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Alpha laser : un modèle de petites entreprises

L’entreprise de Colombey, qui fête aujourd’hui ses vingt ans et emploie 40 personnes, est implantée en 6 endroits très différents du territoire français. Son créateur, Pascal Babouot (notre photo) mise sur le développement de petites unités proches des clients. La stratégie n’est pas mauvaise puisque Alphalaser est leader (et de loin) sur le marché de la sous-traitance laser (usinage, marquage, soudure, microdécoupe).



Issu d’une famille d’agriculteurs implantée à Colombey-les-deux-Eglises depuis 1595, Pascal Babouot se devait d’investir dans la commune dont il est finalement devenu le maire.
Mais pour en arriver là, rien n’a vraiment été simple.
Au départ, il a d’abord été un des premiers bénéficiaires de la première formation bac plus deux créée à Saint-Dizier. C’est ce qui lui a permis d’entrer chez Peugeot à Sochaux. Puis d’être invité, avec d’autres techniciens et ingénieurs, à monter de toutes pièces, une usine de boîtes de vitesses, en pleine nature, près de Valenciennes.
Ce fut la première grande expérience qui lui donna l’envie de créer.
Mais, son épouse (elle aussi originaire de Haute-Marne) ne se plaisant guère à Valenciennes, il est revenu travailler à Chaumont, chez Landanger.
Là, il a eu l’occasion de toucher au développement de nouveaux produits. C’était à l’époque des débuts de la prothèse de hanches. Et c’est là encore qu’il a pu utiliser une des premières machines de marquage par le laser.
Il a alors senti qu’il y avait un créneau à prendre dans le domaine et il a décidé de se lancer. Il avait 30 ans...

Un marquage avec le faisceau laser sur du matériel médical en métal
Un marquage avec le faisceau laser sur du matériel médical en métal
Un risque limité

Les machines étaient très chères à l’époque (plus d’un million de francs). Les entreprises qui avaient besoin de cette technologie n’avaient cependant pas suffisamment de travail pour les rentabiliser. Il était évident que si elles en trouvaient la possibilité, elles se tourneraient vers la sous-traitance.
Ayant fait le tour de tous les banquiers de Chaumont, il en a miraculeusement trouvé un (M. Auvigne du Crédit Mutuel) qui a accepté de financer le matériel. «Je crois qu’il était content de s’occuper d’un dossier sortant de l’ordinaire», explique-t-il.
Alors Pascal Babouot et son épouse Pascale ont installé chez eux à Colombey leur première unité de production. Ça n’a pas été simple, mais il explique que le risque était limité. Le vendeur de la machine s’était engagé à la lui reprendre en occasion si ça ne fonctionnait pas. De plus, quand il avait démissionné de son emploi, M. et Mme Landanger avaient eu l’élégance de lui proposer de revenir si son entreprise s’avérait décevante.


Alpha laser : un modèle de petites entreprises
Grâce à l’investissement de la commune

Pascal Babouot raconte que les débuts ont été assez difficiles. Il allait tous les jours chercher du travail à Paris. «J’en ramenais parfois pour 50 francs, se souvient-il. On a connu un mois de janvier catastrophique. Rien ne rentrait. Puis quatre gros marchés sont arrivés en février et c’était parti».
De fil en aiguille, il a fallu acheter des machines et embaucher. «Au bout d’un an et demi je devais investir dans du matériel, mais je n’avais pas les moyens de construire le bâtiment qui devait aller avec. La commune m’a fait confiance. Elle a installé une usine relais».

Six petites unités pour faire un leader

Depuis, l’entreprise n’a cessé de grandir. Elle a appris à réaliser des marquages sur toutes sortes de supports. Elle a fait aussi de la soudure laser, de la découpe, de l’usinage...
Elle s’est engagée également dans la rachat de concurrents. Et petit à petit, elle s’est organisée sur tout le territoire français.
Elle a connu des échecs aussi, avec la pertes de gros clients. Notamment lorsqu’une bonne partie de la fabrication automobile a été délocalisée vers les pays à bas coûts.
«On m’a demandé de suivre, raconte-t-il. Mais ça ne m’intéressait pas».
Son développement, il l’a assuré en fait en diversifiant au maximum. «Mon plus gros client ne représente pas plus de 7 % de mon chiffre d’affaires, calcule-t-il. Et les suivants sont très inférieurs».
Il s’est débrouillé aussi pour que chaque client soit à moins de 2 heures d’une unité de production. Et c’est ainsi qu’avec 6 petits sites de production en France, il est devenu leader sur le marché (tous ses concurrents ensemble font moins qu’Alpha laser seul).


Toujours des projets

Dans le même temps, avec un fabriquant de machines il cherche de nouvelles techniques. Désormais, l’entreprise maîtrise bien le marquage sur verre. Elle a donc ouvert une toute petite unité spécialisée dans ce domaine («Cristal gravure») à quelques kilomètres de Colombey (Lamothe-en-Blaisy).
Et puis, sachant que le marquage d’objets de communication (les petits cadeaux d’entreprises, par exemple) représente le quart de l’activité d’Alpha laser, Mme Babouot vient de créer une entreprise de diffusion de ces objets.
Vingt ans après, Pascal Babouot a toujours énormément de projets. Il s’arrête juste le temps de fêter l’anniversaire, ce vendredi 18 juillet.
A cette occasion, les employés des autres sites (Clermont-Ferrant, Oyonnax, Saint-Etienne, Evreux, Douai) pourront se retrouver à la maison mère. Après tout, ils ne sont qu’une quarantaine...
Et puis Pascal Babouot se fait une joie de retrouver l’ami qui est aujourd’hui le numéro 2 de l’usine de Valenciennes, de même que le banquier ou encore M. et Mme Landanger...

Lionel Thomassin
Lundi 21 Juillet 2008
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