Connectez-vous S'inscrire
Découvrez l'actualité et les informations locales sur l'affranchi de Chaumont
Recherche
Rechercher un article



Brèves

Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

Charlie et les drôles de "psy"



Charlie et les drôles de « psy »*
Recommencer à penser et ouvrir la question du sens est une nécessité pour sortir de l’effroi , de la sidération dans lesquels les meurtres de Charlie Hebdo et les morts qui ont suivi nous ont plongés. Pourquoi est-ce aussi une affaire de psy ? L’affaire des psy est de comprendre le psychisme autant que comprendre la société d’aujourd’hui, avec ses nouveaux vides, ses nouvelles souffrances. Nous sommes tous les jours, et de plus en plus, confrontés à des jeunes en manque de repères (re-père) et de lieux de parole possibles, à des familles en plein désarroi, à des victimes qui luttent pour se reconstruire… Notre travail va donc à l’encontre de la conception actuelle de l’humain qui veut le priver de temps, voulant que « ça coûte le moins possible » et surtout qu’on se pose le moins de questions et qu’on recherche le moins de sens possible. Nous sommes à l’opposé de tout cela, puisque nous cherchons le sens à l’histoire de chaque sujet, l’aidons à trouver sa place singulière dans une société que nous avons aussi à analyser. Nous prônons la liberté d’être, « sans souci d’orthodoxie, sans dieu, ni maître », comme dit François ROUSTAND, seul dirigeant de sa propre vie. Les intégrismes et les fascismes de tous bords ont pour but d’empêcher chacun d’accéder à sa propre vérité, d’écouter son propre désir.
Au nombre des victimes le 7 janvier, Elsa CAYAT. Elle était psychiatre, psychanalyste et avait créé une rubrique à Charlie Hebdo (Divan de psy). Elle s’engageait socialement. Réduite au silence parce qu’elle parlait du « palpitant de la pensée », parce qu’elle défendait l’avènement de la liberté subjective, de « l’essor de soi par soi ». Elle passait au crible les faits d’actualité par le prisme de la psychanalyse. A défaut de pouvoir tuer des idées, ils ont tué ceux qui les incarnent. Depuis ce mercredi, nous ressentons tous combien cette liberté est menacée et fragile. Cela ne se passe plus ailleurs, mais chez nous.
Quel rôle pouvons-nous jouer face à cette agression faite à la vie et à la liberté de penser et de dire ? Nous qui, au sein de nos bureaux et cabinets, soutenons la liberté pour chacun, dans sa vie et dans la société. Notre formation scientifique appartient à la grande tradition « qui cherche à libérer la pensée des dogmes, qu’ils soient de nature religieuse, ou qu’ils proviennent de la tradition scientifique établie d’elle-même » (cf : les enfants de la psychanalyse).
Nous ne pouvons que nous associer à tous les rassemblements et mouvements de soutien qui se sont spontanément créés. Ils permettent de panser la plaie d’un corps social blessé par le séisme ressenti par toute la population entre le 7 et le 9 janvier, mais aussi de contenir les atteintes individuelles. Car cet état de choc collectif ne doit en rien masquer les diverses sensibilités individuelles et leurs manifestations singulières. Ces derniers jours, nous avons entendu des récits des évènements, très différents selon les histoires et les spécificités de chaque patient. Nous avons à entendre ces différences et à les respecter. Nous avons aussi à accompagner les personnes qui nous en font part, à trouver le sens que cela prendra dans leur histoire. Nous avons à soutenir la possibilité d’un avenir.
Les « psy » sont bien placés pour savoir combien il est indispensable qu’existent des lieux d’expression tels que Charlie Hebdo qui, par sa liberté, son insoumission et son insolence garantit l’essence même de l’Humain. Qui a dit que le rire était le propre de l’Homme…
La bataille pour la liberté se mène individuellement avec chaque patient aussi bien pour lui-même que dans ses relations aux autres et au monde. C’est ce qui fonde notre éthique et c’est pourquoi nous tenions à signifier notre détermination à vouloir continuer à penser et donner du sens là où semble planer le risque du chaos.
*en référence à Charlie’s Angels

Association des Psychologues de la Haute-Marne
14 janvier 2015


APHM (B.Frosio-Simon/C.Nicot)
Jeudi 15 Janvier 2015
Lu 2406 fois
Notez