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Filière automobile : Des idées pour sauver l’emploi

Après ceux de Bercy, les Etats généraux de l’automobile, vendredi à Chaumont, ont proposé quelques solutions pour que les entreprises et leurs employés aient encore un avenir sur le territoire.



En France, le secteur de l’automobile emploie près de 10 % de la population active. Mais il est soumis à une concurrence étrangère féroce. Et la crise financière, qui se transforme en crise économique, est en train de le mettre sérieusement à mal. Or, c’est un pan de l’économie nationale que l’Etat ne veut pas laisser partir.
Pour essayer de trouver des solutions, Luc Chatel, secrétaire d’Etat chargé de l’industrie et de la consommation, a organisé à Bercy les «Etats généraux de l’automobile». Et dans la foulée, il a mis en place une deuxième réunion à la préfecture de Chaumont.
On comprend bien que cette rencontre «de terrain» s’est déroulée en Haute-Marne parce que le ministre y est aussi élu local. Mais pas seulement... Il faut savoir que le département compte 150 entreprises et 2 500 salariés travaillant pour l’automobile. Des forges, des fonderies et des unités de plasturgie sont directement liées à la production automobile. Il suffit d’observer les mesures de chômage partiel, voire les annonces de licenciements, qui touchent actuellement toutes ces entreprises, pour comprendre l’étendue du problème.
Toujours est-il qu’en sortant de la réunion, Luc Chatel a déclaré avoir entendu à Chaumont des remarques et des propositions qui n’avaient pas été émises à Bercy.

Asphyxiés par les stocks d’occasions

Pour essayer de soutenir l’industrie automobile le gouvernement a d’abord pris des mesures visant à redynamiser la consommation. Différentes primes incitent l’automobiliste à changer son véhicule pour un neuf. Sans compter que, pour répondre aux effets de la crise financière, l’Etat s’implique aussi dans les systèmes de crédits. L’acheteur doit pouvoir trouver son financement aussi facilement qu’avant.
Avec tout cela, malgré une baisse conséquente, la vente des voitures en France s’est plutôt mieux maintenue qu’ailleurs.
Mais les concessionnaires locaux expliquent qu’ils ne vendent pratiquement plus que des petites voitures, avec des prix tellement serrés qu’ils ne gagnent pratiquement rien. Or ces voitures-là, même lorsqu’elles sont de marques françaises, sont généralement fabriquées à l’étranger.
Mieux vaudrait pour l’industrie française et les sous-traitants haut-marnais, vendre des voitures moyennes. Or les concessionnaires expliquent que, même lorsque la demande se présente, ils sont souvent conduits à refuser la vente. On a tellement modifié le marché que le véhicule d’occasion est presqu’aussi cher que le neuf. Les garages ont des stocks impressionnants d’occasions. Ils ne peuvent plus en reprendre. Pire même, si on ne veut pas qu’ils se retrouvent complètement étranglés financièrement (au point que certains évoquent déjà les dépôts de bilan) il sera nécessaire de les aider à écouler les stocks de vieux véhicules.
C’est à ce prix seulement qu’on pourra espérer vendre à nouveau des voitures qui font travailler l’industrie française.

On ne touche pas aux charges sociales !

Voilà pour l’action immédiate. Mais à plus long terme, il va falloir trouver le moyen de construire en France des voitures, même petites, qui seront concurrentielles par rapport à celles d’autres pays.
Luc Chatel est persuadé que c’est possible. Il précise que les véhicules fabriqués dans les pays de l’Est reviennent 10 % moins cher que s’ils étaient produits en France. La différence n’est donc pas insurmontable ; d’autant que, tous comptes faits, l’automatisation ayant pris une grande place, la part de la main d’œuvre est assez réduite.
Quelques participants tenteront bien d’évoquer le coût horaire du travail. Mais ça n’ira pas bien loin. A ceux qui voudraient faire baisser les charges sociales, la représentante de FO, Dominique Perchet objecte qu’il s’agit de cotisations et qu’on ne peut pas à la fois s’inquiéter du trou de la sécu et se plaindre qu’on verse trop. Elle ajoute qu’il s’agit d’une part du salaire et que si elle n’est plus versée aux organismes chargés de mettre en place la solidarité, elle doit être rendue au salarié. De même, à ceux qui suggèrent de supprimer la taxe professionnelle, elle rappelle que ça permet aux collectivités de répondre aux besoins de leurs habitants.
Luc Chatel, qui est aussi un élu local, ne peut qu’acquiescer. Même s’il estime que le système peut être amélioré et qu’il y a moyen d’alléger les structures des collectivités locales.

Dans un marché qui s’effondre

Pour accroître la compétitivité de l’industrie automobile française, on peut imaginer des aides de l’Etat. Il faudra sûrement encore en passer par là (avec en contrepartie l’assurance que les entreprises conserveront l’emploi). Cependant il faudra aussi trouver le moyen de rendre leur coût de fabrication moins élevé. Et on en revient à la question de l’organisation et de l’automatisation qui font réaliser des économies sur l’emploi. Or ce n’est pas le but recherché.
Mais d’aucuns rappellent que si on parvient ainsi à reconquérir des parts de marché, on se développe, on est amené à produire beaucoup plus... et on finit par embaucher.
Il faut donc miser sur la croissance.
Certes. Mais on s’aperçoit que marché s’effondre dans les pays développés. Et la crise n’est pas la seule responsable. Les comportements changent de telle sorte que les familles vont chercher à utiliser de moins en moins la voiture. Or, on fabrique déjà en Europe beaucoup plus de véhicules qu’il n’en faut. Les experts estiment qu’il y a une bonne dizaine d’usines en trop.

Favoriser les collaborations

Pour Luc Chatel, tout l’enjeu consiste à faire partie des meilleurs ; de sorte que les fermetures nécessaires se fassent ailleurs.
Il rappelle que l’Etat prend des mesures pour favoriser la recherche et le développement au sein des entreprises. Et tout le monde tombe d’accord sur le fait qu’il doit se créer une vraie filière automobile.
Jusqu’à présent - et ça intéresse énormément la Haute-Marne - les sous-traitants se sont trop souvent sentis dans une relation maître/esclave avec les constructeurs. Ceux-ci ont en effet tendance à mettre leurs fournisseurs dans une situation de dépendance pour pouvoir en tirer le meilleur profit.
Or, tout le monde aurait certainement à gagner d’un bon esprit de collaboration. Chacun étant expert dans son domaine, travailler sur un même objectif permettrait d’avancer.
Le problème, c’est que personne ne semble savoir dans quelle direction aller. On sent bien que la voiture de demain devra avoir l’impact le plus limité possible sur l’environnement. Or, ne serait-ce que pour le moteur il existe paraît-il une dizaine de pistes sérieuses.
Pourtant, sous prétexte de crise, certains constructeurs abandonnent des projets dont ils avaient confié l’étude à leurs sous-traitants. On en a des exemples en Haute-Marne.
L’Etat a peut-être aussi son rôle à jouer en favorisant des partenariats. Et pas seulement dans la filière. Luc Chatel pense que certaines technologies développées ailleurs peuvent être adaptées à l’automobile. Il «suffirait» de décloisonner un peu...
Filière automobile : Des idées pour sauver l’emploi

Lionel Thomassin
Vendredi 30 Janvier 2009
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