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Aides agricoles : La mauvaise conscience de céréaliers

Soulignant l’explosion des revenus des céréaliers, la Confédération paysanne propose que les aides qui leurs sont versées soient redistribuées aux producteurs qui en ont vraiment besoin.



Est-il décent que les céréaliers qui ont vu exploser leurs revenus grâce à la flambée des cours de 2007 et 2008 continuent de toucher des aides européennes (environ 85 euros par hectare) alors que dans le même temps d’autres producteurs (viande bovine, moutons, porcs, fruits et légumes, etc.) sont en train de disparaître faute d’un soutien suffisant ? La Confédération paysanne, qui a toujours revendiqué une répartition plus juste des aides agricoles, ne le croit pas. Elle propose donc que les subventions aux céréales et protéagineux (1) soient versées dans un fonds de solidarité aux productions en crise. Ce qui représenterait la coquette somme d’un milliard d’euros rien que pour la France.
C’est le message qu’ont tenu à faire passer, ce mardi 3 juin, des représentants départementaux et nationaux du syndicat agricole en marge d’une réunion des délégués du Grand Est qui se tenait à Rolampont. «On vit très mal ce qui se passe en ce moment», souligne Jean-Jacques Bailly, céréalier et porte-parole régional de la Conf’. «Il n’est pas normal que nos collègues soient en train de crever alors que, nous, nous vivons très bien».

«Que les aides varient en fonction des cours»

«Vu le niveau des cours, on n’a plus besoin d’aide supplémentaire pour avoir un revenu correct», renchérit Yves Mouillet, également céréalier en Haute-Marne. «Ce n’est pas acceptable. Et, de toute façon, ce n’est pas durable. Le risque, c’est qu’en 2013 l’Europe profite de cette situation pour supprimer toutes les aides».
Dénonçant le «manque de réactivité» de la PAC, la Confédération paysanne suggère «que les aides varient en fonction des cours». Et que l’Europe se dote d’outils de régulation vraiment efficaces : stock de sécurité suffisamment important pour compenser les situations de pénurie ou de spéculation, système d’intervention sur les prix, etc.
«Aujourd’hui, les surplus financiers parfois très importants de certains producteurs ne profitent pas à l’agriculture», regrette Yves Mouillet. «Ça part dans l’immobilier ou dans la surcapitalisation des exploitations».
«Dans le même temps, la production de moutons est en train de crever dans l’indifférence la plus totale», ajoute Jean-Jacques Bailly.
Autre volet de la PAC sévèrement critiqué par la Confédération paysanne : celui des agro-carburants. «Dès 2006, on a été à l’encontre du discours dominant en affirmant qu’il y avait danger à vouloir produire de l’énergie à partir de l’alimentation», rappelle Jean-Jacques Bailly. «Ce qui n’était pas audible il y a deux ans l’est fortement aujourd’hui.»


«Un plein d’éthanol représente l’équivalent de 1000 baguettes de pain»

Le problème, c’est que l’Europe a prévu une incorporation de 5,75% (7% en France) d’agro-carburants dans les carburants pétroliers en 2010 et de 10% en 2015. Et quand on sait, comme le souligne Philippe Collin, secrétaire national de la Conf’, qu’ «un plein d’éthanol représente l’équivalent de 1000 baguettes de pain», ça fait réfléchir…
Le prix actuel du pétrole (et, par voie de conséquence, de l’azote, des engrais et des produits phytosanitaires) n’est pas non plus sans inquiéter la Confédération paysanne. Mais elle souligne que «tout le monde n’est pas logé à la même enseigne» et que la situation du céréalier n’est pas comparable, par exemple, à celle de certains autres agriculteurs ou salariés. Tout en réclamant des mesures transitoires pour les plus mal lotis, elle rappelle que le coût de l’énergie va forcément continuer d’augmenter dans les années à venir et que «cette crise nous oblige à repenser les modes de production et de consommation».
Bref, les systèmes d’exploitation agricoles énergivores ne sont pas durables…


(1). Pour être précis, il s’agit de la part «couplée» des aides aux céréales et protéagineux, laquelle représente 25% du montant global des aides.

Christophe Poirson
Vendredi 6 Juin 2008
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