Contactée par L’affranchi, la directrice de la Santé au travail Glawdys Thil reconnaît que la situation n’est pas simple. «Plus la population médicale diminue et plus les problèmes deviennent criants», souligne-t-elle. «Mais la situation n’est pas nouvelle. Cela dure depuis 4 ou 5 ans. Quand je suis arrivée en octobre 2007, il y avait déjà 6000 visites de retard. J’ai tiré la sonnette d’alarme».
Glawdys Thil conteste les chiffres des syndicats et parle de la présence aujourd’hui de 8 médecins pour 7,3 équivalents temps plein. Ce qui reste toutefois nettement insuffisant : il en faudrait selon elle 11 ou 12 sur l’ensemble du département pour que le service fonctionne bien. «Mon prédécesseur et moi avons passé plusieurs annonces pour recruter des médecins», précise-t-elle. «Mais on n’a pas de réponses. La dernière a été publiée il y a trois semaines sur dix départements. Je n’ai reçu aucun CV ! La pénurie de médecins n’est pas propre à la Santé au travail et pas au seul service haut-marnais. Mais dans un petit département pas très attractif, on est encore plus touchés».
Selon la directrice, la France forme aujourd’hui 100 à 150 médecins du travail par an pour 1000 à 1200 demandes. Et comme il faut entre 7 et 10 ans pour y arriver, même si ce nombre est amené à augmenter, ce n’est pas tout de suite que le problème va pouvoir être réglé.
A cette situation difficile s’ajoute un contexte réglementaire et législatif en évolution. «On est passé de la médecine du travail à la santé au travail et de un à deux ans pour la périodicité des visites», rappelle-t-elle. «Aujourd’hui, on nous parle d’une réforme qui supprimerait l’aptitude médicale».
Et qu’en est-il de l’ambiance interne ? «Ce contexte de remise en cause des méthodes de travail peut générer des craintes et des angoisses», reconnaît la directrice. «Quatre médecins nous ont quitté dont trois pour des raisons personnelles et un en raison, il est vrai, d’une situation conflictuelle. Mais il y a eu aussi quatre départs sous mon prédécesseur. Et la plupart de ces départs sont motivés par un rapprochement familial.»
«On ne peut pas les attacher», commente de son côté François Jehlé.
Pour que le service continue tout de même de fonctionner, il est question d’adjoindre de nouvelles compétences aux médecins : d’une part des infirmières et d’autre part des conseillers en prévention. Selon Glawdys Thil, il s’agit de soulager les médecins par des entretiens en amont, mais le médecin restera le seul habilité à délivrer une aptitude ou une inaptitude professionnelle. Cela se fera dans un cadre dérogatoire à la loi, sous le contrôle de l’autorité de tutelle qu’est la direction régionale du travail. Selon la directrice, un accord de principe a déjà été délivré pour fonctionner dans ces conditions qu’elle juge elle-même «délicates»