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Entreprise : la nouvelle vie de Philippe Debref

Ne cherchez plus Philippe Debref dans son camion-pizzas. Il est désormais importateur et distributeur de machines à glaces italiennes. Et ça marche... quand on ne cherche pas à l’arnaquer de quelque 33 000 dollars...



Ancien gendarme et ancien chef d’entreprise, Philippe Debref n’était «que» vendeur de pizzas quand il s’est présenté aux élections municipales à la tête d’une liste centriste. Ça lui a d’ailleurs valu quelques remarques sarcastiques. Et comme on ne le voyait plus dans son camion depuis plusieurs mois, d’aucuns ont pensé qu’il avait cessé toute activité.
Il était en fait en train de rebondir.
Sa nouvelle entreprise ayant passé les embûches du démarrage, il la présente d’autant plus volontiers qu’à la suite d’une arnaque inédite en France (voir ci-dessous), il a failli tout perdre.
Son activité se résume aujourd’hui par l‘importation directe de machine en provenance de Chine et la vente directe à des professionnels de toute la France (DOM-TOM compris).
Mais pour bien comprendre ce qu’il fait aujourd’hui, il faut peut-être d’abord revenir à son parcours et ses activités passées.

L’expérience d’Ominfo

Spécialiste en informatique, alors qu’il était encore formateur à l’école de gendarmerie, Philippe Debref a commencé par acheter des composants électroniques à l’étranger pour fabriquer des périphériques d’ordinateurs. Avec son épouse, il a monté une petite entreprise d’importation et de distribution d’accessoires pour consoles de jeux. Et comme son site internet était plutôt bien fait, elle est devenue leader en France de la vente par correspondance d’accessoires de jeux vidéos.
Quittant la gendarmerie, il a pris la tête d’une entreprise (Ominfo) qui a d’abord monté un magasin en ville puis a regroupé toutes ses activités au faubourg de Reclancourt. Elle a finalement compté 10 employés et 3,5 millions de chiffre d’affaires annuels.
Puis le magasin a été concurrencé localement par l’ouverture d’un grand rayon spécialisé au centre Leclerc, non loin de là. Et la vente par correspondance a subi, dans le même temps une baisse très sensible. Là encore, il fallait faire face à la concurrence de grands groupes arrivant sur le marché. Sans compter que la consommation régressait du fait de l’ancienneté des consoles vidéos et de l’attente par le consommateur de nouveaux modèles.
Au bout d’un an de ce régime, Philippe Debref a fini par déposer le bilan. «J’ai voulu garder tous les employés, commente-t-il, pensant que les choses finiraient par s’arranger. J’ai eu tort. Si j’avais licencié 3 ou 4 personnes quand l’activité a baissé, l’entreprise serait certainement encore présente avec 5 ou 6 employés».

Un site internet bien référencé et des produits moins chers

Philippe Debref a rebondi en reprenant le camion-pizzas. Dans la foulée, il s’est équipé d’une machine à glaces italiennes. On se souvient des débats qu’a soulevé son installation, en marge des 24 heures solex, le soir du concert de Calogero.
Et quand, après l’été, il a voulu revendre la machine, il s’est rendu compte qu’il existait une très forte demande dans tout le pays. Il a donc eu l’idée d’en faire le commerce.
Lui qui, avec Ominfo, avait l’habitude des relations professionnelles avec l’Asie, n’a pas eu trop de mal à négocier avec le fabriquant chinois.
Il a créé sa marque : «Debref» et monté un site internet. Puis en travaillant sur les référencements, il a réussi à bien se placer. Quand on tape sur Google «machine glace italienne», ou «Machines à glaces» ou même «glaces italiennes», le site du Chaumontais apparaît toujours dans la première page. «Au début, se souvient-il, je ne sortais qu’à la 15e page. Autant dire que personne ne pouvait me voir».
Son positionnement internet réussi, ajouté au fait que ses machines sont deux à trois fois moins chères que les autres, lui ont alors valu nombre de contacts. «Je reçois actuellement trois à cinq demandes de devis par jour, révèle-t-il. Ça vient de toute la France ; y compris des DOM-TOM».

