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Familles de détenus : L’accueil, ça fonctionne

Depuis près de 5 mois, le Secours catholique accueille les familles de détenus dans un local proche de la prison. Les 260 visites comptabilisées jusqu’à présent prouvent l’utilité de la formule.



Dans le petit local du 22 rue du Val Barizien, trois des 18 bénévoles prêts à accueillir les familles.
Dans le petit local du 22 rue du Val Barizien, trois des 18 bénévoles prêts à accueillir les familles.
En septembre dernier, à l’occasion d’une conférence de presse, le Secours catholique avait annoncé son intention d’ouvrir un local près de la prison pour recevoir les familles de détenus. La formule existe en bien d’autres endroits. Elle permet d’attendre l’heure du parloir autrement que dehors où dans une voiture. Elle donne aussi la possibilité de décompresser avant de partir.
Il avait été question de créer un local attenant à la prison à l’occasion de la récente reconstruction du bâtiment détruit par l’incendie. Mais, faute de crédits semble-t-il, le projet de l’administration n’a pas pu voir le jour. On se disait bien pourtant qu’un besoin existait. Les gardiens signalaient parfois des situations difficiles, comme celle de cette femme qu’on voyait changer son bébé tant bien que mal dans une voiture.
C’est ainsi que le Secours catholique, pressenti comme en beaucoup d’autres endroits pour gérer le local, a décidé d’en ouvrir un lui-même. Et la première conférence de presse a servi à lancer un appel pour trouver des bénévoles.
Il en est venu alors suffisamment pour que l’expérience puisse être tentée.

Un vrai succès, cette fois-ci...

L’opération n’était pas gagnée d’avance. Le Secours catholique se souvient d’avoir déjà tenté l’expérience en 2001 et d’avoir dû y mettre fin une bonne année après, faute d’avoir pu intéresser suffisamment de monde.
Mais les temps ont changé. Cette fois-ci on peut dire que l’action est très bien partie.
Tout d’abord, l’association caritative a réussi à rassembler 18 bénévoles, qui ont été spécialement formés. Elle a ouvert un local au N° 22 de la rue du Val Barizien et tout a commencé dans la deuxième quinzaine de novembre.
Moins de cinq mois après, elle totalise 260 visites. Ce qui peut être considéré comme un succès, même si tous les passages au local ne peuvent pas être mis sur un même plan.


La délicate question des horaires

A la Maison d’arrêt de Chaumont, les rencontres au parloir sont organisées 3 après-midis par semaine (les lundi, mercredi et samedi). A chaque fois, 5 séances de trois quarts d’heure se succèdent. Ça peut paraître important, mais quand on sait que l’endroit est exigu et qu’on peut au maximum y faire venir 7 détenus en même temps, le nombre de visites est forcément limité.
Mathématiquement on peut dire que la prison héberge plus de personnes (130 en ce moment) qu’il n’est possible d’en faire passer au parloir en une semaine.
Et même si le problème ne se pose pas exactement en ces termes, on comprend bien que le temps est compté. Le visiteur qui arrive un peu en retard à son rendez-vous ne peut pas rentrer dans l’établissement. Mieux vaut donc prévoir large. Et c’est pour cela, en bonne partie, que beaucoup de visiteurs arrivent sur place plus tôt que prévu.
Le local du secours catholique peut leur permettre d’attendre dans des conditions plus acceptables que devant la porte de la prison. Mais ce n’est pas sa seule fonction...
Il y a toutes sortes de raisons pour lesquelles les familles des détenus viennent au local où les attendent toujours deux bénévoles.


Un local aux multiples fonctions

La motivation la plus prosaïque, c’est qu’on y trouve des toilettes et du café. Certains ne viennent que pour cela. Ils ne s’attardent pas.
D’autres s’y rendent par nécessité. Au parloir, les visiteurs ne peuvent être plus de trois par prisonnier. Lorsque les familles sont venues en plus grand nombre, ou bien que certains enfants ne supportent pas la situation, les bénévoles peuvent garder au local ceux qui n’entrent pas dans l’établissement pénitentiaire.
Et puis il y a des visiteurs qui, en plus de l’abri, viennent chercher un peu de chaleur humaine. Ils discutent avec les bénévoles et même avec d’autres familles. Parfois des co-voiturages se mettent en place. Parfois, ils reviennent la fois suivante avec un gâteau, pour le plaisir de partager. Ce genre de situation ne dure cependant pas très longtemps. Pour la bonne raison que les détenus effectuent généralement des séjours assez courts à la Maison d’arrêt.
Enfin, il y a ceux qui n’ont pas pu voir le détenu. Soit parce qu’il n’ont pas été prévenus à temps qu’il avait été transféré, soit simplement parce qu’il n’a pas voulu qu’on le rencontre dans cette situation. Dans ces cas-là, passer voir les bénévoles est un bon moyen de décompresser avant de reprendre la route. Mais même quand la visite a eu lieu, certains aiment bien faire un tour au local avant de repartir.
Il n’y a pas de règles en fait. Toujours est-il qu’au bout de 5 mois, le doute n’est plus permis : le local du 22, rue du Val-Barizien, joue aujourd’hui un rôle indispensable. Le Secours catholique va donc plus que jamais poursuivre l’expérience. Et si d’autres bénévoles ont envie d’apporter leur pierre à l’édifice, ils seront encore les bien venus.


Lionel Thomassin
Vendredi 11 Avril 2008
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