Rechercher un article



Envoyez un mail à L'affranchi

laffranchi52@gmail.com

Centre du graphisme : retour sur un premier gâchis

Dans un courrier adressé à L’affranchi, le Directeur régional des affaires culturelles (DRAC) tient à préciser qu’il avait alerté Jean-Claude Daniel sur les risques d’illégalité du projet de centre du graphisme. Ce qui ne l’avait toutefois pas empêché de voter pour... Reste que, dans cette histoire, 240 000 euros de «primes» d’architectes auront été dépensés pour rien. Retour sur un gâchis.



Dans un courrier adressé à L’affranchi, le directeur régional des affaires culturelles (DRAC) Marc Nouschi réagit à l’article paru il y a 15 jours sur l’abandon du projet architectural de Centre international du graphisme de Chaumont. Projet abandonné officiellement pour non respect des procédures d’urbanisme. 
Dans cet article, L’affranchi faisait dire à Pascal Grisoni, ancien élu délégué à la culture et toujours président du festival de l’affiche, que ce problème de PLU (Plan local d’urbanisme) n’avait pas effrayé le directeur régional des affaires culturelles qui faisait partie du jury. «La réalité est toute autre», tient à préciser Marc Nouschi. «J’étais bien présent, en tant que représentant de l’Etat, à ce jury, de même que le conseiller aux arts plastiques de la DRAC et qu’un représentant de la délégation aux arts plastiques du ministère de la culture et de la communication. 
«Avant la séance du jury, l’architecte des Bâtiments de France m’avait alerté sur le caractère hors norme des projets du concours au regard du PLU. En faisant la remarque à M. Le Maire lors du jury du concours, celui-ci a affirmé en séance qu’une modification du PLU était possible après le jury, malgré le doute exprimé par la DRAC sur une action rétroactive en la matière. 
«Suite à cette première alerte, la Direction régionale a saisi la sous-direction des affaires juridiques du Ministère de la culture et de la communication sur le risque d’invalidité du concours. La réponse, confirmant le risque d’invalidation du projet architectural compte tenu du non respect des règles du PLU a été transmise par M. Le Préfet de région à M. le Maire de Chaumont, le 17 décembre 2007». 

Beaucoup trop haut par rapport aux Silos

Bref, si l’on pousse le raisonnement du DRAC jusqu’au bout, le nouveau maire de Chaumont Luc Chatel n’avait pas le choix : il était contraint de déclarer sans suite le concours d’architectes. Sauf que, selon plusieurs témoins, ces réticences n’ont pas empêché le représentant de l’Etat de voter pour le projet... Ainsi que d’autres membres du jury particulièrement expérimentés en matière de projets architecturaux. 
La difficulté principale était liée à la hauteur du nouveau bâtiment de plus de 4000 mètres carrés imaginé par l’architecte lauréat pour un coût de 9,5 millions d’euros hors taxes. Un bâtiment en forme de machine à coudre avec une partie verticale dépassant les 30 mètres alors que les Silos situés juste à côté mesurent une vingtaine de mètres de haut. 
Mais, à la décharge de l’architecte, il faut préciser que le maître d’ouvrage avait laissé entendre qu’il y avait moyen de s’affranchir, dans la limite du raisonnable, des règles habituellement imposées. D’ailleurs, trois des quatre projets examinés par le jury étaient au-dessus da la vingtaine de mètres des Silos...
De deux choses l’une : ou bien le jury déclarait le concours infructueux, ou bien il choisissait un projet avec l’idée de modifier après coup à la fois ce projet et les règles d’urbanisme. 
C’est cette dernière solution qui a été retenue. Mais les modifications proposées par l’architecte (il s’agissait de mettre le bâtiment un peu en biais pour que les Silos restent visibles lorsqu’on arrivait du viaduc) ne permettaient pas de résoudre tous les problèmes. 


240 000 euros dépensés pour rien

Il fallait encore modifier le PLU. Et aujourd’hui, malgré la réaction du DRAC, Pascal Grisoni n’est toujours pas convaincu qu’il était impossible de le faire après coup. 
«Les avis sont partagés», insiste-t-il, tout en maintenant ses déclarations. «C’est vrai que le problème du PLU a été soulevé lors de la séance, mais, comme je l’ai dit, cela n’avait pas effrayé plus que ça les membres du jury. Ce sont des questions qui se posent assez souvent avec des projets de ce type». 
Il est vrai que si l’on faisait toujours preuve d’une si grande frilosité, bien des projets exceptionnels ne verraient certainement jamais le jour. Mais la nouvelle muncipalité n’a pas voulu prendre de risque sur un projet qui n’était pas le sien. 
Reste que ce concours d’architectes aura coûté cher au contribuable. A raison d’une «prime» de 60 000 euros pour les quatre cabinets concourant au final (il y en a eu plus de 140 qui avaient postulé au départ), ce sont 240 000 euros qui auront été dépensés pour rien. Et si elle veut réaliser un centre international du graphisme (c’est en tout cas ce qui avait été annoncé pendant la campagne électorale, même si l’expression «musée de l’affiche» était parfois privilégiée), la nouvelle municipalité va être obligée de relancer un concours. Au secours !

Christophe Poirson
Vendredi 2 Mai 2008
Lu 444 fois
Notez

Nouveau commentaire :