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Bourbonne se prescrit une cure (coûteuse) de remise en forme

Pour compenser la chute du nombre de «curistes traditionnels», la commune de Bourbonne-les-Bains lance une opération «remise en forme». Coût total des travaux : 32 millions d’euros.



André Noirot : «Si on ne fait rien, on va se retrouver dans 10 ans avec 5000 curistes. Et c’est la mort assurée». 
André Noirot : «Si on ne fait rien, on va se retrouver dans 10 ans avec 5000 curistes. Et c’est la mort assurée». 
En moins de 20 ans, la station thermale de Bourbonne-les Bains est passée de 15 000 curistes à moins de 10 000. Cette chute de fréquentation n’est pas propre à la station haut-marnaise. Elle est principalement liée à la diminution des remboursements de la sécurité sociale et au fait que les jeunes médecins semblent croire de moins en moins au thermalisme.
Le maire de Bourbonne-les-Bains, André Noirot, lui, y croit toujours. «Bourbonne est l’unique station thermale de Champagne-Ardenne», souligne-t-il. «Ça fait plus de 2000 ans que tout le monde connaît les vertus de notre eau. Et il est quand même bon de rappeler qu’on attire plus de curistes que toutes les stations vosgiennes réunies, c’est-à-dire Vittel, Contrexéville et Bain-les-Bains.»

Hôtel, studios, restaurant, mini-golf, pistes cyclables, parc animalier...

Malgré tout, l’élu haut-marnais est sûr d’une chose : «Si on ne fait rien, on va se retrouver dans 10 ans avec 5000 curistes. Et c’est la mort assurée».
Son idée, c’est donc de développer, en plus des cures traditionnelles, des séjours de remise en forme avec des soins «santé» (ostéoporose, mal de dos, etc.) mais aussi des soins dits de «bien-être» (esthétique, massage…) et des soins «sportifs» (aquagym, cours collectifs d’activité physique, cardio-training…).
En réalité, Bourbonne-les-Bains propose déjà ce genre de choses depuis quelques années. «En 2007, on a réalisé 3200 cures de remises en forme, sans faire beaucoup de publicité et sans avoir vraiment les équipements», s’enthousiasme André Noirot. «C’est d’ailleurs ça qui permet de maintenir le chiffre d’affaires».

Le privé prêt à investir

Outre les équipements de remise en forme, le projet que défend le maire prévoit aussi de mettre le paquet sur les conditions d’hébergement et de restauration, avec la réalisation d’un hôtel de type 3 étoiles, d’une résidence comprenant une cinquantaine de studios et d’un restaurant de grand standing. Sans oublier l’amélioration de l’environnement avec, entre autres, la restructuration du mini-golf, l’aménagement de pistes cyclables et l’embellissement du parc animalier.
Coût total du projet : 32 millions d’euros. Soit, pour donner une idée, quasiment une fois et demi ce qu’a coûté le Mémorial Charles-de-Gaulle. Mais la partie hébergement et restauration (14 millions d’euros) est censée être financée par un pool privé réunissant le groupe Valvital, actuel concessionnaire des thermes, la Caisse des dépôts et consignations, la Caisse d’Epargne et le Crédit Mutuel.
Le complexe de remise en forme (11 millions d’euros pour la première phase) devrait quant à lui être financé par des partenaires publics : Etat + Europe (30%), Conseil régional (20%), Conseil général (15%), GIP (15%) et commune (20%).

Un courrier du Premier ministre

Pour le moment, ces différents partenaires ne se sont engagés que sur les études (étude de faisabilité, étude technique et étude de marketing) qui doivent être réalisées en 2009 et qui vont coûter 300 000 euros. André Noirot est toutefois très confiant pour la suite.
Sans doute parce que le projet est défendu au plus haut niveau par le secrétaire d’Etat et porte-parole du gouvernement Luc Chatel, c’est le Premier ministre en personne qui a écrit au maire de Bourbonne-les-Bains pour lui annoncer que l’Etat acceptait de participer au financement des études par le biais d’une subvention de 75 000 euros au titre du FNADT (fonds national d’aménagement du territoire). Quant au Conseil général, il s’est déjà engagé financièrement pour la suite, sous réserve du résultat des études. «Tout le monde croit au projet», insiste le maire. «Le préfet s’est aussi beaucoup impliqué».
La petite commune de 2500 habitants a également voulu se donner les moyens de mener cette opération. D’abord, en rachetant à l’Etat le domaine thermal il y a trois ans. Ce qui lui permet aujourd’hui d’être initiatrice. Ensuite, en acquérant l’hôtel du parc et l’ancien refuge des cheminots pour constituer une réserve foncière (car l’établissement thermal est aujourd’hui au taquet). Enfin, en s’assurant une capacité d’investissement grâce aux retombées du casino. Chaque année, celui-ci reverse à la commune 7% du produit des jeux. Soit une somme de l’ordre de 320 000 euros.

Grâce aux retombées du casino

«Cette année, malgré la crise, et alors qu’on observe ailleurs une chute des recettes des casinos de 15 à 20%, on va toucher exactement la même somme que l’an dernier», se félicite le maire. «Le casino contribue à faire venir du monde et fait connaître Bourbonne grâce à ses séminaires et ses nombreuses animations», poursuit-il.
Toutefois, même si sa dette n’a pas augmenté depuis 20 ans, André Noirot précise que sa commune n’a pas les moyens d’investir plus de 2 millions d’euros dans les six ans qui viennent. Et que si jamais un partenaire fait défaut (sa plus grosse inquiétude concerne l’Etat), c’est tout le projet qui tombera à l’eau.
Si les études sont positives et si les financements sont réunis, les travaux pourraient démarrer dès 2010. Et ils devraient durer deux ans. «L’objectif, c’est d’ouvrir la station toute l’année et non plus comme aujourd’hui du 1er mars au 30 novembre», ajoute le maire de Bourbonne. «Cela évitera d’avoir une ville morte hors saison».
A la clé, il y a une quarantaine d’emplois. Et des retombées pour le commerce local, dont la densité –grâce aux curistes- est évidemment moins importante qu’à Saint-Dizier, Chaumont et Langres, mais quand même plus élevée qu’à Joinville et Nogent qui comptent davantage d’habitants. «De toute façon, on n’a pas d’autre alternative», conclut André Noirot. «Le canton a perdu des centaines d’emplois dans le secteur du bois. Et même si la société qui fabrique des velux tourne bien et emploie une centaine de personnes, il ne faut plus rêver : on n’arrivera pas à faire venir de grosses entreprises dans notre coin. On est loin de tout. Notre seul atout économique, c’est l’eau…»

Christophe Poirson
Vendredi 9 Janvier 2009
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