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Grenelle : Bruno Sido face aux agriculteurs

Pas si simple pour Bruno Sido de vanter le Grenelle de l’environnement auprès des agriculteurs haut-marnais... Lesquels sont par ailleurs actuellement très remontés contre les politiques. Echos et compte-rendu de la dernière assemblée générale de la FDSEA.



Le sénateur et président du Conseil général de la Haute-Marne Bruno Sido était invité, lors de la dernière assemblée générale du syndicat agricole FDSEA, à parler du Grenelle de l’environnement dont il a été le rapporteur au Sénat. Un sujet ô combien sensible dans le monde agricole. Avant de lui donner la parole, la présidente de la FDSEA Françoise Henry l’a d’ailleurs prévenu : «Nous comptons sur ton bon sens paysan pour résister aux chimères écologistes qui nous éloignent un peu plus de la compétitivité internationale». Mais Bruno Sido n’est pas dans une position très facile. Lors de la discussion au Palais du Luxembourg, il a tenu à rappeler qu’il était «un modeste paysan». Mais à l’issue du vote de la loi, il dit avoir été «accusé de ne pas être un vrai agriculteur». 
Aujourd’hui, il se défend également d’être brusquement devenu un «écolo baba-cool». Et il s’étonne des non dits du Grenelle de l’environnement : «On n’a pas parlé du nucléaire. Le mot n’a même pas été prononcé, alors que c’était au cœur du sujet, la France étant l’un des pays rejetant le moins de CO2 grâce au nucléaire. On n’a pas parlé non plus d’OGM, alors que l’Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments (AFSAA) vient de donner un démenti assez cruel aux arguments du gouvernement...»

La vice-présidente de la FNSEA : «Je vous trouve courageux...»

Pour ce qui est du volet agricole, le Grenelle de l’environnement entend développer l’agriculture biologique, en la faisant passer de 2% de la surface agricole utile aujourd’hui à 20% en 2020. 
Il est aussi question de mettre en place un label Haute Valeur Environnementale (HVE). De réduire le recours aux engrais autres que naturels et aux herbicides, insecticides et autres produits polluants. Et de favoriser les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables. 
Autant d’orientations qui ne devraient a priori poser aucun problème. Sauf quand on entre dans le détail...
Participant à cette assemblée générale, Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, a ainsi lancé à Bruno Sido : «Je vous trouve courageux de venir expliquer à une salle d’agriculteurs les tenants et les aboutissants du Grenelle de l’environnement...»
«Produire sans phyto, sans OGM, sans engrais, cela peut ressembler au paradis, mais les silos auront beaucoup de mal à se remplir, car pour l’instant il n’y a pas vraiment d’alternatives», commente Sébastien Riottot, président des Jeunes agriculteurs. «Personne n’est prêt à payer une baguette de pain à 3 euros». 
Le même s’interroge sur l’utilité de servir du bio une fois par semaine dans les cantines si c’est du bio qui vient de très loin et si le reste du temps on donne à manger des aliments de très bas de gamme comme le poulet chinois. 

En attendant le Grenelle 2

Question à Bruno Sido d’un agriculteur malicieux dans la salle : «Vous venez de défendre le bio. Mais est-ce que vous êtes prêt à transformer votre exploitation en bio ?» L’intéressé botte en touche : «J’arrive à un âge où il est difficile de se défaire de ses habitudes. Je laisserai le soin à mon fils d’y réfléchir...»
Et puis, il y a des choses qui restent mystérieuses. Par exemple, le Grenelle de l’environnement prévoit la protection de «zones humides». Mais celles-ci, comme le reconnaît Bruno Sido, ne sont pas définies dans la loi.
Tout ça est toutefois loin d’être terminé. Il y aura un Grenelle 2. Et le sénateur haut-marnais devrait une nouvelle fois en être le rapporteur, au moins pour les questions d’environnement et d’énergie. 



