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Graphistes : une trêve et un festival de divergences

Le contrat et la pétition concernant la cession des droits d’auteurs des graphistes sont suspendus. Le festival de l’affiche ne semble plus menacé. Mais entre l’actuel adjoint à la culture Vincent Galantier, les graphistes protestataires et l’ancien maire Jean-Claude Daniel, les versions divergent... 



Incroyable ! Dans son édition du 15 mars, le Journal de la Haute-Marne -qui, jusque là, n’avait guère écrit sur le sujet- a réduit la crise entre les graphistes et la ville de Chaumont à une «micro-polémique montée en épingle pour d’évidentes considérations idéologiques». C’est faire peu de cas des 3000 professionnels ayant signé la pétition appelant le maire de Chaumont à revoir son contrat et à respecter les droits d’auteurs. Des signataires pas tous affiliés à la CGT, comme le laisse entendre le JHM, et parmi lesquels on trouve François Barré, actuel président des Rencontres internationales de la photographie d’Arles, qui fut longtemps le fonctionnaire n°1 du ministère de la Culture et qui continue d’avoir beaucoup d’influence dans le milieu culturel. Des signataires qui ont aussi du poids dans le monde du graphisme comme Jean-Paul Bachollet, défenseur de la première heure du festival, Patrick Giraudo, ancien responsable des Silos, ou Pierre di Sciullo, Gérard Paric-Clavel, Toffe et Michel Quarez qui ont eu droit à des expositions personnelles à Chaumont.
Sans signer lui-même la pétition, l’ancien délégué général et créateur du festival Alain Weill, qui reste un expert réputé, a envoyé un courrier à Luc Chatel l’invitant à régler ce problème au plus vite, avant qu’il ne fasse tache d’huile et ne devienne incontrôlable...

Pour le SNAP-CGT, «la ville a reconnu l’iniquité du contrat»...

Bref, si la ville a fini par tenir compte des arguments soulevés par les protestataires, c’est parce que la polémique n’était pas si «micro» que ça et qu’il commençait à y avoir le feu au lac. Au point que la direction artistique du festival, craignant que cette affaire ne porte un coup fatal à la 20e édition, se prononce en faveur de la réécriture du contrat (et bien que l’un de ses membres, Vincent Perrotet, ait lui-même signé ce fameux contrat) !
Toujours est-il que la rencontre qui s’est déroulée à huis clos le vendredi 13 mars a permis de calmer le jeu. Selon un participant, «Vincent Galantier, jeune adjoint à la culture et président de l’association du festival, a déminé le terrain et mené la discussion avec une certaine énergie et, disons-le, un certain talent (...). C’était de bonne tenue : ferme mais constructif. Les politiques ont fait leur boulot : montrer qu’ils savent reprendre les choses à leur avantage. Les graphistes aussi : ils ont montré leur détermination, leur unité et leur esprit constructif». En clair, en attendant l’élaboration d’un nouveau texte, assurant un juste équilibre entre la protection des auteurs et les besoins de diffusion de la ville de Chaumont à des fins culturelles et non commerciales (une première réunion de travail est prévue au ministère de la Culture ce lundi 23 mars), le fameux contrat est suspendu. De leurs côtés, les syndicats arrêtent la pétition et appellent les graphistes à participer au prochain festival. Mais les versions des uns et des autres divergent.  Selon le communiqué du SNAP CGT, «la ville a reconnu l’iniquité du contrat qui était proposé à la signature des auteurs. Il est donc suspendu et sera remplacé par une autre formule, négociée avec les organisations professionnelles». 

... mais selon Vincent Galantier, «il n’y avait pas de quoi s’inquiéter»

Mais Vincent Galantier, selon qui «il n’y avait pas de quoi s’inquiéter», ne parle que de «précisions à apporter au contrat». L’élu ajoute que le contrat a été rédigé par l’ancienne municipalité et que la nouvelle équipe n’y a apporté aucune modification. Elle s’est contentée de le diffuser, croyant qu’«il avait été concerté avec les graphistes et ne posait pas de problèmes». 
Vincent Galantier précise d’ailleurs qu’il a invité à la réunion du 13 mars l’ancien maire et actuel président de l’ORCCA Jean-Claude Daniel pour démontrer «la continuité de l’action municipale». 

Jean-Claude Daniel : «C’est moi qui ai demandé à participer à cette réunion»

Mais Jean-Claude Daniel ne raconte pas la même chose. «C’est moi qui ai demandé à participer à cette réunion», confie-t-il à L’affranchi. L’ancien maire conteste également l’affirmation selon laquelle le contrat n’a pas été modifié : «Il y avait une mention explicite disant qu’il n’y avait pas d’exploitation commerciale. Et puis, je n’ai jamais envoyé ce contrat, qui était relatif au travail -non terminé à l’époque- avec la BNF et la numérisation des images. Avant de l’envoyer, il fallait engager une discussion entre les deux parties...»
Jean-Claude Daniel comprend donc la réaction des graphistes et espère que les problèmes ne sont venus que d’«un hiatus dans le changement de municipalité». A sa demande, le nouveau contrat devrait d’ailleurs comporter un préambule explicitant les termes juridiques et soulignant l’engagement de principe de la ville de Chaumont dans la défense du graphisme et de ses auteurs. 
Autre initiative susceptible d’apaiser les esprits : un débat sur le droit d’auteur et les graphistes sera organisé pendant le week-end d’inauguration du festival. 
Bref, on s’oriente vers une sortie de crise. Et le festival semble sauvé. Reste à savoir si toute cette polémique ne laissera pas des traces. Et si les parties trouveront un véritable terrain d’entente sur le long terme.



Maudits journalistes

La presse n’a donc pas été conviée à la réunion qui s’est tenue en mairie avec les graphistes. Une réunion animée par l’adjoint à la culture et président du festival Vincent Galantier, le ministre-maire n’y ayant fait une apparition qu’à la fin. 
Selon un des participants, Luc Chatel s’est permis de glisser lors de sa courte intervention que «les journalistes sont mal informés». 
Le procédé est facile... Mais en admettant que le reproche soit justifié, ce n’est certainement pas en organisant des réunions à huis clos que les journalistes risquent d’être mieux informés !

Po-pu-lai-re !

Prenant la parole lors de l’assemblée générale de l’UCIA, Luc Chatel a rappelé son intention de faire du festival de l’affiche, qui n’est selon lui vraiment apprécié que des initiés, «un grand rendez-vous populaire pour les Chaumontais». Il a ainsi confié qu’il allait y avoir une «nuit du graphisme» le 16 mai, à l’occasion de l’inauguration de la 20e édition. Et «une grande manifestation populaire», au viaduc, au moment de la clôture du festival, c’est-à-dire à la mi-juin. 

Christophe Poirson
Dimanche 22 Mars 2009
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