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A l’hôpital, le chien d’aveugle est reçu comme dans un jeu de quille

Son chien guide ayant été mis dehors à deux reprises, le temps qu’elle recevait des soins, Bernadette Basset a entamé une action spectaculaire et mis l’hôpital en demeure de se conformer à la loi.



En signe de protestation, Bernadette Basset s’est installée devant l’hôpital annonçant qu’elle entamait une grève de la faim. Elle y a passé la nuit de mercredi à jeudi. Toutefois, l’hôpital nous ayant fait savoir qu’une solution serait t
En signe de protestation, Bernadette Basset s’est installée devant l’hôpital annonçant qu’elle entamait une grève de la faim. Elle y a passé la nuit de mercredi à jeudi. Toutefois, l’hôpital nous ayant fait savoir qu’une solution serait t
Bernadette Basset a passé la nuit de mercredi à jeudi dehors, devant l’hôpital. Une pancarte annonçait qu’elle avait entamé une grève de la faim «pour le respect des handicapés et leurs chiens guides». Il nous a semblé cependant que l’hôpital avait enfin pris la mesure du problème et commencé au bout de deux semaines à chercher des solutions.
Nous ne voulons pas croire que le conflit dure encore à l’heure où ce journal est distribué. Et nous espérons que, le malentendu enfin levé, Mme Basset a rapidement retrouvé la chaleur de son appartement.
Nous racontons donc ici, au passé, une affaire qui n’aurait pas dû exister si elle avait été mieux comprise dès le début.

Une autonomie qui surprend

Il n’est guère utile de présenter Bernadette Basset que toute la ville connaît pour la voir souvent arpenter les rues avec son chien d’aveugle, et même parfois sa petite fille. C’est une personne très dynamique qui met un point d’honneur à vivre en parfaite autonomie. Elle s’efforce de faire en sorte que le handicap ne l’empêche pas de mener une vie pratiquement normale.
Récemment, ayant besoin de soins en rééducation fonctionnelle, elle a surpris tout le monde à l’hôpital, en arrivant avec son chien (ou plus exactement sa chienne Labrador qui se nomme «Ronnie»). Ici, on a plutôt l’habitude que les non ou mal voyants se fassent conduire par quelqu’un. Mais ce n’est absolument pas son style.
La chienne n’a donc pas été acceptée dans le service. Mme Basset pensait la laisser dans une salle d’attente, ou une pièce administrative, ou un couloir, ou même encore le hall puisque l’accès à ces endroits est autorisé par la loi aux chiens d’aveugles. Mais ça le lui a été refusé. L’animal a été mis dehors, le temps que sa maîtresse reçoive les soins.

Un chien d’aveugle ne doit jamais rester seul dehors

Quelques jours plus tard, se retrouvant dans la même situation, Mme Basset a carrément fait appel à la police souhaitant faire respecter la loi. «On m’a fait croire qu’on mettait le chien dans une cour intérieure, s’insurge-t-elle. Mais je me suis aperçue qu’en sortant par là, nous étions rentrées à la maison sans passer une seule porte. Je ne peux pas me permettre de laisser Ronnie seule dehors. Elle pourrait être emmenée par quelqu’un ou agressée par un chien errant...».
Voilà 7 ans que Mme Basset vit avec sa chienne. Outre l’attachement naturel qu’elle peut avoir pour cette compagne, elle y tient doublement aussi parce qu’elle représente sa vue. Chacun comprend bien que, d’une certaine manière, elle n’ait pas du tout envie que «ses yeux» soient mis dehors.
Mais il y a une dimension surtout que l’hôpital n’a pas du tout comprise :
Le déficient visuel n’est pas propriétaire de son chien. Ce dernier appartient toujours à l’école qui l’a éduqué. Il est d’ailleurs régulièrement suivi par son formateur jusqu’à l’heure de la retraite.
Compte tenu des années d’apprentissage qu’il a reçues, le chien guide revient très cher. L'Association Nationale des Maîtres de Chiens Guides d'Aveugles (ANMCGA), que nous avons contactée, nous a confirmé que si une école apprend qu’un de ses chiens est parfois laissé seul dehors, elle est susceptible de le reprendre.
Tout cela éclaire certainement mieux la réaction de Mme Basset.

La ville a envoyé un employé pour s’occuper du chien

Pour la troisième séance, Bernadette Basset a remué ciel et terre. Elle s’est adressée à la préfecture et à la mairie. Elle a finalement obtenu des nouvelles rassurantes du côté de la ville, tandis que l’hôpital lui opposait toujours le même refus.
Dans l’expectative, elle a prévenu la presse.
Or, à sa grande surprise, le problème a été provisoirement réglé par la ville qui a envoyé une personne s’occuper du chien, le temps qu’elle recevait ses soins.
Elle a signalé cependant que si l’hôpital n’offrait pas lui-même de solution, elle reviendrait protester devant la porte de l’établissement. Et c’est ce qu’elle a fait ; avec, en prime, une grève de la faim. Bien décidée à ne pas bouger tant qu’elle n’aurait pas la preuve d’une évolution positive.
«Il est déjà assez difficile de vivre avec le handicap, a-t-elle déclaré. On ne peut pas admettre en plus d’être traité de cette manière».

Dans l’attente d’un anneau bien peu utile

Nous avons contacté M. Jean-Claude Kneib, le directeur par intérim de l’hôpital de Chaumont. Il nous a affirmé que l’établissement n’avait mis aucune mauvaise volonté dans cette affaire.
Il reconnaît bien l’existence de la loi et du statut particulier qu’ont les chiens d’aveugles. Cependant, il fait valoir le fait que le texte date de 1984 et que les consignes en matière d’hygiène ont beaucoup changé depuis. Raison pour laquelle il ne souhaite pas voir un chien traverser les couloirs des services, même s’il peut en avoir le droit.
Par ailleurs, il se refuse à laisser un chien seul dans le hall d’entrée de l’hôpital. Il estime qu’un incident pourrait se produire avec un patient. En fait, il trouve que ce hall est trop étroit et que, en règle générale, l’hôpital ne dispose pas de salles permettant d’accueillir un chien.
Du côté de l’ANMCGA, on a du mal à y croire, puisque tout est possible. Un peu partout ailleurs en France, des chiens guides sont accueillis dans les salles les plus diverses des centres hospitaliers (au secrétariat par exemple...).
Jugeant Mme Basset beaucoup trop pressée, M. Kneib annonce qu’un anneau sera prochainement installé dans un coin du hall, où elle pourra attacher son chien.
Prévenue, l’intéressée a répondu qu’elle souhaitait un engagement écrit, Sinon elle attendra d’en avoir la preuve. Mais elle a tenu à faire savoir que si l’hôpital avait eu cette volonté depuis le début, il était facile de trouver des endroits où attacher le chien ; à commencer par les pieds de tables.
Les chiens d‘aveugles sont réputés très sages, ils n’ont pas l’habitude de partir avec le mobilier...

Lionel Thomassin
Jeudi 30 Avril 2009
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