Depuis son bureau, sans intermédiaires

Sa première importation de 20 machines a vite trouvé acquéreurs. Il attend un nouveau container un peu plus important, qui doit arriver ces jours-ci dans le port d’Anvers. Mais déjà un troisième est en préparation. Et, compte tenu de la demande, il prépare une quatrième commande.
Le secret de la formule, c’est qu’il n’utilise aucun intermédiaire. Depuis son bureau de Chaumont, il s’occupe à la fois des achats auprès du fabricant et des ventes auprès des clients. Ceux-ci sont des restaurateurs, des cafetiers, des patrons de discothèques, des plagistes, des forains... et de nouveaux auto-entrepreneurs. Les machines sont prises en charge à Anvers par un transporteur de Saint-Dizier qui les stocke et les livre.
Chez lui, il conserve surtout des pièces de rechange pour assurer la maintenance. Et, dans les secteurs de ses clients, il passe des conventions avec des frigoristes locaux susceptibles d’intervenir en cas de besoin.
Philippe Debref a commencé aussi à importer des machines à pop corn et à barbe à papa. Si l’entreprise fonctionne comme il le souhaite, on peut toujours espérer la création de quelques emplois locaux. Mais il ne faut pas trop y compter. Chat échaudé craignant l’eau froide, il veillera à ne jamais se laisser déborder par une masse salariale mal maîtrisée.


Tentative d’escroquerie à 33 000 $

Philippe Debref a bien failli voir son projet sombrer dès la deuxième commande. Quelques jours après avoir effectué un virement de près de 33 000 dollars, il a contacté son fournisseur pour savoir s’il avait bien reçu l’argent. Ce dernier n’ayant rien vu venir s’est alors inquiété du mode de paiement. Ce à quoi Philippe Debref a répondu qu’il avait utilisé les nouvelles coordonnées bancaires telles qu’elles étaient indiquées dans le dernier RIB accompagnant la facture envoyée par email.
Réponse stupéfiante de son interlocuteur : «Mais nous n’avons pas changé de compte bancaire !».
Observant alors l’échange de courriers électroniques qu’il avait eu avec son fournisseur, le Chaumontais s’est aperçu que, lorsqu’il cliquait sur le bouton «Répondre à l’expéditeur», l’adresse de renvoi était très légèrement différente de celle de son interlocuteur habituel. Seul un petit caractère était modifié. Et il a fini par comprendre qu’il se trouvait face à un mode de piratage qui lui était jusqu’ici complètement inconnu.
En fait, quelqu’un s’était placé entre les deux correspondants. Depuis un moment, profitant du jeu des réponses automatiques, le pirate recevait les mails des deux côtés et les renvoyait sans les changer... jusqu’à ce qu’il soit question de facture et de paiement. Il a alors rajouté son RIB, correspondant à une banque de Hong Kong, proche de celle du fabricant de machines à glaces. Du grand art !
S’apercevant de l’escroquerie, Philippe Debref a aussitôt prévenu sa banque (la Banque Populaire). Il a été pris en charge par une spécialiste des relations internationales à Metz, qui a réussi après des jours d’efforts à bloquer l’argent.
Par chance, les sommes se trouvaient encore dans une banque des Etats-Unis où, après changement des euros en dollars, elles s’apprêtaient à partir à Hong-Kong. Et, après un mois de démarches incessantes, elles ont fini par revenir à l’expéditeur.
Il faut dire que les banques communiquent en chaîne en suivant le chemin des transactions. Il n’est pas question que la première contacte directement la dernière...
La chance et la pugnacité ont permis d’éviter la catastrophe.
Philippe Debref, qui avait obtenu un prêt pour effectuer ses commandes, aurait été coulé avant même d’avoir pu vraiment démarrer.
Il a bénéficié d’une mobilisation exceptionnelle des banques qui découvraient en même temps que lui, une forme d’arnaque jusqu’ici inconnue.
Après recherche des traces laissées par l’ordinateur du pirate, Philippe Debref a acquis la certitude qu’il se trouvait au Nigeria. Un pays où la France n’a aucun moyen d’intervenir...
La seule parade consiste aujourd’hui à alerter les potentielles victimes.

Lionel Thomassin
Vendredi 17 Avril 2009
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