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Effectifs scolaires : Ça devient dramatique

A la rentrée, la Haute- Marne va encore perdre 402 élèves et 23,5 postes d’enseignants. A force, ça devient dramatique. Selon une étude très intéressante de l’UNSA, Chaumont a ainsi perdu 44 classes et 7 écoles en 10 ans.



Avec la perte de 3239 élèves et la suppression de 179 classes en 10 ans, Jean-Claude Ancelin et Jacques Maurice se demandent «où va la Haute-Marne». 
Avec la perte de 3239 élèves et la suppression de 179 classes en 10 ans, Jean-Claude Ancelin et Jacques Maurice se demandent «où va la Haute-Marne». 
Cette année, comme les années précédentes, la Haute-Marne va encore perdre des élèves. Dans le 1er degré (écoles maternelles et élémentaires), c’est une baisse de 402 élèves qui est prévue pour la rentrée prochaine. Résultat : la Haute-Marne est censée rendre 23,5 postes au titre de la «solidarité nationale». Ce qui va se traduire par la disparition de 7 classes et la suppression de 6 postes RASED (réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté) et de 9,5 «postes divers» (enseignants non chargés de classe, assurant de l’animation ou du soutien, ou travaillant au CDDP ou à l’IUFM).
«C’est lourd et chèrement payé», commente Jean-Claude Ancelin, secrétaire général du syndicat d’enseignants UNSA, qui conteste par ailleurs le terme de solidarité. «La solidarité, ça consiste théoriquement à donner davantage aux plus démunis», s’insurge-t-il. «La baisse des effectifs est une réalité en Haute-Marne. Et le maintien de classes à 7 ou 8 élèves n’est pas une solution. Mais dans les zones rurales, il y a des paramètres à prendre en compte comme les temps de transport et les circuits de ramassage. Il faut maintenir les structures au plus proche de la population. Et il faut bien admettre que dans ces conditions un département rural coûte plus cher… »

Les villes concentrent 95,3% de la baisse de population

Reste que ces 23,5 emplois, c’est l’équivalent d’une petite entreprise. Il faut y ajouter les suppressions de postes dans les collèges et les lycées, l’académie de Reims étant particulièrement taxée. Et cela fait des années que ça dure. Secrétaire général du SE-UNSA entre 1985 et 1995, et aujourd’hui en retraite, Jacques Maurice s’est amusé à comparer les nombres d’élèves et de classes entre 2007-2008 et 1997-1998 et à les rapporter à l’évolution du nombre d’habitants durant la même période. La «population légale» de la Haute-Marne est ainsi passée entre 1999 et 2009 de 194 873 à 187 652 habitants. Soit une perte de 7 221 habitants au cours des dix dernières années (contrairement à une idée trop souvent répandue, notre département ne perd donc pas 1000 habitants par an !).
Ce qui est spectaculaire, c’est que les villes de Saint-Dizier (-3801), Chaumont (-1531), Langres (-1061) et Joinville (-494) concentrent 95,3% de la cette baisse de population.
«Dans le même temps, l’évolution des effectifs des écoles maternelles et élémentaires du département a subi une érosion encore plus dramatique», souligne Jacques Maurice. Le nombre d’élèves scolarisés est en effet passé de 20 632 en 1997-1998 à 17 393 en 2007-2008. Soit une différence de 3239 élèves qui s’est traduite par la fermeture de 179 classes (et la suppression d’autant de postes d’enseignants) en 10 ans.

Chaumont a perdu 44 classes et 7 écoles en 10 ans

On en déduit logiquement que les personnes amenées à quitter la Haute-Marne ont très souvent des enfants. Et c’est tout aussi logiquement le milieu urbain qui subit le plus grand nombre de fermetures de classes. En 10 ans, la ville de Chaumont a ainsi perdu 14 classes maternelles et 30 classes élémentaires, soit un total de 44 classes. Elle a également perdu 7 écoles sur la période (Victor-Hugo maternelle et élémentaire, Jean-Zay, Rostand, Tréfousse, Arago, Michelet). Et ce n’est pas fini puisque –à l’initiative de la ville- l’école Guizot va fermer à la rentrée prochaine. Ce qui va donc entraîner la fermeture de 6 classes (2 maternelles et 4 élémentaires) et l’ouverture de seulement 3 classes (1 à Picasso et 2 à Cassin). Ce qui démontre au passage que le regroupement d’écoles (en l’occurrence, Guizot et Cassin) se traduit toujours par une diminution du nombre de classes.

Inquiétudes pour certains collèges de campagne

Il convient également de noter que si la ville de Chaumont a perdu en 10 ans 1531 habitants, les communes environnantes dépendant des collèges Louise-Michel, La Rochotte et Saint-Saëns en ont gagné globalement 517. Ce qui ne les a pas empêchées de perdre 9 classes (dont 8 écoles à classe unique). Ce sont les mystères des mathématiques modernes…
Du côté de Saint-Dizier, la situation est bien pire puisque les communes environnantes ont également perdu de la population (-259) et que le secteur a perdu pas moins de 62 classes !
Si les villes sont les plus touchées, Jacques Maurice se demande tout de même comment certains collèges de campagne vont pouvoir tenir le coup avec le faible nombre d’habitants qu’il y a dans leur secteur : 2017 par exemple du côté de Colombey, 3342 autour de Froncles et 3207 à Montigny-le-Roi.

Le manque de formations post-bac

Plus généralement, il se demande «où va la Haute-Marne». Et il lui semble urgent de réfléchir aux solutions capables d’enrayer ce déclin du département dont le slogan touristique, si rien n’est fait, pourrait se transformer selon lui en «La vie était ici».
Jacques Maurice reste convaincu que le manque de formations post-bac explique en grande partie la baisse de population, alors que des départements comme la Meuse et la Haute-Saône bénéficient d’antennes universitaires. «Le problème, c’est qu’on parlait déjà de tout ça, comme d’ailleurs de l’électrification du Paris-Bâle, du temps de Berchet, Delong et Fèvre», se souvient-il. «C’est il y a plus de 20 ans que les décisions auraient dû être prises. Aujourd’hui, il est peut-être malheureusement trop tard…»

Christophe Poirson
Vendredi 13 Mars 2009
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