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Déportation : Thierry Simon nous parle de l’essentiel



Nous publions ici le discours que Thierry Simon a prononcé dimanche dernier au cimetière de Clamart lors de la cérémonie de la déportation. Discours qu’il a introduit par cette phrase d’un rescapé : «Ceux qui n’y ont pas été n’y pénétreront jamais, ceux qui y ont été n’en sortiront jamais : le camp est hors du monde».
On comprend bien qu’il est impossible d’appréhender l’horreur des camps si on ne l’a pas vécue. Mais on peut au moins en saisir une part en évoquant le sort de ceux que la ville a connus. Contrairement à ces «anti-humains» qui voudraient en faire un détail de l’histoire, Thierry Simon nous rappelle ce qu’est l’humanité et comment elle peut se définir face à un tel cataclysme. Il nous parle ainsi de l’essentiel :
«Chaque année en ce lieu qui contient, dans la crypte, l’urne de terre et de cendres ramenée d’Auschwitz, est rappelé le martyre de nos compatriotes chaumontais d’origine juive qui subirent aussi le sort de ces millions de malheureux exterminés dans les camps nazis.
«Au nom de ces familles dont il ne reste pour la plupart plus de trace mais qui vivent encore dans la mémoire et le cœur de certains d’entre nous, je vous remercie de votre pensée, de votre recueillement et de considérer la responsabilité qui est la nôtre, à tous les niveaux, dans le combat pour la défense des valeurs républicaines et le refus d’idéologies dévastatrices de la culture et de l’humanisme.
«Répertoriés selon les lois de Vichy et marqués de l’étoile jaune, vieillards, femmes et enfants, dont on vient d’évoquer les noms, ont ainsi subi, ici comme dans toute l’Europe soumise à l’envahisseur allemand, la mise en œuvre de la Solution Finale voulue par Hitler et ses sbires.
Peu se souviennent encore de leur visage, et bientôt, plus personne à Chaumont n’évoquera leur mémoire.
«Comme me le racontait il y a peu Monsieur Petitfour, encore ému 60 ans plus tard, lequel, alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années, a pu observer de la fenêtre de sa chambre au-dessus de la boucherie paternelle, l’arrestation de la famille Baer, les pharmaciens de la rue Pasteur.
«Et dans cette rue, dans l’aube vide et glauque, à l’arrière du camion qui emportait toute la famille, retentit comme un cri qui restera dans la tête de Jean-Paul Petitfour cet appel: «Maman».
«Etait-ce Claude, 2 ans, Nicole 7 ans, Jacqueline, 10 ans ou Eliane 13 ans ?
«Arrivèrent-ils vivants à Auschwitz avec leurs grands-parents, Georges, 81 ans, et Marceline, 74 ans, après ces transports interminables de plusieurs jours et plusieurs nuits sans manger ni boire, dans une promiscuité insoutenable, entassés dans des wagons à bestiaux ?
«Le silence qui suivit, le silence qui les a entourés, eux comme dans tant d’autres familles, dura longtemps.
«La déportation ne distingue pas entre héros et victimes.
«Tous : résistants, militants politiques, otages, tziganes, juifs, homosexuels … raflés, torturés, qui subirent la mort ou la vie des camps, tous étaient des victimes, tous sont et resteront nos héros.
«Il est bon, qu’au delà de l’émotion que suscite l’évocation de ces actes inhumains, au delà de la compassion qu’on éprouve au souvenir, de tous ces pauvres gens arrachés à la vie avec une brutalité inouïe, il est bon de se rappeler qu’ils étaient nos frères, nos sœurs, nos parents, nos grands-parents, oncles ou tantes ou qu’ils auraient pu l’être».

L'affranchi
Vendredi 2 Mai 2008
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