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Cinémas : rien ne va plus

Les deux salles de l’Eden sont fermées pour au moins trois ou quatre semaines suite à un arrêté du maire de Chaumont. Le Vox bénéficie d’un «avis réservé» de la commission de sécurité. Et le projet de multiplexe au Garage suscite de nouvelles interrogations.



L’Eden a fermé ses portes mardi soir et affiché l’arrêté municipal. Il devrait rouvrir au mieux, dans trois ou quatre semaines, après un nouveau passage de la commission de sécurité. 
L’Eden a fermé ses portes mardi soir et affiché l’arrêté municipal. Il devrait rouvrir au mieux, dans trois ou quatre semaines, après un nouveau passage de la commission de sécurité. 
Mauvaise nouvelle pour les cinéphiles : l’Eden a fermé ses portes mardi soir. Et on ne sait pas quand il les rouvrira. Au mieux, dans trois ou quatre semaines. Mais aucune date précise n’a été avancée pour le moment.
A la suite du passage, le 18 décembre, de la commission communale de sécurité au public qui a émis un avis défavorable à la poursuite de l’exploitation du cinéma, le maire de Chaumont a pris un arrêté, dès le 20 décembre, de fermeture des deux salles. «L’état des locaux compromet la sécurité du public», souligne Luc Chatel dans ce texte qui a été affiché cette semaine à l’entrée de l’Eden. Et pour obtenir le droit de rouvrir son établissement, l’exploitant et propriétaire va devoir remettre aux normes la chaufferie et le local électrique.
Ces nécessités de mise en conformité ne sont pas une nouveauté. Dans son édition du 5 septembre, L’affranchi annonçait d’ailleurs un «Toilettage des cinémas en attendant le multiplexe». «J’ai racheté les salles de Chaumont en 1998 et dès l’année suivante j’ai monté le projet de multiplexe», expliquait alors Jean-Claude Tupin. «Si on m’avait dit qu’il faudrait plus de dix ans pour y arriver, j’aurais rénové les salles dès le début».
Conscient que ce multiplexe ne pourrait ouvrir ses portes, dans le meilleur des cas, qu’en 2010, l’exploitant s’était donc quand même décidé à investir dans ses vieux cinémas. Mais, pour compenser la perte de temps et d’argent liée au projet du Dépôt SNCF abandonné par la nouvelle municipalité, il espérait que la ville de Chaumont lui accorde une aide.

Ce qui était possible sous l’ancienne municipalité ne l’est plus avec la nouvelle

Par dérogation au principe général d’interdiction des aides directes aux entreprises, la loi Sueur autorise les collectivités locales à contribuer au fonctionnement ou aux investissements des salles de cinéma. Mais «je ne vois pas pourquoi on l’aiderait», répond Jean-Michel Zupan, le directeur général des services de la ville, soulignant qu’il existe déjà d’autres types d’aides, notamment du Centre national du cinéma. «Et puis, ça fait dix ans que ça dure. On ne pouvait pas se permettre d’attendre l’ouverture du futur complexe».
La seule aide que la ville a donc accordée à Jean-Claude Tupin, c’est cet arrêté municipal dans lequel Luc Chatel prend un malin plaisir à rappeler les multiples demandes déjà effectuées par la commission de sécurité, les premières remontant effectivement à une dizaine d’années…
S’il avait voulu accuser de laxisme l’ancienne municipalité, le premier magistrat ne s’y serait pas pris autrement. Mais l’ancien Premier adjoint Henri Le Roux préfère parler de réalisme : «On n’a pas fermé les yeux, mais on ne voulait pas que les cinémas disparaissent. Le vrai problème, c’est que le multiplexe n’a pu voir le jour. Et les responsables de cette situation, ce sont les 38 commerçants qui ont saisi le tribunal administratif pour faire capoter le projet…»

Eden Duo sauve les meubles avec deux séances au Vox

En tout cas, Luc Chatel, peut-être aussi à cause de sa position de ministre, n’a voulu prendre aucun risque. Il aurait pu exiger la fermeture du cinéma avant Noël. Mais pour ne pas pénaliser les familles chaumontaises qui avaient prévu d’emmener leurs enfants voir un dessin animé ou un autre film pendant les vacances, il a autorisé la poursuite de l’exploitation jusqu’au début du mois de janvier. A une condition : qu’un technicien spécialisé soit présent pour contrôler les émissions de gaz et détecter le moindre incident…
Pendant la fermeture de l’Eden, l’exploitant a prévu de redéployer une partie de la programmation sur le Vox. Deux séances hebdomadaires d’Eden Duo (cinéma d’art et essai proposé par la MJC) sont ainsi préservées le samedi et le lundi, à 18 heures. Mais à l’impossible nul n’est tenu : cette semaine, par exemple, seulement quatre films sont programmés à Chaumont, contre neuf la semaine dernière.
Et puis, le hic, c’est que le Vox –connu pour ses mauvaises odeurs- n’est pas non plus à l’abri de tout reproche. «La commission de sécurité a donné un avis réservé», reconnaît Jean-Michel Zupan. Mais apparemment, les problèmes sont beaucoup moins graves qu’à l’Eden. Et il n’y aurait pas de menace de fermeture.

Le multiplexe au Garage serait réduit de moitié

Dans un communiqué transmis à la presse en début de semaine, la ville de Chaumont en profite pour préciser que «cette situation démontre plus que jamais l’urgence du projet de cinéma multiplexe de la gare initié par la municipalité». Mais l’exploitant ne paraît pas très emballé par l’idée de faire ça au Garage, près de la gare. Parce qu’il n’y a pas la place pour y loger suffisamment de salles, parce qu’il n’y a pas moyen de toucher à la façade du bâtiment et parce qu’il n’y a pas assez de possibilités de stationnement.
Alors que le projet au Dépôt SNCF consistait à créer un multiplexe de 7500 mètres carrés, avec 9 salles et 2000 fauteuils, celui du Garage serait réduit à 6 salles pour 1000 fauteuils. Soit deux fois plus de salles qu’aujourd’hui, mais guère plus de places (850 places actuellement au Vox et à l’Eden).
«On est actuellement en discussion avec Jean-Claude Tupin», souligne Jean-Michel Zupan. «Le lieu ne lui convient pas. Mais on ne désespère pas… En tout cas, ça ne se fera pas ailleurs. Et on ne peut pas attendre 107 ans pour que ça se fasse».
En clair, si l’exploitant actuel n’est pas intéressé par le projet du Garage, la ville n’hésitera pas à rechercher quelqu’un d’autre. Sans doute que certains grands groupes seraient ravis de travailler avec un maire-ministre… Mais ce ne sera peut-être pas si simple, car Jean-Claude Tupin a aussi des droits à défendre.
Bref, derrière cette malheureuse fermeture de l’Eden, il semble bien qu’il y ait d’autres intérêts en jeu…

Christophe Poirson
Vendredi 9 Janvier 2009
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