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Conseil général : Animal Explora coûte que coûte

C’est à une quasi-unanimité que les conseillers généraux ont voté en faveur du nouveau projet Animal Explora, à Châteauvillain. L’attrait de ce projet l’a emporté sur les risques de déficit de fonctionnement et quelques handicaps majeurs.



Quasi-unanimité. Sur le dossier Animal Explora, le président du Conseil général Bruno Sido fait preuve d’une ténacité et d’une force de persuasion étonnantes. C’est à une quasi-unanimité que les conseillers généraux ont voté le 3 octobre pour le nouveau projet qui leur a été présenté. Seuls 3 élus sur 32 se sont distingués en préférant s’abstenir : il s’agit de Bertrand Ollivier (Joinville), qui a exprimé un «doute sur le concept», de Marcelle Fontaine (Saint-Dizier Sud-Est) qui s’inquiète de ce que va coûter ce projet «super-ambitieux et trop important», tant en investissement qu’en fonctionnement, alors que «pendant ce temps-là on court derrière les RMIstes pour les contrôler», et de Jean-Luc Bouzon (Saint-Dizier Nord-Est), absent, qui avait donné son pouvoir à Marcelle Fontaine.
Intervenant au nom du groupe socialiste, Denis Maillot (Vignory) a fait très court : «Nous sommes favorables à ce projet, nous voterons pour. Le tourisme, ça me convient. C’est une source de développement économique».
Reformatage. Moins cher que le précédent, le nouveau projet Animal Explora est censé être mieux adapté aux attentes du public. Il s’agit de créer dans le parc aux daims de Châteauvillain une «station touristique forestière pour la famille» avec des équipements qui différencient Animal Explora des autres parcs de vacances : la présence animalière s’ouvre à «l’ensemble de la faune légitime, cohérente avec la latitude de Châteauvillain et non plus limitée à la faune des forêts européennes». L’objectif est de «privilégier le contact en harmonie avec les animaux et de vivre la relation homme-nature».
Le projet repose aussi sur deux résidences de 600 lits et un camping, un restaurant, un centre aqualudique et un centre d’affaires.
Animal Explora doit par ailleurs être «une station où l’accent est mis sur la possibilité de pratiquer le vélo sous toutes ses formes». Les modes de déplacement seront «doux et cohérents avec le site (calèches, tracteurs) et les chevaux de trait seront utilisés pour les tâches d’entretien».
Assez bizarrement, le projet prévoit que l’activité cynégétique (pratique de la chasse en forêt au fusil ou à l’arc, photos, formation à la chasse et aux tirs…) puisse être développée en demi-saison autour de la Porte du Pavillon.
Rien à voir avec Amnéville. A Jean-Philippe Geoffroy (Andelot) qui n’arrêtait pas de parler du zoo et autres équipements de loisirs d’Amnéville (pour dire, entre autres, qu’il fallait prévoir un énorme budget de communication), Bruno Sido a répondu brutalement : «On ne peut pas comparer le concept d’Animal Explora avec le parc d’Amnéville. On n’est pas sur un projet de masse, mais un projet qualitatif. Il ne s’agit pas de faire un gouffre à pognon. Amnéville, c’est tout et n’importe quoi. Il y a même des congrès politiques… Nous, on est dans le droit fil du Grenelle de l’environnement. On veut faire du développement durable».
Trouver 30 millions d’euros, ce n’est pas un problème. Le nouveau projet Animal Explora nécessite un investissement public de l’ordre de 30 millions d’euros (hors taxes) et un investissement privé évoluant entre 11 et 25 millions d’euros (selon la capacité d’hébergement retenue). Bruno Sido l’a dit été répété lors de la réunion du 3 octobre : il n’est «pas question que le Conseil général y aille si le privé n’y va pas». Mais selon lui, il y aurait déjà un et même plusieurs investisseurs intéressés.
Quant au fait de trouver les 30 millions d’euros, ce n’est apparemment pas un problème. «Le Conseil général n’est quasiment pas endetté», rappelle Bruno Sido. «On a toutes les marges de manœuvre possibles. Et puis, on a la dotation du GIP qui représente environ 10% de notre budget global, lequel s’élève désormais à 209 millions d’euros. C’est énorme.»
A ceux qui jugeraient malgré tout cet investissement trop élevé, Bruno Sido rappelle que, mine de rien, le Conseil général a déjà dépensés des sommes très importantes dans le domaine touristique : 18,4 millions d’euros pour le lac du Der entre 1986 et 2008 et 10,7 millions d’euros pour les quatre lacs de Langres de 1990 à 2008. Et il promet que ce nouvel investissement n’obérera pas les capacités du Département de soutenir d’autres projets touristiques en Haute-Marne.
Déficit annoncé. Les concepteurs du projet Animal Explora ne cachent pas que les premières années de fonctionnement pourraient se traduire par un déficit de l’ordre de 500 000 euros par an. Question de Jacques Labarre (Wassy) : «Si ce projet aboutit, pendant combien d’années le Conseil général s’engage-t-il à combler ce déficit ?»
Réponse de Bruno Sido : «Il n’y a pas de fatalité au déficit. Personnellement, je déteste les déficits structurels. Et comme pour Colombey, je mouillerai la liquette pour que ça marche. Mais si on s’aperçoit que nos projets sont structurellement déficitaires, il faut qu’on arrête. Qu’on arrête et qu’on démissionne».
«Il ne faut plus s’auto-flageller». A en croire Michel Saulet (Arc-en-Barrois), «aujourd’hui on n’entend pratiquement plus d’opposition véritable au projet Animal Explora. On a un consensus général sur notre territoire». Et, faisant allusion à une réunion houleuse qui s’était tenue il y a quelques années à Châteauvillain, l’élu local s’adresse ainsi à Bruno Sido : «Je vous remercie d’avoir tenu autant la barre».
Voilà qui donne l’occasion au président du Conseil général de souligner : «Il y a un syndrome bien haut-marnais qui est de dire : ce n’est pas possible, ça ne se fera jamais. C’est bien d’être modeste. Mais il faut avoir des projets ambitieux. Et il ne faut plus s’auto-flageller.»
Des handicaps majeurs. Au cours de son intervention, le représentant d’ODIT France, qui a aidé le Conseil général à reformater son projet, a bien sûr souligné les qualités de ce «projet attractif en terme de marketing». Mais il n’a pas pour autant caché quelques «handicaps majeurs». Primo, la Haute-Marne n’est «pas une destination touristique de 1er choix». Et d’insister : «Vous êtes un peu les derniers de la classe en matière de tourisme».
Deuzio : «Vous n’avez pas une forte densité de population ». Tertio : «Le contexte économique et financier n’est pas génial, à la fois chez les opérateurs touristiques et les opérateurs immobiliers. On n’a pas fait pire…»
Mais comme, dans le meilleur des cas, la mise sur le marché d’Animal Explora interviendra en 2012, la crise ne sera sans doute qu’un lointain souvenir…



