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Centre du graphisme : attention au gâchis !

Luc Chatel déclare sans suite le concours d’architectes et enterre donc -pour non respect des règles d’urbanisme- le projet de centre international du graphisme conçu par l’ancienne municipalité. Ce qui suscite bien des interrogations.



Les débuts de mandat se suivent et se ressemblent. En 1995, l’une des premières mesures politiques du maire de Chaumont Jean-Claude Daniel avait été de réduire de 500 000 francs de l’époque la subvention de la ville accordée à l’association du festival de l’affiche. Une décision symbolique, pour marquer sa différence par rapport à la municipalité de Rouvre, sur laquelle il avait toutefois été obligé de revenir quelques années plus tard.
Aujourd’hui, l’une des premières mesures de Luc Chatel concerne aussi le graphisme. Lors du conseil municipal du 11 avril, le nouveau maire a déclaré, à propos du projet de centre international du graphisme : «Nous allons devoir déclarer sans suite le concours d’architectes pour non respect des procédures d’urbanisme».

Déjà 300 000 euros d’études

Après avoir révélé que ce projet avait déjà coûté plus de 300 000 euros (dont 240 000 euros rien que pour le concours d’architectes), Luc Chatel a toutefois précisé que Chaumont avait toujours besoin d’un lieu permanent dédié au graphisme, mais qu’il y avait «un projet à réinventer».
Concrètement, le projet de l’ancienne municipalité est bel et bien enterré. Et cette déclaration du maire au conseil municipal n’a suscité aucune réaction de l’opposition de gauche, dont certains élus sont les anciens adjoints de Jean-Claude Daniel…
Pour pouvoir conduire ce projet jusqu’au bout, il fallait modifier le plan local d’urbanisme (PLU), ainsi que la zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAU). Ce qui nécessitait une procédure assez longue.
L’autre solution consistait à demander à l’architecte lauréat, Stéphane Maupin (Agence Fantastic) à qui l’on doit, entre autres, le restaurant du Palais de Tokyo à Paris, de modifier son projet. Mais cela pouvait être assimilé à une modification des règles du concours d’architectes et la ville prenait le risque de se faire attaquer par les non lauréats.


Pascal Grisoni : «Il y a toujours eu de la part de l’ancienne opposition devenue majorité une certaine ambiguïté sur ce dossier»

Finalement, Luc Chatel a préféré arrêter les frais. D’autant qu’il semble avoir envie de réétudier le projet. Et c’est bien ce qui inquiète l’ancien élu délégué à la culture et toujours président du festival de l’affiche Pascal Grisoni. «J’éprouve un sentiment de regret», déclare-t-il à L’affranchi. «C’est vrai qu’il y avait un problème par rapport au PLU, que l’on rencontre très souvent dans ce genre de projets et qui n’était d’ailleurs pas uniquement le fait du lauréat mais aussi d’autres architectes. Mais ce problème semblait pouvoir être surmonté. En tout cas, ça n’a pas effrayé François Barré, ancien directeur de l’architecture et du patrimoine au ministère de la Culture, ou encore le directeur régional des affaires culturelles, qui faisaient partie du jury…»
«Le geste de Luc Chatel est avant tout un geste politique, pour marquer sa différence, et un message adressé à certains de ses colistiers qui n’ont jamais été des défenseurs enthousiastes de ce projet», poursuit Pascal Grisoni. «Il y a toujours eu, de la part de l’ancienne opposition devenue majorité, une certaine ambiguïté sur ce dossier. Et j’ai une crainte : que le projet «réinventé» soit revu à la baisse et qu’on finisse par être dans la demi-mesure. Ce serait une erreur. Il faut être réellement ambitieux.»


«Dommage que Luc Chatel ne se positionne pas clairement»

Pascal Grisoni rappelle que le projet de centre international du graphisme a été inscrit au contrat de projet Etat-Région (CPER) et qu’il ne dépend pas uniquement de la ville de Chaumont, mais aussi de l’Etat, de la Région et de la profession des graphistes. Tous ces partenaires s’étaient mis d’accord sur le fait qu’il fallait non seulement un lieu de conservation et d’exposition des affiches, mais aussi un lieu de création, de recherche et de formation sur le graphisme en général. Bref, un lieu de référence qui n’existe pour le moment nulle part en France et qui ne soit pas un simple musée de l’affiche. «Si on réduit la voilure et les ambitions, la ville se retrouvera toute seule et tout risque d’être perdu», insiste Pascal Grisoni qui trouve «dommage que Luc Chatel ne se positionne pas clairement, en tant que maire, sur ce sujet».
Ça va peut-être venir…

Attention à ne pas jeter
le bébé avec l’eau du bain


Cette semaine encore, un journaliste de L’affranchi s’est trouvé aux Silos en même temps qu’une visiteuse qui demandait à l’accueil où se trouvait le «musée de l’affiche»...
Si Chaumont a une carte à jouer dans un domaine, c’est bien dans celui du graphisme et de l’affiche. Des retombées sont espérées en matière de vie culturelle, mais aussi dans le domaine de la formation, du développement économique et même du tourisme. 
D’ailleurs, si Jean-François Millier et les graphistes Pierre Bernard, Alex Jordan et Vincent Perrotet ont accepté de s’occuper du festival, après le départ d’Alain Weill en 2002, c’est bien parce que la ville avait l’intention de créer avec ses partenaires un centre permanent du graphisme. 
Organiser tous les ans un festival de l’affiche sans projet derrière ne servirait à rien. Luc Chatel l’a bien compris qui, en tant que député, s’est battu aux côtés de Jean-Claude Daniel pour faire avancer le projet de centre du graphisme. Mais il ne faudrait pas qu’en tirant un trait sur le projet de l’ancienne municipalité, Luc Chatel jette le bébé avec l’eau du bain. 

Le maire n’a pas encore rencontré l’association du festival et la direction artistique

Déjà, le décès en début d’année de Jean-François Millier, qui a beaucoup oeuvré pour ce projet, a représenté une grande perte pour la ville de Chaumont. Il ne faudrait pas que s’y ajoute maintenant des interrogations de la part des partenaires après la décision de Luc Chatel, ainsi qu’une forme de lassitude du côté de la direction artistique du festival (Pierre Bernard et les autres) dont la convention avec la ville arrive à échéance cette année.
Le nouveau maire peut sans doute rassurer tout le monde. Mais jusqu’à présent, il n’a pas trouvé le temps d’assister à une réunion avec les organisateurs du festival de l’affiche, ni de rencontrer la direction artistique. 
Elu par le conseil municipal comme l’un des représentants de la ville au sein de l’association du festival, Thierry Simon s’interroge aussi toujours sur ce qu’on attend de lui. Sera-t-il le prochain président du festival ? Face à l’adjoint Vincent Galantier, aura-t-il vraiment les coudées franches ? 
L’intéressé ne cache pas que si le maire n’éclaircit pas rapidement la situation, il saura en tirer les conséquences...
En attendant, Pascal Grisoni entend rester président du festival jusqu’à la prochaine assemblée générale qui devrait se tenir plus tôt que d’habitude, courant juin. «Thierry Simon devrait être le candidat de la municipalité et je ne me présenterai pas contre lui», précise-t-il. 
Reste à savoir si Thierry Simon aura toujours envie d’être président...

Christophe Poirson
Vendredi 18 Avril 2008
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