Menaces sur le bassin agro-alimentaire

Lors de l’assemblée générale de la FDSEA, il a été question de la dénonciation par Entremont de son contrat d’achat de 130 millions de litres de lait par an à Sodiall. Selon la fédération des producteurs de lait, «non seulement l’équivalent de ce litrage jusqu’alors transformé en emmental à Langres le sera demain dans l’Ouest, mais l’usine elle-même qui va tourner à 40% de sa capacité pourrait bien s’en trouver condamnée». 
Selon certains connaisseurs, c’est tout le bassin agro-alimentaire de Montigny qui serait aussi menacé. 




Haro sur François Jehlé et le préfet

Il a bien sûr été question des dégâts de gibier lors de la dernière assemblée générale de la FDSEA, principal syndicat d’agriculteurs. Sans jamais le citer, Michel Galton s’en est pris à François Jehlé, auquel il reproche sa façon de gérer les «grandes chasses» : «Nous avons pu voir une émission de télé très édifiante sur le thème «cause toujours, moi je fais ce que je veux dans ma forêt». Eh bien, non ! Les grands chasseurs ne feront pas ce qu’ils veulent.» Selon le secrétaire général de la FDSEA, «le préfet semble avoir pris conscience du problème» même s’il «reste sous l’influence du lobby des chasseurs». Parce qu’«il n’a pas osé sanctionner les insultes à l’autorité par un lieutenant de louveterie, il n’a pas voulu supprimer l’agrainage en période de gel, il n’a pas voulu non plus nous écouter lorsque nous avons demandé une quatrième attribution et nous attendons de voir s’il organisera des battues administratives efficaces dans les réserves à sangliers. Nous restons d’une extrême vigilance». 
Ça va sans doute faire plaisir au représentant de l’Etat.

Les politiques sur la sellette

Les responsables agricoles qui ont pris la parole lors de l’assemblée générale de la FDSEA n’ont pas été tendres avec les politiques. Arnaud Jacob (commission grandes cultures) a parlé de «nos politiciens de dirigeants». Au nom des producteurs de lait, Florent Perrin a stigmatisé «les libéraux qui nous gouvernent et qui gouvernent l’Europe», responsables de la dérégulation des marchés. Quant à la présidente Françoise Henry, elle a d’abord ironisé par rapport à Nicolas Sarkozy : «Nous avons tous le sentiment que nous vivons de vivre une rupture, même si ce n’est pas celle qui nous avait été annoncée il y a près de 2 ans...» Avant d’attaquer bille en tête le ministre de l’agriculture Michel Barnier en posant cette question : «Quelle est la légitimité d’un ministre qui quitte bientôt ses fonctions?»
Même s’ils n’ont pas manifesté le 29 janvier, les paysans semblent faire partie des mécontents du gouvernement. 

Des paysans qui en veulent à Luc Chatel

A en croire certains journalistes qui prétendent tout savoir, Luc Chatel pourrait devenir ministre de l’agriculture lors du prochain remaniement gouvernemental, prévu au moment des élections européennes. On n’en sait rien. Mais même s’il est élu d’un département rural, l’actuel secrétaire d’Etat à la consommation ne compte pas forcément que des amis dans le monde agricole. 
Lors de l’assemblée générale de la FDSEA, Florent Perrin a ainsi dénoncé «le cadeau royal fait à une grande distribution déjà hégémonique et accapareuse de la plus grande part des plus-values dégagées par les filières». 
«Ce cadeau, c’est la loi de modernisation de l’économie qui aggrave la négociabilité des tarifs», a-t-il insisté. «Encore renforcée, la grande distribution fait la loi, impose des baisses de tarifs mais se garde bien de les répercuter au consommateur, lui aussi dindon de la farce». 
Et qui est derrière cette loi de modernisation de l’économie ? Un certain Luc Chatel...

Christophe Poirson
Vendredi 13 Février 2009
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