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Cause toujours !

A la fin de la réunion du Conseil municipal, Luc Chatel est allé remercier l’opposition pour la qualité des débats. Mais ceux-ci n’ont servi à rien...



Jean-Michel Zupan le directeur général des services de la ville a dû être bien surpris samedi matin. Lui qui était en poste à Saint-Dizier il y a quelques mois encore a connu des réunions très agitées. En pleine séance du Conseil municipal, il a vu des manifestations pétaradantes, avec fumigènes, cris et invectives de toutes sortes, envahissant toute la salle, jusqu’à la table du maire.
Sachant que samedi, la MJC organisait une manifestation et s’invitait au Conseil municipal, il devait donc s’attendre à quelques mouvements mal contrôlés. Mais il n’en fut rien. Pancartes en mains, les mécontents sont restés sages comme des images. Ils ont même respecté l’emplacement qui leur était réservé. Si bien que plus de la moitié d’entre eux sont restés dehors.
En fait, le directeur de la MJC, Michel Prost, avait auparavant fait la leçon aux militants. Il leur avait expliqué que, s’agissant d’une association d’éducation populaire, la Maison des Jeunes et de la Culture se devait de respecter les institutions.
Luc Chatel en revanche n’a pas eu la même correction.
Il avait permis à Rose-Marie Agliata de faire une déclaration avant que la réunion ne commence officiellement. Mais tout au long du plaidoyer de la présidente, le maire-ministre s’est ingénié à s’intéresser à autre chose. Il annotait ses dossiers, interrogeait les responsables de services placés derrière lui, causait avec ses voisins...
Lorsqu’elle a eu fini, il ne lui a rien répondu. Et, avant de lancer les débats du Conseil municipal, il a exigé que l’opposition retire l’écriteau trônant sur sa table.
Un peu plus tard, en pleine réunion, Fatyha Benrezzac lui a vertement reproché son attitude désinvolte face à la présidente de la MJC, ajoutant qu’il se préoccupait évidemment de se montrer sous un meilleur jour lorsqu’il passait à la télévision. Cette remarque a soulevé les applaudissements. Mais Luc Chatel n’a pas manqué de rappeler au public qu’il lui était interdit de se manifester. Il a considéré par ailleurs qu’il s’agissait d’une attaque personnelle et il a voulu préciser que Rose-Marie Agliata lui avait donné son texte au préalable. Il aurait donc pu suivre sur le papier...
Ce qu’il n’a visiblement pas fait, cependant.
A la fin de la réunion, Luc Chatel est allé voir les membres de l’opposition. C’était pour les féliciter et les remercier pour l’excellente tenue du débat. Patrick Lefèvre lui a aussitôt déclaré : «Tout cela est bien gentil. Mais je suppose que tout ce que nous avons dit ne changera rien aux décisions que vous avez l’intention de prendre...».
Pour toute réponse, avant de s’éloigner, Luc Chatel s’est contenté de lui adresser un petit sourire...
Cause toujours !

Cause toujours !
Les petites phrases du conseil municipal

- Rose-Marie Agliata, présidente de la MJC : «En 1955, c’est Jean Masson, maire de Chaumont et secrétaire d’Etat, qui a directement contribué à la création de la MJC dans sa ville. C’était l’une des premières MJC de France. Il serait bien navrant que, 53 ans plus tard, cette même maison soit mise à mort par un autre maire, secrétaire d’Etat lui aussi, et porte-parole du gouvernement».
- Lionel Blondelle : «Il y a une vie -et quelle vie !- en dehors de l’entreprise et du supermarché. Vous êtes en train de démanteler une des principales associations d’éducation populaire de notre ville. Nous nous y opposerons avec une fermeté à la hauteur de la brutalité désinvolte que vous manifestez sur ce dossier».
- Patrick Lefèvre : «La dernière fois, on a eu le Père Noël, avec une hotte pleine de projets. Je regrette qu’on ait aujourd’hui le Père Fouettard».
- Vincent Galantier : «On nous avait dit que la MJC ne passerait pas l’été. Elle est toujours là».

Aujourd’hui, la MJC, c’est...

