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Armée : la belle victoire de Luc Chatel

Avoir réussi, contre vents et marées, à maintenir le 61e RA à Chaumont est un bel exploit de la part du maire-ministre. L’affranchi raconte le combat qu’il a mené - contre le ministre Hervé Morin notamment - et dont l’issue est longtemps restée incertaine. Par ailleurs, si les mesures annoncées dans le reste du département se confirment (260 militaires de plus en 2014 et installation de Thalès à Langres avec aide à la reconversion du site de 2 millions d’euros) on pourra dire que le livre blanc aura été une belle opération pour la Haute-Marne.



Dans ses deux derniers numéros, L’affranchi a laissé entendre qu’il y avait lieu d’être optimiste pour l’avenir du 61e RA en Haute-Marne. Les informations qui voulaient bien filtrer nous indiquaient toutes que le régiment allait être maintenu à Semoutiers. Mais elles étaient toujours données de manière très officieuse. Car il ne s’agissait pas, en fanfaronnant, d’indisposer ceux qui avaient enfin décidé du maintien.
Il faut dire qu’on revenait de loin.

Dès le début, le 61e RA était partant pour Metz

Tous les Chaumontais qui connaissaient une personne assez bien placée au 61e RA avaient appris depuis bien longtemps que le régiment allait partir. Avec la mise en place du livre blanc ils avaient même appris la destination : le 61e RA devait être transféré dans la région de Metz. C’est d’ailleurs ce que le quotidien national Libération a confirmé début avril. Il donnait la liste des villes concernées par un «abandon de garnison». Et Chaumont en faisait partie.
Aussitôt, Luc Chatel s’était rendu sur les lieux. Il expliquait que l’information s’appuyait sur un document interne à l’armée datant de deux mois. L’étude portait sur la nécessité de regrouper les régiments afin de mutualiser certaines fonctions, histoire de réaliser des économies.

Aucun argument local n’était retenu

Mais, ayant auparavant longuement discuté avec les officiers du quartier d’Aboville, Luc Chatel précisait que le rapport en question ne tenait pas compte de l’aspect opérationnel. Une étude complémentaire montrerait bientôt qu’il serait difficile de faire fonctionner les drônes aux alentours de Metz. L’espace aérien y est autrement plus occupé qu’à Semoutiers...
C’était logique et rassurant. Mais il semble qu’en haut lieu, l’argument n’ait jamais vraiment porté.
Puisque les drônes du 61e RA volent régulièrement en Afghanistan et en Afrique, il ne devrait pas être bien compliqué de les éloigner de Metz de temps en temps pour effectuer des manœuvres.
L’autre réponse possible (et celle-là a été bien défendue par Bruno Sido) c’était de dire : «puisque vous voulez regrouper les régiments faites-le plutôt chez nous. On a de la place !».
Mais les tenants du projet de Metz ont fait savoir qu’il était difficile de recruter pour Chaumont. Les jeunes militaires ne veulent pas y aller parce qu’il n’y a pas de loisirs (même pas de boîte de nuit). Ceux qui sont mariés craignent de ne pas trouver un emploi pour leurs conjoints. Et les plus anciens préfèrent les endroits où leurs enfants pourront suivre des études après le bac.

Coup bas ministériel par Canard interposé

Inutile de dire qu’à ce moment-là Luc Chatel avait un peu de mal à défendre le maintien du 61e RA à Semoutiers. D’autant qu’Hervé Morin, le ministre de la défense, s’ingéniait à lui savonner la planche.
Une discussion entre quatre membres du gouvernement avait curieusement été rapportée au Canard Enchaîné. On y apprenait que Luc Chatel cherchait l’appui de Nicolas Sarkozy dans le bras de fer qui l’opposait à Hervé Morin. La fuite (venant forcément d’un ministre) avait été organisée pour couper l’herbe sous le pied du maire de Chaumont.
La France entière apprenait que le ministère de la défense jugeait le dossier chaumontais irrecevable. Le Président de la République ne pouvait plus, dès lors, le soutenir en sous-main.
Maintenir le 61e RA à semoutiers aurait été vu (à juste titre) comme un privilège accordé au porte parole du gouvernement. Nicolas Sarkozy ne pouvait pas sortir à ce point de ce rôle d’arbitre. Tant d’autres villes n’attendaient que cela pour s’engouffrer dans la brèche.
Tout semblait donc fichu.

L’exception qui récompense la pugnacité

Et puis, nouveau rebondissement, Hervé Morin, qui avait toujours dit que l’armée n’était pas là pour faire de l’aménagement du territoire, a été amené à déclarer qu’il ferait quelques exceptions.
Dès lors on a su que le soldat Chatel était sauvé. La Haute-Marne étant le département de France qui perdait le plus d’habitants, il était évident qu’il obtiendrait gain de cause.
Il est donc finalement sorti vainqueur de son bras de fer avec le ministre de la défense nationale.
Mais pour gagner complètement la partie, il était important aussi de rassurer l’armée sur les capacités d’accueil de Chaumont.
Luc Chatel s’était empressé de signer une convention promettant de faciliter l’emploi local des conjoints de militaires. Il a promis aussi d’associer le régiment aux réflexions de la municipalité sur le développement de la ville.
Il n’a pas encore vu s’ouvrir la discothèque tant attendue (mais ça peut toujours venir) et les formations post-bac auront certainement du mal à se multiplier sur place. Néanmoins, beaucoup de militaires apprécient aussi la qualité de vie locale. C’est en tenant compte de leurs besoins qu’il sera possible de pérenniser l’implantation locale ; bien au-delà de la durée de vie d’un ministre...

