Pascal Barrand a bel et bien été blanchi d’accusations très graves qui pesaient sur lui. Rappelons qu’il a fait l’objet d’enquêtes particulièrement approfondies diligentées par le procureur de la République. Le SRPJ de Reims a été mandaté pour s’occuper de son cas. La police scientifique a décortiqué non seulement l’ordinateur en question, mais aussi celui de son domicile. Son appartement a fait l’objet d’une perquisition en règle. Trois experts, enfin, ont analysé ses données informatiques.
Bref, son affaire a bénéficié d’un traitement hors du commun.
S’il était allé une seule fois sur un site internet interdit, ou s’il avait été en possession de la moindre image illicite, on en aurait retrouvé la trace.
Ce que veut dire aujourd’hui le classement sans suite par le procureur, c’est qu’aucun crime (parce qu’on est bien sûr allé jusque là), ni même aucun délit ne peuvent lui être reproché.
Ce que personne n’aurait du voir
Ceci étant, certains peuvent toujours être choqués par des images sur lesquelles la justice n’a rien à dire. C’est en tout cas, ce qu’on croit comprendre de l’intention du JHM lorsqu’il fait état d’«atteintes aux bonnes mœurs». Jean Bletner, le directeur du journal, ne parle certainement pas pour lui. Il en a vu d’autres ! Mais peut-être veut-il protéger de chastes yeux qui auraient pu tomber sur des photos indésirables sur leur lieu de travail.
Ces images, que la justice a vues et pour lesquelles elle n’a pas trouvé matière à poursuites, Pascal Barrand ne les reconnaît même pas. Il affirme ne pas les avoir entrées dans l’ordinateur.
Quoi qu’il en soit, par cette plainte, le journal reconnaît que Pascal Barrand n’était pas le seul à avoir accès au contenu de son ordinateur. Ce qu’on avait déjà compris. Mais du coup, ça pose un drôle de problème :
Un journaliste reçoit nombre d’informations confidentielles de la part de gens qui lui font personnellement confiance. Il s’est engagé, auprès d’eux, à protéger ses sources quoi qu’il arrive. Comment peut-il le faire si plusieurs autres personnes s’octroient le droit d’aller chercher (ou mettre) n’importe quoi dans son ordinateur ?
Du pénal encore, avant les prud’hommes
Ayant été blanchi par la justice, Pascal Barrand, qui avait été licencié par le JHM, a naturellement fait appel au conseil des prud’hommes. Une audience de conciliation a déjà eu lieu. Et comme les deux parties ne se sont pas mises d’accord, l’affaire devait être appelée en audience début mai. Mais auparavant, le Journal de la Haute-Marne devait déposer ses conclusions pour le 16 mars. Or il a porté plainte le 13 mars. Du coup, il va pouvoir demander aux prud’hommes d’attendre la décision de la justice pénale avant d’étudier le dossier.
Reste à savoir ce que va faire Pascal Barrand. Il y a un an et demi qu’il a été licencié. Doit-il attendre que la justice se prononce une deuxième fois et demander éventuellement des comptes après ? Ou bien faut-il, profitant de l’avantage du classement sans suite, qu’il porte d’ores et déjà plainte pour dénonciation calomnieuse ?
On ne sait pas. Mais, avant d’encombrer encore la justice pénale, celle des prud’hommes présentait au moins l’avantage de permettre à tout moment un accord amiable entre les deux parties.