«Et Animal explora, et Animal exhuma, à quand Animal exploita...»

Maire-déléguée de Marmesse, commune associée de Châteauvillain, Marie-Rose Patelli nous a envoyé cette réaction :
«Qui pourrait ne pas souhaiter voir châteauvillain se doter d'un camping, d'un caravaning et de chambres d'hôtel ? C'est une demande formulée depuis l'achat du parc de 272 hectares par la commune en octobre1988 (cf. «La Haute-Marne Libérée» du 12/11/1988). Vingt ans plus tard et après plus d'1,8 million d'euros engloutis, le constat est sans appel : un nouveau projet... et toujours aucun investisseur à l'horizon.
De 1600 lits, le projet est revu à la baisse à 600 lits et les sublimes 400 emplois promis lors d'une réunion publique à Châteauvillain en octobre 2003 devraient maintenant se cantonner a une cinquantaine.
Bien dommage que personne n'ait voulu entendre, dès le départ, la population locale qui dénonçait le gigantisme de ce projet et son inadéquation à la région. Mais c'est bien connu, seuls les cabinets d'études détiennent la vérité et le bon sens, mais à quel prix !
En attendant, les 50 hectares achetés par le Conseil Général et les 222 ha mis gracieusement à sa disposition par la commune souffrent d'un manque d'intérêt certain : les murs d'enceinte du parc continuent à s'écrouler, les daims quittent les lieux pour la forêt voisine et l'imposant et merveilleux couvent des Récollets, situé à l'entrée du parc, grand oublié de ce projet, tombe peu à peu en décrépitude (notre photo).
Peut on encore espérer que ce magnifique endroit verra un jour se concrétiser un projet adapté à son environnement, sa population et son histoire... un projet de tourisme vert, incompatible avec l'enfouissement de déchets nucléaire, c'est évident !»
Conseil général : Animal Explora coûte que coûte

Les Coudées Franches

Deguis se moque-t-on ?
Fraîchement élu conseiller général dans le canton de Val-de-Meuse et tout nouveau président départemental du Modem, Jean Lipp s’est fendu d’une déclaration préalable lors de la dernière session du Conseil général. Le benjamin de l’assemblée a réussi à agacer le président Bruno Sido qui lui a envoyé : «Ce n’est pas parce qu’on est élu qu’on a le droit de prendre le micro pour dire n’importe quoi».
Une phrase que le socialiste André Deguis a reprise à son compte en fin de journée, après avoir subi les interventions parfois répétitives de certains élus de la majorité, en y ajoutant ce commentaire amusé : «ça permettrait de raccourcir les débats !»

«L’heure est aux économies»
Dans son intervention, Jean Lipp avait entre autres suggéré que le Conseil général recrute du personnel pour gérer le parc informatique dans les collèges et assurer la maintenance des espaces numériques de travail (ENT). Mais Bruno Sido lui a répondu en établissant cette drôle de comparaison : «Si nous installons des tableaux dans les classes, ce n’est pas à nous de les effacer…» Sous-entendu : l’éducation nationale n’a qu’à se débrouiller.
En tout cas, selon le président du Département, «la solution ne passe certainement pas par l’embauche de personnel». Et d’expliquer : «L’heure est aux économies, même dans l’Education nationale. Le fait que nos jeunes soient mieux formés ne passe pas forcément par des moyens, mais par une volonté des personnels… »
Pigé, les personnels de l’Education nationale ?