Au cours de son intervention liminaire, Rose-Marie Agliata a rappelé que la MJC de Chaumont, c’est aujourd’hui «11 salariés représentant 8 équivalents temps plein, 30 activités pour un millier d’adhérents réguliers, des animations culturelles et sociales, le développement du pôle musical (plus de 100 musiciens et 15 groupes), un festival de cinéma et une programmation d’art et essai, l’animation d’une partie de la vie associative». 
Elle a ajouté : «Dans les dix dernières années, la MJC a pu et su créer des postes, pérenniser des emplois aidés et former des animateurs confirmés. Depuis 2 ans, la MJC clôture ses comptes avec un résultat positif. Elle a commencé à élaborer un projet de développement d’envergure qui demande et attend d’être lu et discuté avec ses partenaires dont la Ville».

Putain, un an !

Lors du dernier conseil municipal, l’adjoint à la culture Vincent Galantier a évoqué publiquement le départ en retraite du directeur de la MJC de Chaumont. Michel Prost n’ayant que 58 ans, il faut donc en déduire que la municipalité ne se pose même pas la question de savoir s’il a l’intention de répondre aux encouragements du gouvernement à travailler jusqu’à 70 ans.
En dénonçant dans l’urgence, avant le 31 décembre, la convention qui la lie à la fédération française des MJC, la ville semble d’ailleurs espérer que Michel Prost prenne sa retraite dans un an, à l’issue du préavis. Mais on imagine que l’intéressé aura quand même son mot à dire.
Et si Michel Prost rempilait ?
Si la ville dénonce cette convention avec la fédération française des MJC, ce n’est pas, dit-elle, pour supprimer le poste de directeur. Mais pour que le prochain directeur ne soit pas imposé par une structure parisienne. 
«A partir de 2010, il s’agira d’avoir un nouveau directeur», déclare Vincent Galantier. «Là, ce sera la liberté, avec un vrai fonctionnement démocratique et un appel à candidatures». 
Michel Prost tient toutefois à rappeler qu’il a lui-même été «choisi» par l’association et que «si la fédération française présente un directeur, c’est toujours le conseil d’administration qui choisit, qui dit oui ou non». Il ajoute que le conseil d’administration est aussi en capacité de se séparer du directeur s’il ne lui fait plus confiance. 
Enfin, Michel Prost n’a pas besoin de la fédération française des MJC pour être directeur. Il connaît des collègues à qui c’est déjà arrivé et il pourrait très bien être candidat à sa succession dans un an. Et donc être éventuellement réembauché par le conseil d’administration. Sauf si la ville entend choisir elle-même le nouveau directeur. Mais là se posera la question de la liberté et de l’indépendance de l’association. Et, comme le dit Vincent Galantier, de son «vrai fonctionnement démocratique». 

Les risques de la municipalisation

On sent bien, derrière cette affaire de MJC, une tentative de municipalisation. La ville veut désormais peser sur le choix du directeur et sur les actions de l’association. Au dernier conseil municipal, le maire a même déclaré que «si la ville est amenée à récupérer des activités de la MJC, elle réintégrera les emplois» qui vont avec. 
Ce désir de municipalisation ne touche pas que la MJC. On a vu que pour la présidence de l’association du festival de l’affiche, c’est un adjoint, Vincent Galantier, qui a été préféré à une personnalité extérieure. C’est désormais aussi une adjointe, Céline Vancrayenest, qui préside l’office de tourisme, en remplacement de Claude Martin (qui était non élu). On imagine que si Luc Chatel pouvait aussi remplacer Rose-Marie Agliata par un de ses adjoints à la présidence de la MJC, il ne se gênerait pas... Mais cette municipalisation n’est pas forcément une garantie financière. Quand la MJC essuie un déficit de 10 000 euros à cause d’un concert qui n’a pas marché (celui de Robert Charlebois, il y a quelques années), tout le monde crie au scandale. Mais quand la ville dépense 150 000 euros et n’encaisse que 25 000 euros de recettes pour le concert de Calogero, personne ne parle de déficit...

L' affranchi
Mercredi 24 Décembre 2008
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