèrement punis. Les Tziganes doivent se plier aux lois de la République. C'est très joli d'accuser toujours le gadjo de tous ses malheurs, surtout quand il circonvient aux agissements mafieux. Je ne vais pas me faire que des amis en émettant de tels propos, c'est sans importance. N'écouter qu'un vent n'est pas écouter, dit un de nos proverbes ! Pour combattre le préjugés, une seule solution : une bonne conduite. Le respect des lois et des autres.
«J'adresse à la mémoire de ceux qui ne sont plus là pour se défendre, ceux dont les noms sont écrits sur la pierre, ainsi qu'à leurs familles, les excuses sincères et peinées d'une femme Tzigane. Vers eux va toute ma compassion.
«Monsieur le Pasteur je vous saluerai quand justice sera rendue !»

L' affranchi
Lundi 25 Août 2008
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1.Posté par rolandlerobot le 24/10/2008 13:12
très belle lettre ouverte bravo a vous

2.Posté par nikaa le 13/05/2011 18:52
Bonjour,

très bien envoyé...

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