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61e RA : la menace que Luc Chatel doit balayer

Si les arguments en faveur d’un déménagement du 61e RA sont simplement financiers sans intégrer jusqu’à présent les contraintes techniques, et si les politiques ont leur mot à dire, alors Luc Chatel doit réussir.



Un scoop paru mardi dans le journal «Libération» a fait l’effet d’une bombe. Le quotidien national s’est procuré un document de travail de l’armée de terre prévoyant une densification des sites militaires, un peu dans le même esprit de ce qui est annoncé pour la justice et les hôpitaux. Dans un article intitulé «Ceinturon pour les villes de garnison», Libé a alors publié la liste des 22 villes qui seraient touchées, avant 2012, par ce que les militaires appellent un «abandon de garnison». Et il se trouve que Chaumont y est citée.
L’information a été reprise le lendemain par toute la presse, mais sur la foi de la même pièce et sans rien apporter de neuf.
Le document, qui date du 4 février, n’est contesté par personne. On sait simplement qu’il recense des pistes de travail et qu’aucune décision n’est prise pour l’instant. Le ministre de la défense, Hervé Morin, affirme qu’il s’agit d’une étude interne à l’armée et qu’il n’a jusqu’à présent jamais vu la moindre liste.
Cependant, remarquant que la plupart des retraits projetés sont situés dans l’Est de la France et que les secteurs concernés sont souvent défavorisés, «Libération» laisse entendre que l’argument économique et social ne vaudra pas. Le journal rappelle en fait que le ministre ne cesse de répéter que l’armée n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire.


Impact économique local : 17 millions d’euros

L’information a bien sûr provoqué beaucoup d’émoi à Chaumont et dans les environs. A tel point que Luc Chatel a quitté Paris plus tôt que prévu pour se rendre directement sur le terrain.
Une visite était prévue, mais pas tout de suite. Le nouveau maire devait se rendre un jour au quartier d’Aboville pour signer une convention entre la ville et le régiment (voir encadré ci-contre). Elle a finalement été organisée en toute hâte jeudi après-midi.
On a ainsi eu droit à une démonstration de drône, à une signature officielle et à une cérémonie avec dépôt de gerbe au pied de la statue de la liberté. Mais il est évident que Luc Chatel était attendu surtout en tant que ministre ; y compris par les journalistes d’ailleurs...
Dans son discours il n’a pas manqué de rappeler l’importance du 61e RA dans le bassin de vie chaumontais. Ainsi, il a cité les 1 000 emplois directs, les 2 000 personnes que ça représente et puis une estimation assez impressionnante : l’impact économique de cette institution dans le paysage local est évalué à 17 millions d’euros par an.


L’argument du maire-ministre

Il n’est pas question donc pour un élu de laisser partir le régiment sans rien dire. Mais on sait que les politiques n’ont bien souvent aucun pouvoir sur les militaires quand il est question de stratégie d’implantation. Sinon le 7e RA spécialisé dans le renseignement n’aurait jamais quitté Nevers à la fin des années 90 pour réapparaître à Semoutiers au sein du 61e RA et Saint-Dizier n’aurait pas été préféré à Toul dans les années où Gérard Longuet était très influent ; pour ne citer que ces deux exemples qui nous sont proches...
Mais Luc Chatel est persuadé qu’on est loin de se trouver dans une situation semblable. Pour lui, le document publié par «Libération» n’est qu’un volet d’une étude réalisée dans plusieurs domaines. Celui-ci ne prend en compte que des données financières. Et il est évident qu’en regroupant ses régiments l’armée va réaliser des économies d’échelle assez importantes sur le logement, la restauration, l’administration, etc. Elle envisage donc toutes les possibilités dans cette direction.
Cependant, il existe aussi des contraintes d’ordre opérationnel. Or, le 61e RA a une activité très particulière. Ses drônes ne peuvent pas évoluer dans un secteur très urbanisé qui aurait de fait un trafic aérien assez important.
Pour Luc Chatel, de tous les sites possibles, celui de Semoutiers est de loin le meilleur pour le 61e RA. Et il entend utiliser à fond cet argument qui ne manquera pas d’apparaître quand on recoupera les différentes études.
Il est persuadé qu’avec suffisamment de détermination il sera possible d’obtenir gain de cause. Et ça tombe bien. Car c’est justement sur ce genre de combat que les Chaumontais l’attendent le plus.

Lionel Thomassin
Vendredi 4 Avril 2008
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