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Initiales : un chèque d’Orange et du concret à Chaumont

Il y a dix ans, L’affranchi accusait l’association Initiales de vivre de l’illétrisme (en organisant des colloques, expositions, concours...) sans jamais s’occuper directement des illettrés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’association, qui vient de recevoir un chèque de 10 000 euros par la fondation Orange pour son action en Champagne-Ardenne, déclare travailler à Chaumont pour environ 500 personnes par an. Ses 40 bénévoles interviennent en tout cas chaque semaine auprès de 120 enfants et de plusieurs groupes d’adultes. Nouvel éclairage sur une association qui a beaucoup évolué.



Initiales : un chèque d’Orange et du concret à Chaumont
L’affranchi n’a pas toujours vu d’un bon œil le développement d’Initiales à Chaumont et en Champagne-Ardenne. Il y a une dizaine d’années, nous lui reprochions de mobiliser beaucoup de subventions pour n’organiser que des colloques, des expositions et des concours. Elle prétendait bien motiver les formateurs et activer les associations de terrain, mais nous ne voyions pas grand chose de concret dans son fonctionnement. Et nous l’avions écrit sans ménagement. Nous l’accusions en fait d’être plus animée par la nécessité de faire vivre sa propre structure et ses dirigeants que par l’envie de prendre à bras le corps le problème des personnes en situation d’illettrisme.
Mais les choses ont bien changé.
Force est de constater aujourd’hui que l’association agit très concrètement sur le terrain. Si elle disserte toujours sur l’illettrisme, elle travaille aussi énormément pour les illettrés. A Chaumont en tout cas nous voyons qu’elle s’occupe très directement des personnes qui ont vraiment besoin d’elle.

Près de 500 bénéficiaires par an

«Initiales» dispose d’un petit groupe de formateurs-coordonnateurs professionnels, mais surtout d’une quarantaine de bénévoles ; la plupart étant d’anciens enseignants, formateurs, bibliothécaires ou travailleurs sociaux. Cette équipe s’occupe de plusieurs centaines de personnes chaque semaine.
Il y a les enfants d’abord (120 environ) qui connaissent des difficultés à l’école. Ceux-là ont entre 6 et 18 ans. Ils sont suivis surtout le mercredi et le samedi.
Le fait que l’Education nationale mette en place des heures de renforcement pour les élèves qui ont du mal à suivre ne change pas grand chose à la mission d’Initiales, du moins pour l’instant. Le directeur pédagogique de l’association Edris Abdel Sayed explique que les actions peuvent être complémentaires. Beaucoup de jeunes trouvent un bénéfice à aborder leurs lacunes autrement que dans un contexte scolaire.
L’autre public régulier accueilli chaque semaine par Initiales (le jeudi et le vendredi au local jeunes à La Rochotte) est celui de 80 adultes qui viennent apprendre le français ou tout simplement retrouver et perfectionner ce qu’ils ont oublié après avoir quitté trop tôt l’école. Les premiers sont étrangers, mais les autres ont connu depuis la maternelle le système scolaire hexagonal. On notera d’ailleurs que 70 % des bénéficiaires d’actions d’Initiales sont français.
Et puis le lundi au centre ville on trouve ceux qui suivent des cours de code de la route. Il ne s’agit pas de concurrencer les auto-écoles, précisent les responsables. L’idée est surtout de passer outre les difficultés liées à une mauvaise maîtrise de la langue. On se rend compte en effet qu’il est impossible de réussir à l’examen si on n’est pas capable de lire vite et bien les questions et réponses proposées.
Enfin, l’association s’occupe, à des degrés divers, des parents des élèves qu’elle suit tout au long de l’année scolaire. Il n’est pas sain en effet que l’enfant sachant le mieux s’exprimer en français soit celui qui gère les relations entre la famille et les diverses administrations. Mieux vaut donner aux parents les moyens d’exercer pleinement leur autorité.
Au total, avec les ateliers d’écriture, Edris Abdel Sayed estime qu’Initiales œuvre en faveur de 500 personnes environ chaque année.

Et aussi des colloques...

Le directeur précise que les prises en charge sont adaptées aux demandes. Les formations ne sont pas les mêmes en effet selon que le bénéficiaire déclare venir pour pouvoir suivre des évolutions nécessaires dans son travail ou bien qu’il souhaite répondre aux besoins de ses enfants qui viennent d’entrer à l’école...
Edris Abdel Sayed ajoute que l’entrée dans la langue se fait à la fois de manière ludique et en tenant compte des centres d’intérêts de ceux qui reçoivent les formations.
Comme à ses débuts, Initiales s’occupe d’organiser le festival de l’écrit dans chacun des départements de la région (pour la Haute-Marne ce sera le 8 octobre à Langres... et puis aussi un peu à Chaumont le 10 et à Vignory, pour le monde rural, le 11). Le chèque que l’association vient de recevoir de la part de la fondation Orange servira à récompenser les lauréats des concours, à raison de 2500 euros par département.
Elle met en place aussi des rencontres et des débats autour de la parentalité. Et puis elle monte toujours ses fameux colloques. Mais là on ne critiquera plus, puisque se coltinant tous les jours aux problèmes concrets des illettrés, l’association a toute légitimité pour parler de son expérience et partager les analyses des uns et des autres, à commencer par celles de ses spécialistes.




Une vraie reconnaissance

Initiales : un chèque d’Orange et du concret à Chaumont
La fondation Orange a pour ambition de rompre l’isolement de ceux qui ont des difficultés à communiquer. Et l’illettrisme fait bien sûr partie de ses préoccupations.
Son action n’est d’ailleurs pas qu’altruiste. L’entreprise de communication reconnaît elle-même qu’elle a tout intérêt à amener le plus grand nombre à pouvoir utiliser les outils de la communication. En l’occurrence, on peut dire que l’éveil à l’écrit permet finalement de s’ouvrir à internet.
Et même si les retombées financières sont dérisoires, le bénéfice en terme d’image n’est pas négligeable.
Lundi 8 septembre, étant la journée mondiale de la lutte contre l’illettrisme, une petite cérémonie a été organisée à l’hôtel de ville de Chaumont en présence de Luc Chatel, maire et ministre, Yves Guillot préfet et Christian Wassemberg, inspecteur d’académie. A cette occasion, Bruno Janet, Directeur chez France-Télécom, des relations avec les collectivités locales, a remis un chèque de 10 000 euros au président d’Initiales, Omar Guebli.

Lionel Thomassin
Vendredi 12 Septembre 2008
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