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Euthanasie Un débat bien vivant !

L’Association pour le droit de mourir dans la dignité organise un débat le vendredi 12 juin à 20 h 30 à l’ancienne bibliothèque avec Denis Labayle, médecin et auteur d’un livre passionnant sur l’euthanasie.



Denis Labayle : «Je suis certain que, une fois votée, la loi sur l’euthanasie deviendra une évidence. Une liberté de plus offerte à ceux qui le veulent». 
Denis Labayle : «Je suis certain que, une fois votée, la loi sur l’euthanasie deviendra une évidence. Une liberté de plus offerte à ceux qui le veulent». 
A l’initiative de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) représentée localement par Claude Hury, Denis Labayle animera une conférence-débat le vendredi 12 juin à 20 h 30 à l’auditorium de l’espace Bouchardon (ancienne bibliothèque) autour de son dernier livre : «Pitié pour les hommes. L’euthanasie : le droit ultime» (Stock). Un livre passionnant, écrit par un médecin hospitalier (chef de service pendant 25 ans dans la région parisienne) qui en arrive à cette conclusion : «Le droit de mourir selon sa convenance est une liberté majeure à conquérir». Selon lui, «l’opinion publique est prête et une majorité de médecins souhaite un éclaircissement de la loi. Les sondages sont là pour en attester. Ce sont les dirigeants politiques, médicaux et religieux qui s’y opposent».
Denis Labayle ne cache pas qu’au cours de sa carrière il a aidé ses patients qui le désiraient à partir. Il est à l’origine du manifeste des 2000 soignants qui, en 2007, ont affirmé avoir aidé des malades à mourir en fin de vie. Mais il précise aussi qu’il a respecté la volonté de son père, opposé à toute aide active au départ, et qui, atteint d’un cancer généralisé, a vécu une longue agonie. «Je ne souhaite ni pour moi, ni pour mes proches, un tel gâchis», commente-t-il.

«Le respect de la vie est une valeur à géométrie variable»

Dans son livre, Denis Labayle dénonce toutes les hypocrisies qui polluent le débat sur l’euthanasie. D’abord, il rappelle qu’en grec «eu» signifie bien et «thanatos» la mort. Autrement dit, l’euthanasie désigne la «bonne mort», ou la mort sans souffrir. Mais c’est un mot dont le sens est souvent détourné, ses détracteurs profitant de l’intonation d’une syllabe pour faire un amalgame grossier avec la consonance du mot nazi…
C’est aussi un mot qui n’existe pas dans le Codé pénal, lequel préfère parler de meurtre, d’assassinat ou d’empoisonnement. Pourtant, bien d’autres pays, comme l’Espagne, font juridiquement la différence.
Denis Labayle s’interroge sur une société qui envoie aux assises un médecin et une infirmière pour avoir aidé un malade âgé, cancéreux, en fin de vie, à se délivrer de souffrances incontrôlables, mais qui est en même temps peu regardante sur les conditions de fin de vie de milliers de personnes âgées dans les maisons de retraite... Il rappelle l’épisode de la canicule de 2003, qui a fait 15 000 morts en 20 jours, sans que personne ne soit ni coupable, ni responsable. Et, décrivant la situation des hôpitaux en Afrique ou en Asie «où l’on meurt par manque de quelques euros», il souligne que «le respect de la vie est une valeur à géométrie variable».
L’auteur rappelle aussi que dans l’Antiquité «l’autodélivrance était considérée comme une preuve de sagesse» et que «dans nombre de civilisations, en finir avec la vie à partir d’un certain âge est une coutume».

L’exemplen des Hollandais et des Belges

A propos de Christine Malèvre, Vincent Humbert, Chantal Sébire et autres cas médiatisés ces dernières années, «toutes ces affaires révèlent la multiplicité des situations, l’iniquité de la justice, l’insuffisance des solutions proposées», écrit-il.
Les Hollandais ont voté une loi en 2001 dépénalisant l’euthanasie dans des circonstances bien déterminées, avec des garde-fous très précis. La Belgique a fait la même chose en 2002. Mais en France, même si la loi Léonetti de 2005 représente un progrès, on est toujours dans la règle hypocrite du «pas vu, pas pris».
Selon Denis Labayle, les soins palliatifs ont leurs propres limites. «L’objectif est de prolonger la vie jusqu’au bout, mais que veut dire «jusqu’au bout » lorsque le malade est sous perfusion permanente de drogues abrutissantes ? », interroge-t-il. D’autant qu’ «on ne sait rien sur les sensations réelles des patients en état végétatif chronique ou atteints de démence sévère et leur supposée bonne tolérance à la suppression de l’alimentation et de l’hydratation est pure spéculation». Mais Denis Labayle garde l’espoir : «Je suis certain que, une fois votée, la loi sur l’euthanasie deviendra une évidence. Une liberté de plus offerte à ceux qui le veulent». Comme ce fut le cas avec l’avortement, un sujet qui présente beaucoup de similitudes avec celui de la fin de vie.

Christophe Poirson
Vendredi 5 Juin 2009
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