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Et si l’affiche du festival était illégale et subversive ?

L’affiche officielle du 20e festival des arts graphiques montre une croix gammée. Ce qui est en principe interdit. Voilà qui nous fait voir l’image autrement. Et que se passerait-il s’il prenait à quelqu’un l’idée de porter plainte ?



Et si l’affiche du festival était illégale et subversive ?
Chaque année, ou presque, des Chaumontais viennent nous dire tout le mal qu’ils pensent de la dernière affiche du festival. Il faut reconnaître qu’ils n’ont pas toujours tort. Il est d’ailleurs facile de s’en rendre compte sur le dépliant que la ville a fait distribuer dans nos boîtes aux lettres. En reproduisant les affiches officielles des 20 éditions du festival, elle nous offre une rétrospective édifiante. D’un seul coup d’œil chacun distingue bien celles qui sont attirantes et efficaces à côté de celles qui ne disent rien qui vaille vraiment.
Cette année donc, des critiques nous sont encore parvenues. Or, il faut reconnaître que nous n’y étions guère réceptifs.
L’affiche de la 20e édition nous semble assez réussie. Elle se fait remarquer et le message principal (l’événement qu’elle annonce) est bien visible. Elle atteint donc son but. Et puis le dépliant de la ville, qui reproduit aussi les 19 autres affiches proposées pour 2009, nous montre encore qu’il s’agissait de la meilleure possible.
Rappelons en effet que, pour ses 20 ans, le festival a sollicité 20 graphistes parmi les plus cotés dans le monde. Ça a donné le concours le plus cher de l’histoire du festival (très largement financé par l’Etat, heureusement). Mais force est de reconnaître que le jury a choisi la plus percutante. Mieux que sur le dépliant, les Chaumontais pourront se faire une idée plus précise en allant voir l’exposition des 20 affiches candidates à l’Hôtel de Ville.

L’article 645-1 du code pénal...

Cher mais bon, nous semblait donc être le choix de cette année. Jusqu’à ce que nos lecteurs viennent nous montrer le détail qui tue : cette croix gammée qu’un chat de bande dessinée arbore sur son poitrail.
Alors bien sûr on imagine que l’intention de l’auteur n’est pas mauvaise. On peut voir la souris comme la représentation du graphiste qui, à coups d’affiches, chasse le fascisme.
Sauf qu’en principe, la représentation des insignes nazis est interdite autrement que dans des évocations expressément historiques. Et encore... les organisateurs d’expositions de matériel militaire savent qu’ils doivent faire la chasse à tout ce qui rappelle l’idéologie hitlérienne.
L’article 645-1 du code pénal punit le port et l’exhibition d’insignes ou emblèmes rappelant ceux qui ont été utilisés par les membres d’une organisation déclarée criminelle.
Toute la question est ici de savoir si un dessin sur une affiche peut être considéré comme une exhibition. A notre connaissance, il n’existe pas de jurisprudence dans le domaine. Mais sachant que la première définition d’exhiber est montrer, présenter, afficher... (l’ostentation ne vient qu’en troisième sens) il serait certainement difficile d’ignorer une plainte fondée sur cet article.
Toutefois, s’agissant d’une infraction de cinquième catégorie, la peine encourue est la confiscation de l’objet (ce qui serait quand même un peu gênant), une amende de 1 500 euros (là, le festival a les moyens) et un travail d’intérêt général (pour le président ?).

...et bien plus encore...

Plus gênante en revanche est la loi sur la liberté de la presse, à laquelle l’affiche est soumise. Il y est question de provocation et d’apologie de crimes contre l’humanité au moyen, entre autres, de dessins et insignes. Et là, sont prévues des peines de prison de plusieurs années...
On suppose quand même que la ville et le festival pourraient faire valoir une certaine bonne foi. L’image n’est a priori pas positive pour le nazisme. Il est difficile en effet de voir le chat comme une victime, puisqu’il est armé d’un couteau.
Toujours est-il qu’on peut s’interroger sur la place de cette croix gammée dans l’affiche du festival de Chaumont.
En effectuant diverses recherches, il nous est apparu que les lois dans le domaine sont beaucoup plus précises et sévères en Allemagne. Or l’affiche en question a justement été réalisée par un graphiste allemand. Il n’ignore donc pas que le sujet est très sensible et que, de ce fait, il joue avec les limites.
Du coup, ça nous incite à regarder l’image autrement. Ce qu’à première vue, nous percevions comme un joyeux fouillis de bande dessinée, peut être interprété différemment. Sur le thème des 20 ans, la voiture renversée, les grands immeubles, le feu, les armes... nous renvoient à quelles images de notre actualité ? Et quel est le personnage qui domine tout cela avec son œil «bleu-blanc-rouge», sa cravate et son costume taché de rouge ? A votre avis ?
Décidément, cette affiche a un petit parfum subversif. Ce qui n’est pas fait pour nous déplaire, forcément. Mais on peut se demander si les organisateurs ne se sont pas un peu laissés déborder.

Lionel Thomassin
Vendredi 15 Mai 2009
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