La gendarmerie aussi ?

A l’époque où tout semblait perdu pour le 61e RA les Chaumontais tentaient de se rassurer en se disant que les effectifs de l’école de gendarmerie allaient nettement progresser.
Luc Chatel reconnait que cette éventualité est entrée dans les discussions. On pensait que deux ou trois des six écoles françaises allaient fermer et que celle Chaumont, dont l’existence était assurée, allait en profiter. Mais ça n’aurait jamais compensé la perte d’un régiment.
De toutes façons, l’armée a renoncé à traiter aussi cette restructuration. La gendarmerie devant entrer dans le giron du ministère de l’intérieur, il a été décidé de laisser Michèle Alliot- Marie régler la question.
Luc Chatel l’a rencontrée aussi. Il explique que la ville de Chaumont se tient toujours prête à accueillir des effectifs qui seraient retirés ailleurs.
Mais on n’est probablement plus dans les mêmes dimensions. Les fermetures seront certainement moins nombreuses que prévu.
Le Canard enchaîné a écrit récemment que la fermeture de Chatellerault n’était plus d’actualité. Motif, selon le journal satirique : on s’est aperçu que cette vieille ville de gauche venait de se donner un maire UMP et que la principale bénéficiaire aurait été Le Mans, une ville administrée par le PS.

L’armée en Haute-Marne : 142 personnes de plus en 2014

Luc Chatel a donné une conférence de presse à la préfecture en compagnie du préfet et du Délégué minlitaire départemental adjoint.
Luc Chatel a donné une conférence de presse à la préfecture en compagnie du préfet et du Délégué minlitaire départemental adjoint.
Prolongeant la conférence de presse de François Fillon le matin à Matignon, Luc Chatel en a donné une en début d’après-midi à la préfecture de Chaumont. Il a plus particulièrement évoqué la situation de l’armée en Haute-Marne, montrant finalement que le bilan pour le département s’avérerait plutôt positif.
Le projet national consiste d’abord à supprimer les régiments qui n’ont plus d’utilité dans ce qu’on imagine des enjeux actuels (il n’y a plus à craindre par exemple d’invasion de chars venant de l’est). Or, ce volet ne concerne pas les unités installées en Haute-Marne. En revanche, le projet prévoit de privilégier les forces opérationnelles en faisant maigrir la partie consacrée au soutien et à la logistique. Il s’agit donc de regrouper les régiments autour de pôles dont la logistique sera commune. Ce sont les «bases de défense» dont le nombre sera limités à 90.
Ainsi pour pouvoir rester sur place, la BA 113 à Saint-Dizier et le 61e RA à Semoutiers se sont vus accorder le statut de bases de défense. Même si finalement, les deux se retrouveront seuls sur leurs secteurs.

Des compensations et un projet intéressant pour Langres

Pour la base aérienne 113, dont l’emplacement à Saint-Dizier n’a jamais été remis en cause, la chose était prévue. Elle va même recevoir, pour 2014, le renfort de 260 personnes supplémentaires chargée de sa défense propre.
Le 61e RA, qui devait déménager, reste donc sur place lui aussi ; mais sans moyens supplémentaires.
Le détachement de la 15e BSMAT (Base de Soutien du MATérie!), est appelé à quitter Langres en 2011. Il doit rejoindre Nouâtre (Indre et Loire). Ça concerne au total 126 personnes. Mais Luc Chatel annonce une série de mesures plutôt rassurantes.
Il a obtenu d’abord que Langres fasse partie des 16 sites concernés par les «contrats de redynamisation de site de défense» (les CRSD). Avec une aide prévue de 2 millions d’euros. Ce qui est plutôt une bonne chose. D’autant qu’en principe ce dispositif ne devait concerner que les sites perdant plus de 200 personnes. Il y en a trente en France qui se partagent les fameux 320 millions annoncés depuis le début des discussions du livre blanc.
L’argent aidera à mettre en place des mesures propres à compenser les pertes d’emplois. Il y aura aussi des aides fiscales accordées à l’implantation de nouvelles activités économiques. Et puis, si la ville le souhaite, elle pourra récupérer, dans des conditions très avantageuses les locaux actuellement utilisés.
Et ce n’est pas tout : Luc Chatel a annoncé encore qu’il avait peut-être trouvé l’entreprise capable de fournir de l’emploi aux personnes sortant (avec indemnités substantielles) de la BSMAT.
Il a utilisé ses relations de ministre de l’industrie et il a convaincu Thalès (l’ancien Thomson CSF) d’investir à Langres. L’entreprise pourrait reprendre en partie l’activité réparation et entretien de la BSMAT (si l’armée en est d’accord). Avec ses propres activités, elle devrait embaucher entre 100 et 150 personnes.
Si tout cela fonctionne comme prévu, on pourra dire que Langres aura été gagnante, elle aussi, de l’opération livre blanc.

Lionel Thomassin
Samedi 26 Juillet 2008
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