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Festival : Pour les graphistes ou les Chaumontais ?

Derrière cette question simpliste se cache un débat de fond qui n’est pas étranger à la crise qui vient de secouer l’association du festival de l’affiche.



De la dernière assemblée générale de l’association du festival international de l’affiche et du graphisme (L’affranchi de la semaine dernière), on retiendra qu’on a frôlé la catastrophe. Si la direction générale et la direction artistique du festival avaient décidé de laisser tomber Chaumont, comme elles l’ont envisagé pratiquement jusqu’au dernier moment, l’association et la ville auraient eu bien du mal à monter la 20e édition et le projet de centre international du graphisme aurait pris encore un peu plus de plomb dans l’aile.
Entre les sous-entendus et les non-dits de part et d’autre, il est difficile de savoir quelle est l’origine précise de la discorde. Un problème de communication lié au changement de municipalité et au renouvellement des instances de l’association. Des susceptibilités froissées par le style direct du nouveau président du festival, Vincent Galantier. Des factures que la nouvelle équipe rechignait à payer. Des querelles de pouvoirs. Mais aussi, et c’est plus inquiétant, un désaccord sur ce que doit être le festival.

«Le festival, on ne l’a pris à personne»

Lors de la campagne électorale, Luc Chatel a promis de «rendre le festival aux Chaumontais». Une formule que Vincent Perrotet, l’un des trois directeurs artistiques, a du mal à comprendre : «Le festival, on ne l’a pris à personne», a-t-il répondu lors de l’assemblée générale.
«On», ce sont tous les graphistes qui, depuis 1990, ont «fait le festival» et ont permis de faire de Chaumont une référence internationale dans le milieu. «Aujourd’hui, un graphiste américain ou japonais connaît Paris et Chaumont», insiste Vincent Perrotet qui ne considère pas Chaumont comme la ville du graphisme en général mais celle du graphisme d’auteur en particulier. A différencier, bien sûr, du graphisme publicitaire et commercial que l’on peut voir partout et qui –pour lui- n’a pas du tout le même statut.
Cette spécificité est d’ailleurs sans doute au cœur d’un certain malentendu entre les spécialistes et les néophytes.

A Arles, il a fallu attendre 25 ans

Le graphiste Malte Martin qui, lorsqu’il était en résidence à Chaumont, a multiplié les rencontres avec les habitants, dresse une comparaison avec le festival de la photographie d’Arles : «Il a fallu attendre 25 ans pour qu’une part significative de la population aille voir les expositions». Et même aujourd’hui, il n’est pas sûr qu’il y ait tant d’Avignonnais que ça qui participent au festival de théâtre ou tant de Cannois qui vont au cinéma.
Pour Thierry Simon, qui fait partie de ses créateurs avec Cyril de Rouvre et Alain Weill, l’important c’est que ce festival puisse donner une identité à Chaumont, qu’il fasse connaître la ville, qu’il permette de développer des formations et qu’il suscite des vocations.

«L’étrangeté» chaumontaise

Reste qu’il est difficilement admissible pour une ville d’organiser un festival qui n’intéresserait en aucune manière ses habitants (ce n’est quand même pas le cas de Chaumont !). A contrario, une manifestation très populaire mais sans intérêt pour les graphistes et les spécialistes serait vouée à l’échec.
La sagesse consisterait à maintenir un niveau d’exigence élevé sans pour autant se désintéresser des non initiés. C’est ce que s’efforce de faire depuis un certain temps la direction du graphisme de la ville avec la multiplication des ateliers, conférences et visites commentées d’expositions.
Peut-être convient-il d’en faire davantage. Peut-être aussi que le festival off, voulu par la nouvelle municipalité, est-il un moyen d’associer davantage la population.
Sans doute aussi faut-il mettre fin à cette «étrangeté» chaumontaise ainsi résumée par le graphiste Pierre di Sciullo : «Il y a un fonds d’affiches inestimable, mais il n’y a pas d’affiche dans la rue».

La question récurrente du lieu permanent

Mais on sent bien que cette question d’appropriation dépasse le cadre du festival. Vincent Perrotet est convaincu que les Chaumontais s’intéresseront vraiment au graphisme quand il y aura des salles d’exposition et des workshops en permanence. Et que le festival s’épuisera si le lieu permanent ne voit pas le jour.
Pour Thierry Simon, ce festival n’a d’ailleurs de sens que s’il débouche effectivement sur la création d’un lieu permanent.
Parmi les raisons qui ont poussé Alain Weill à démissionner du festival en 2002, il y avait l’abandon par la municipalité de Jean-Claude Daniel du projet d’édifier un musée à côté des Silos. Cette démission et la reprise du festival par Jean-François Millier et la direction artistique composée de Pierre Bernard, Vincent Perrotet et Alex Jordan ont permis de donner naissance à un nouveau projet. Mais à peine élu maire, Luc Chatel a déclaré sans suite le concours d’architectes. Tout en assurant qu’il ne remettait pas en cause le principe même du centre international du graphisme.
Mais aujourd’hui, comme l’a déclaré Vincent Galantier à l’assemblée générale du festival, le projet est «en panne sèche». Faut juste espérer que ça ne dure pas trop longtemps…





«L’événement ne peut être vidé de son sens»

Dans une lettre adressée au président Vincent Galantier, mais envoyée aussi aux administrateurs, au maire de Chaumont, au ministère de la Culture (DRAC et Délégation aux Arts Plastiques), au Conseil régional, à l’ORCCA et au Conseil Général, la direction artistique composée de Pierre Bernard, Vincent Perrotet et Alex Jordan écrivait le 11 octobre :
«Nous pensons que si la nouvelle équipe municipale, que vous représentez en tant qu’adjoint en charge de la culture et nouveau président du Festival, est fondamentalement partie prenante du graphisme à Chaumont, elle ne doit pas faire l’erreur de vouloir régenter une discipline sociale et artistique dont elle
ne possède que très peu de connaissances. Nous avons, en outre, l’espoir que cette même équipe ne mettra pas en péril vingt années d’élaboration d’une relation soutenue et patiente entre les graphistes et Chaumont.
Le transfert de responsabilités qui s’est opéré vous oblige à comprendre plus en profondeur et en détail ce qui fait la différence entre les travaux et collections graphiques présentés et conservés par la ville et la communication publicitaire qui se met au service du plus offrant.
Si les acteurs du graphisme national et international se déplacent à Chaumont, enrichissent ses collections et aideront au développement des projets du futur Centre International du Graphisme, c’est parce qu’ils respectent et reconnaissent ce travail artistique et cet engagement professionnel. L’événement ne peut être vidé de son sens.
Le sens du Festival depuis son origine et du CIG en préfiguration, c’est la promotion de la qualité artistique, humaine et de la responsabilité citoyenne des créateurs graphiques, dans une ville qui conserve
une partie de la mémoire du graphisme et peut en faire profiter ses administrés au travers d’une entreprise culturelle et sociale. Nous travaillons depuis des années à réunir l’énergie et les moyens de l’Etat, des collectivités locales, de l’Europe et bien entendu de la Ville pour qu’un lieu voit le jour à Chaumont et que le Festival en soit la manifestation emblématique. Si notre travail ne correspond plus aux nouvelles orientations de la ville (quoique vous en disiez en public mais que vos actes tendent à contredire), il est urgent de nous en faire part.»

Christophe Poirson
Vendredi 14 Novembre 2008
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