Rechercher un article



Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

L’aide au justiciable (ADAJ) en danger de mort

Ayant enregistré un déficit de 20 000 euros en 2008, et non assurée de pouvoir payer les salaires du mois d’avril, l’association départementale d’aide au justiciable (ADAJ) posera la question de sa dissolution lors d’une assemblée générale extraordinaire qui aura lieu le 16 avril.



L’aide au justiciable (ADAJ) en danger de mort
S’il est une catégorie de la population que la Garde des Sceaux et le président de la République disent régulièrement vouloir mieux traiter, c’est bien celle des victimes. Et pourtant, en Haute-Marne, l’Association départementale d’aide au justiciable (ADAJ) est aujourd’hui en danger de mort. Ayant enregistré un déficit de 20 000 euros en 2008 (alors que son budget annuel est de l’ordre de 120 000 euros), et non assurée de pouvoir payer les salaires de ses employés fin avril, elle posera officiellement la question de sa dissolution lors d’une assemblée générale extraordinaire qui aura lieu le jeudi 16 avril, à 17 heures, au Palais de Justice.
Créée en 1992, l’ADAJ prend en charge trois activités. D’abord, un service d’aide aux victimes, avec une juriste et une psychologue qui accueillent toute victime d’une infraction pénale (accident de la circulation, viol, agression, harcèlement, escroquerie, abus de confiance, etc.). Un service confidentiel et gratuit offrant à la personne concernée une écoute, un soutien ou suivi psychologique et moral, une information sur ses droits, un accompagnement dans ses démarches administratives et judiciaires, une orientation vers des services et des professionnels spécialisés.

Réforme de la carte judiciaire et restrictions budgétaires

L’ADAJ tient ainsi des permanences au tribunal, au commissariat de police et au vestiaire services de Chaumont, ainsi qu’à l’hôtel de police de Saint-Dizier (au Vert-Bois), à la mairie annexe de Langres et aux anciens bains-douches de Joinville.
En 2008, ce sont 571 nouvelles victimes (les anciennes n’entrent pas dans les statistiques) qui ont été accueillies et aidées. Mais la réorganisation de ce service, ainsi que des congés de maternité et un «couac» langrois lié au changement de municipalité ont entraîné en 2008 une augmentation des charges et des salaires, ainsi qu’une diminution des subventions. Ce qui explique une partie du déficit.
Autre activité de l’ADAJ : le travail sur mandat judiciaire, c’est-à-dire sur réquisition du procureur de la République ou décision du juge d’instruction. Il s’agit, entre autres, de réaliser des médiations pénales, enquêtes de personnalité ou enquêtes sociales rapides. Or, en raison de la réforme de la carte judiciaire, certains de ses mandats sont «partis» à Dijon. Et, à cause de restrictions budgétaires, le procureur a moins mandaté l’ADAJ fin 2008 et début 2009.
Le nombre d’enquêtes sociales rapides (entretien avec une personne, avant tout jugement, permettant d’éclairer le tribunal en évaluant sa situation matérielle, familiale et sociale et en détectant éventuellement un problème d’addiction ou un trouble psychologique) est ainsi passé de 465 en 2006 à 335 en 2007 et 218 en 2008.

«J’ai besoin de garanties pour l’avenir, sinon j’arrête tout de suite»

Et c’est d’autant plus ennuyeux que ce service est le seul pour lequel l’association est rémunérée, sa troisième activité liée aux points-rencontre étant également gratuite : il s’agit de favoriser l’exercice du droit de visite au parent n’ayant pas la garde de l’enfant lorsqu’il ne remplit pas des conditions d’accueil satisfaisantes pour le recevoir ou lorsque l’exercice du droit de visite est interrompu, difficile ou trop conflictuel.
Résultat : «Je me retrouve aujourd’hui dans l’incapacité d’assurer les salaires du mois d’avril», explique la présidente de l’ADAJ, Nadège Develle, qui lance une «alerte rouge». «Il faut que je trouve 9000 euros. Or, pour le moment, je n’ai qu’une avance sur la subvention 2009 de la cour d’appel de Dijon de 2600 euros…»
Les municipalités de Chaumont, Langres, Joinville et Saint-Dizier sont donc invitées à faire un geste très rapidement. Ainsi que le Conseil général qui, jusqu’à présent, n’a pas beaucoup aidé l’ADAJ.
Nadège Develle souhaite non seulement combler le déficit mais aussi pérenniser les modes de financement. «Chaque année, nos subventions sont remises en cause», regrette-t-elle. «J’ai besoin de garanties pour l’avenir, sinon j’arrête tout de suite. Tout le monde me dit qu’on ne peut pas disparaître. Mais il faut qu’on m’aide !»
L’ADAJ, qui emploie trois personnes (secrétaire administrative, juriste et psychologue), ainsi qu’une dizaine d’accueillants sur les points-rencontre, est actuellement la seule à faire ce qu’elle fait en Haute-Marne.
Pour mémoire, l’association de Vesoul a fermé ses portes il y a deux ans. Et elle n’a pas été remplacée.

Christophe Poirson
Vendredi 3 Avril 2009
Lu 457 fois
Notez

Nouveau commentaire :