Changement d’avis
En début de séance, Jean Lipp s’inquiétait de la cohabitation prévue entre les activités cynégétiques et le projet Animal Explora. Il se demandait également si le Conseil général avait les moyens de «se lancer dans un projet aussi risqué» que celui-ci.
Il semble que le jeune conseiller général ait été rassuré puisqu’en fin de séance il a voté pour le projet. Sans donner d’explication.

Geoffroy amuse la galerie
Jean-Philippe Geoffroy (Andelot) a encore réussi à faire rire ses collègues lors de la dernière réunion du Conseil général. A propos du Mémorial de Colombey, il a lancé ce commentaire (pertinent) à Bruno Sido : «C’est un outil de belle facture… avec une facture qui est belle».
Bredouillant un peu plus tard au sujet d’Animal Explora, Jean-Philippe Geoffroy s’est excusé, en regardant d’un œil amusé le président : «Je n’ai pas la qualité d’un orateur…» Réplique de Bruno Sido, bon prince : «Vous n’avez pas l’habitude, mais vous avez la qualité». Et Geoffroy : «Non, non ! Je suis un gravier par rapport à vous qui êtes une montagne».
Encore un peu plus tard, l’élu d’Andelot a lâché au président, qui semblait le regarder de son piédestal : «Je ne vais pas vous appeler mon Père…»
Jean-Philippe Geoffroy ne se paierait-il pas ouvertement la tête de Bruno Sido ?

Et pan sur la Région !
Pour justifier les dépenses importantes du Conseil général en matière de haut débit, Bruno Sido souligne : «Avec l’accès à l’ADSL, on est à 100% dans l’aménagement du territoire. Et c’est à 100% de la compétence du Conseil régional. Or, qu’a-t-il fait ? Rien ! Alors, nous intervenons…»
Et de prévenir, après avoir mis en avant la proximité du Département : «Que la Région ne s’étonne pas si demain elle connaît quelques avatars». Manifestement, la réforme des collectivités locales promise par Nicolas Sarkozy n’inquiète pas trop Bruno Sido.

Un deuxième pompier pyromane ?
Pour desservir en haut débit les 99 communes haut-marnaises (représentant 2% de la population) non éligibles à l’ADSL, le Conseil général a attribué à une société spécialisée une délégation de service public pour créer un réseau Wimax. Un an plus tard, le résultat n’est pas au rendez-vous. Et le Département va devoir mettre un terme à cette DSP et recourir à une autre technologie (type parabole). Ce qui risque de lui coûter très cher.
«Avec France Télécom, on n’aurait pas eu de souci», se désole Denis Maillot. «Car, comme par hasard, ça marche là où c’est rentable et ça ne marche pas là où ce n’est pas rentable… » Et l’élu socialiste de s’en prendre une nouvelle fois à Bruno Sido davantage en tant que sénateur UMP (censé avoir approuvé la privatisation de certains services publics) qu’en sa qualité de président du Conseil général.
Réponse de l’intéressé, faisant ouvertement allusion à une série d’articles parus récemment dans L’affranchi : «Vous nous refaites le coup du pompier pyromane». Et de préciser : «Le haut débit, comme d’ailleurs la téléphonie mobile, ce n’est pas un service public». Et c’est bien regrettable.

Suivez son regard…
Selon Bruno Sido, «les projets subventionnés à 80%, c’est fini». «D’ailleurs, on peut se demander si on est encore maître d’ouvrage quand on a besoin de 80% de subventions».
Cela dit, le président du Conseil général compte bien se faire aider pour financer le projet Animal Explora. «Je ne doute pas que l’ancien secrétaire d’Etat au tourisme, qui a ses petites entrées, saura trouver quelque chose», a-t-il confié à ses collègues avec le sourire.
Luc Chatel sait ce qu’il lui reste à faire.
En attendant, Denis Maillot joue les faux étonnés : «Je croyais qu’il n’y avait plus de sous dans les caisses de l’Etat…»
Réponse du sénateur : «Il y en a pour ce qu’on veut !»
On l’a en effet constaté depuis le début de la crise financière.

Nucléaire de rien
Question posée par un conseiller général, en aparté : est-ce que les déchets nucléaires de Bricon (si jamais cette commune était retenue pour le centre de stockage des déchets FAVL) vont gêner le projet Animal Explora ? Sans avoir entendu cette remarque, Bruno Sido y a répondu au cours du débat : «Je ne vois pas de dichotomie entre les déchets nucléaires et les projets touristiques». 
C’est même un peu grâce à ces déchets -et aux fonds d’accompagnement du laboratoire de Bure- que le Conseil général imagine pouvoir financer sans difficulté un projet comme Animal Explora....

Christophe Poirson
Vendredi 10 Octobre 2008
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